EXPLICATION D’UN DOCUMENT D’HISTOIRE

 

D’après le sujet donné aux Antilles - Guyane – Série S – Juin 2006

Mise en forme du sujet - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

 

Discours d’Aimé Césaire le 27 janvier 1956.

 

« [...] S'il y a une idée que nous aimerions voir partager par tous ceux qui nous écoutent ici ce soir, c'est que le problème algérien, tout tragique qu'il est, n'est qu'un cas particulier d'un problème plus vaste et qui attend d'être résolu, je veux dire le problème colonial.

Nous sommes au moment où, dans le monde entier, des peuples, jusqu'ici passifs ou résignés, se dressent et signifient que le temps est révolu d'un monde fondé sur la hiérarchisation des races et l'oppression des peuples. On aurait tort de se baser là-dessus et de dire qu'après tout, le fait n'est pas nouveau, que seule la force a jusqu'ici maintenu les empires et qu'elle les maintiendra longtemps encore. La vérité est tout autre. La vérité est que pendant des décades, les peuples colonisés ont essayé de faire confiance, ont cru qu'il fallait faire confiance, ont fait effectivement confiance. Leurs vainqueurs parlaient si bien ! Ils parlaient des droits de l'homme, de la liberté, de la justice, de la civilisation, que sais-je ? Ils proclamaient leur vocation de l'universel. [...]

Eh bien ! Nous sommes à ce moment de l'histoire où les peuples coloniaux, tous sans exception, forts d'une expérience douloureuse, refusent de faire confiance et disent qu'ils ne font pas confiance.

On se souvient de la conférence de Bandoeng. Que s'est-il passé de mémorable à Bandoeng ? Ceci : qu'un milliard cinq cents millions d'hommes se sont réunis dans une ville d'Asie pour proclamer solennellement que l'Europe n'avait plus vocation pour diriger unilatéralement le monde, pour proclamer que la domination européenne sur les parties non européennes du globe avait conduit le monde à une impasse dont il importait de sortir. [...]

Le monde entier sait que le temps de l'empire européen est révolu, que le temps du régime colonial est passé, mais s'y accrochent, sans s'apercevoir que son temps est passé, des hommes qui semblent d'autant plus prudents qu'ils sont plus aveugles. [...]

 

Source : Les Temps modernes, 1956.

 

Questions :

 

1. Que veut dire Aimé Césaire quand il parle de « problème colonial » en 1956 (premier paragraphe) ?

2. Quelles critiques de l'action de l'Europe Aimé Césaire formule-t-il dans te deuxième paragraphe ?

3. A quels principes affirmés lors de la conférence de Bandoeng renvoie le quatrième paragraphe ?

4. Peut-on vraiment dire en 1956 que « le temps du régime colonial est passé » (dernier paragraphe) ?