EXPLICATION D’UN DOCUMENT D’HISTOIRE

 

D’après le sujet donné en Métropole - Séries L-ES-S – Septembre 2010

Mise en forme du sujet - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Tananarive

 

  

 

Le point de vue de Jean Monnet sur la situation internationale en 1948

 

« Je suis heureux de mon voyage. Après deux années d’absence, mes impressions sont plus vives que si je m’étais tenu en rapport constant avec ici. Les changements me sont apparus plus nettement mais aussi ma conviction sur ce qui est l’essentiel de la vie américaine a été renforcée. Ce pays est toujours animé par une force dynamique qui vient de la nature même de chaque individu. L’Amérique est en marche (…).

Mais il faut nous rendre compte, ainsi que je vous le disais plus haut, que l’Amérique est animée essentiellement d’une volonté d’action – action chez elle et aussi chez les autres – ; action pour elle veut dire à l’heure actuelle empêcher la guerre, aider l’Europe de l’ouest à se reconstruire et préparer les voies à l’arrêt de l’expansion russe. Pour cela ils vont faire un effort considérable. Ils se rendent parfaitement compte que l’aspect financier en est redoutable pour eux ; le plan Marshall et les crédits militaires qui ne font que débuter vont représenter une charge énorme ; l’inflation des prix est certaine ainsi d’ailleurs que l’augmentation des impôts. Tout en ayant la volonté de faire l’effort, le Congrès ne votera les crédits qu’après des débats difficiles. (…)

Dans l’esprit de tous ici l’effort européen doit correspondre à l’effort de ce pays. (…) Il faut bien nous rendre compte que tant les dirigeants ici que l’opinion publique attendent beaucoup de nous. Nous nous exposerions à de cruelles déceptions en pensant que les crédits Marshall continueront longtemps si l’Europe ne peut pas montrer rapidement une production accrue et modernisée.

Je ne peux pas m’empêcher d’être frappé de la nature des relations qui risquent de s’établir entre ce grand pays dynamique et les pays d’Europe s’ils demeurent dans leur forme et leur mentalité actuelles : il n’est pas possible, à mon avis, que l’Europe demeure «dépendante» très longtemps et presque exclusivement pour sa production, des crédits américains, et pour sa sécurité, de la force américaine, sans que des conséquences mauvaises se développent ici et en Europe.

Toutes mes réflexions et mes observations m’amènent à une conclusion qui est maintenant pour moi une conviction profonde : l’effort des pays de l’Europe de l’ouest pour être à la mesure des circonstances, du danger qui nous menace et de l’effort américain a besoin de devenir un effort européen véritable que seule l’existence d’une Fédération de l’ouest rendra possible. Je sais tout ce qu’une telle perspective représente de difficultés mais je crois que seul un effort dans ce sens nous permettra de nous sauver, de demeurer nous-mêmes et de contribuer essentiellement à éviter la guerre. ».

 

 

Source : Lettre de Jean Monnet*, en voyage aux États-Unis, à Robert Schuman en avril 1948.

Correspondance 1947-1953, Fondation Jean Monnet pour l'Europe, Centre de recherches européennes, Lausanne, 1986.

 

 

* Jean Monnet a passé la Seconde Guerre mondiale aux États-Unis ; il y retourne après deux années en France. Robert Schuman, à qui il écrit, est alors président du Conseil.

 

 

Questions

 

1.  À quel contexte international l’auteur fait-il allusion ?

2.  Quelle image Jean Monnet donne-t-il des États-Unis au lendemain de  la Seconde Guerre mondiale ?

3.  D’après l’auteur, que représente le plan Marshall pour les Américains ?

4.  Qu’implique le plan Marshall pour les Européens selon lui ?

5.  À quelle conclusion aboutit la réflexion de Jean Monnet et à quelles initiatives cela a-t-il ouvert la voie ?