ETUDE CRITIQUE DE DOCUMENT(S) EN HISTOIRE

 

DΥaprs le sujet donnŽ en MŽtropole – TES-L – Juin 2013

Mise en forme du sujet – Arnaud LEONARD – LycŽe Franais de Tananarive

 

 

GOUVERNER LA FRANCE DEPUIS 1946.

 

Montrez que ces deux documents tŽmoignent de conceptions diffŽrentes du r™le et de l'action de l'ƒtat en France.

En quoi le contexte de chacun de ces documents permet-il de comprendre ces conceptions ?

 

Document n1 : Extraits des mŽmoires de Charles de Gaulle

 

Dans ses mŽmoires Charles de Gaulle rappelle quelques grands traits du gouvernement de la France aprs la Seconde Guerre mondiale.

 

Η On peut dire qu'un trait essentiel de la rŽsistance franaise est la volontŽ de rŽnovation sociale. Mais il faut la traduire en actes. Or, en raison de mes pouvoirs et du crŽdit1 que m'ouvre l'opinion, j'ai les moyens de le faire. [...]

ƒtant donnŽ que l'activitŽ du pays dŽpend du charbon, du courant Žlectrique, du gaz, du pŽtrole et dŽpendra un jour de la fission de l'atome, que pour porter l'Žconomie franaise au niveau qu'exigŽ le progrs ces sources doivent tre dŽveloppŽes, qu'il y faut des dŽpenses et des travaux que seule la collectivitŽ est en mesure d'accomplir, la nationalisation s'impose.

Dans le mme ordre d'idŽe, l'ƒtat se voit attribuer la direction du crŽdit. En effet, ds lors qu'il lui incombe de financer lui-mme les investissements les plus lourds, il doit en recevoir directement les moyens. Ce sera fait par la nationalisation de la Banque de France et des grands Žtablissements de crŽdit. [...]

Enfin, pour amener l'Žconomie nouvelle ˆ s'investir, c'est-ˆ-dire ˆ prŽlever sur le prŽsent afin de b‰tir l'avenir, le Η Haut-commissariat au Plan d'Žquipement et de modernisation Θ sera crŽŽ pendant cette mme annŽe. Mais il n'y a pas de progrs vŽritable si ceux qui le font de leurs mains ne doivent pas y trouver leur compte. Le gouvernement de la LibŽration entend qu'il en soit ainsi, non seulement par des augmentations de salaires, mais surtout par des institutions qui modifient profondŽment la condition ouvrire. L'annŽe 1945 voit refondre entirement et Žtendre ˆ des domaines multiples le rŽgime des assurances sociales. Tout salariŽ en sera obligatoirement couvert. Ainsi dispara”t l'angoisse, aussi ancienne que l'espce humaine, que la maladie, l'accident, la vieillesse, le ch™mage faisaient peser sur les laborieux. [...] D'autre part, un systme complet d'allocations familiales est alors mis en vigueur. Θ

 

Source : Charles de Gaulle, MŽmoires de guerre, Le Salut, 1944-1946, Plon, 1959

 

1 Η ...crŽdit que m'ouvre l'opinion Θ : crŽdit a ici le sens de Η confiance de l'opinion Θ et non le sens financier que le mot prend dans le reste du texte.

 

 

Document n2 : DŽclaration de politique gŽnŽrale du premier ministre Jacques Chirac devant l'AssemblŽe nationale, 9 avril 1986.

 

Le RPR, parti gaulliste, a remportŽ les Žlections lŽgislatives de 1986. Jacques Chirac, issu du RPR, est alors nommŽ premier ministre par le prŽsident Franois Mitterrand.

 

Η Depuis des dŽcennies - certains diront mme des sicles -, la tentation franaise par excellence a ŽtŽ celle du dirigisme d'ƒtat. Qu'il s'agisse de l'Žconomie ou de l'Žducation, de la culture ou de la recherche, des technologies nouvelles ou de la dŽfense de l'environnement, c'est toujours vers l'ƒtat que s'est tournŽ le citoyen pour demander idŽes et subsides1. Peu ˆ peu, s'est ainsi construite une sociŽtŽ administrŽe, et mme collectivisŽe2, o le pouvoir s'est concentrŽ dans les mains d'experts formŽs ˆ la gestion des grandes organisations. Ce systme de gouvernement, qui est en mme temps un modle social, n'est pas dŽnuŽ de qualitŽs : il flatte notre gožt national pour l'ŽgalitŽ ; il assure pŽrennitŽ et stabilitŽ au corps social ; il se concilie parfaitement avec le besoin de sŽcuritŽ qui s'incarne dans l'ƒtat-Providence.

Mais il prŽsente deux dŽfauts rŽdhibitoires3 : il se dŽtruit lui-mme, par obŽsitŽ4 ; et surtout, il menace d'amoindrir les libertŽs individuelles.

Les Franais ont compris les dangers du dirigisme Žtatique et n'en veulent plus. Par un de ces paradoxes dont l'histoire a le secret, c'est prŽcisŽment au moment o la socialisation semblait triompher que le besoin d'autonomie personnelle, nourri par l'ŽlŽvation du niveau de culture et d'Žducation, s'exprime avec le plus de force. Voilˆ d'o naissent sans aucun doute les tensions qui travaillent notre sociŽtŽ depuis des annŽes : collectivisation2 accrue de la vie quotidienne mais, inversement, recherche d'un nouvel Žquilibre entre les exigences de la justice pour tous et l'aspiration ˆ plus de libertŽ pour chacun. Θ

 

Source : Serge Bernstein, Le gaullisme, documentation photographique n8050, 2006.

 

1 Subside : aide financire

2 CollectivisŽe, collectivisation : rŽfŽrences au modle soviŽtique, utilisŽes comme argument dans le dŽbat politique

3 RŽdhibitoire : inacceptable

4 IdŽe que le dirigisme accro”trait le poids de l'ƒtat et le rendrait moins efficace.