EXPLICATION D’UN DOCUMENT D’HISTOIRE

 

D’après le sujet donné au Liban – Série S – Juin 2010

Mise en forme du sujet - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

 

 

De Gaulle et l'Empire colonial

 

« En reprenant la direction de la France, j'étais résolu à la dégager des astreintes, désormais sans contrepartie, que lui imposait son Empire. On peut penser que je ne le ferais pas, comme on dit de gaieté de cœur. Pour un homme de mon âge et de ma formation, il était proprement cruel de devenir, de son propre chef, le maître d'oeuvre d'un pareil changement. Notre pays avait fourni, naguère, un immense et glorieux effort pour conquérir, organiser, mettre en valeur, l'ensemble de ses dépendances. (...) Il mesurait les services rendus dans les rangs de notre armée depuis plusieurs générations par de vaillants contingents africains, malgaches et asiatiques (...).

Mais tout changeait à vue d'œil ! Tandis que le progrès multipliait, là comme ailleurs, les besoins, nous avions à supporter sur de vastes étendues des frais croissants d'administration, de travaux publics, d'enseignement, de services sociaux, de soins sanitaires, de sécurité, en même temps que nous voyions grandir chez nos sujets une volonté d'émancipation qui leur faisait paraître notre joug comme pesant, voire intolérable. D'autant plus qu'en leur apportant notre civilisation nous avions (...) formé des élites pénétrées de nos principes de droits de l'homme et de liberté et avides de nous remplacer tout au long des hiérarchies. Il faut ajouter que, du dehors, la solidarité affichée par le tiers monde à l'égard des non-affranchis, les propagandes et les promesses de l'Amérique, de la Russie, de la Chine, rivales entre elles mais cherchant toutes les trois des clientèles idéologiques et politiques, précipitaient le mouvement. Bref, quelque mélancolie que l'on pût en ressentir, le maintien de notre domination sur des pays qui n'y consentaient plus devenait une gageure où, pour ne rien gagner, nous avions tout à perdre.

Est-ce à dire qu'en les laissant se gouverner eux-mêmes, il nous fallait les lâcher, les « brader», loin de nos yeux et de notre cœur ? Evidemment, non. (...) Pour qu'ils parlent notre langue et partagent notre culture, nous devrions donc les aider. Si leur administration novice, leur économie naissante, leurs finances inorganisées, leur diplomatie tâtonnante, leur défense à ses débuts, recouraient à nous pour s'établir, il faudrait nous y prêter. En somme, conduire les peuples de « la France d'outre-mer » à disposer d'eux-mêmes et, en même temps, aménager entre eux et nous une coopération directe, voilà quelles étaient mes simples et franches intentions. »

 

Charles de Gaulle, Mémoires d'espoir, tome 1, Paris, Plon, 1970.

 

 

QUESTIONS

 

1. Dans quel contexte politique et institutionnel le retour au pouvoir évoqué par le général de Gaulle s'est-il opéré ?

2. Au moment du retour au pouvoir du général de Gaulle, à quel stade en est la décolonisation française ?

3. Quels  sont pour  le général de Gaulle les principaux acteurs  du mouvement de décolonisation ?

4. Quels arguments le général de Gaulle utilise-t-il, dans ce texte, pour justifier la décolonisation ?

5. L'évolution des États nouvellement indépendants a-t-elle toujours été conforme aux « simples et franches intentions » du général de Gaulle ?