EXPLICATION D’UN DOCUMENT D’HISTOIRE

 

D’après le sujet donné en Inde - Séries L-ES-S – Avril 2011

Mise en forme du sujet - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Tananarive

 

  

 

La conférence de Bandoeng vue par Raymond Aron

 

« On a si souvent écrit, dans la presse mondiale, que la conférence de Bandoeng est un événement historique, que l'on hésite à mettre en doute le jugement sur lequel Soviétiques et  Américains  semblent  miraculeusement  s'accorder. Je  veux bien  que  la  réunion  des ministres venus de tous les Etats d'Asie, du Proche-Orient et de quelques Etats d'Afrique (Côte de l'Or, Ethiopie, Soudan, Libéria) prenne la valeur d'un symbole : débarrassés de la tutelle occidentale, Asiatiques, Arabes, Africains proclament devant le monde leur solidarité, leurs droits, leurs aspirations. Mais ce symbole était-il annonciateur d'avenir ou appartenait-il déjà au passé ? Tous   les   hommes   d'Etat  d'Asie  et   d'Afrique  (d'Amérique  aussi probablement) sont «  hostiles » au colonialisme, au régime français en Afrique du Nord. Pour le reste, ils sont divisés. [...].

Ils ne savent pas si l'absorption des Etats baltes par l'Union soviétique ou la soviétisation de l'Est européen sont un exemple de « colonialisme », ou plutôt les uns, Philippins, Pakistanais, Ceylanais,  en  sont convaincus, les autres, Chinois, Vietminh y voient  probablement une étape de la  libération. Quant à M. Nehru,  qui combat impitoyablement les  communistes indiens, il se refuse à prendre parti sur le « colonialisme soviétique », question idéologique qu'il n'y aurait pas intérêt à discuter. Quand il s'agit du colonialisme français ou britannique il n'hésite pas.[...].

La conférence comprenait des Etats communistes, des Etats alliés à l'Occident et des Etats neutres.[...] Les Etats qui participent à l'O.T.A.N. ou au S.E.A.T.O. (1) voulaient justifier leur prise de position et prononcer contre le communisme des réquisitoires qui ne fussent pas moins violents que ceux d'autres délégués contre le « colonialisme ». Ils parvinrent à leurs fins mais ils furent gênés par la tactique de Tchou En-lai (2) et de J. Nehru. Le premier ministre de l'Inde, comme on sait, est convaincu que les alliances militaires créent un danger pour la paix, du moins quand elles sont conclues par des Etats non communistes. L'O.T.A.N. est déplorable, mais M. Nehru ne dit rien des « alliances » militaires entre l'Union soviétique et les Etats de l'Est européen.»

 

Source : Raymond Aron, « Bandoeng : conférence de l'équivoque », Le Figaro, 27 avril1955

 

 

(1) SEATO ou OTASE (Organisation du Traité de l'Asie du Sud-Est) : pacte militaire pro-occidental établi en 1954.

(2) Tchou En-Lai : premier ministre et ministre des Affaires étrangères de la Chine communiste.

 

 

 

Questions

 

1. Dans quel contexte internationalse tient la conférence de Bandoeng ?

2. Quels  sont, selon  l'auteur, les  facteurs  permettant aux  participants  de  la conférence de se rapprocher ? Comment les expliquer ?

3. Quels  sont,  au  contraire,  les  éléments  de  divergence ?  Comment  les expliquer ?

4. Au-delà de l'année 1955, quel impact plus durable la conférence de Bandoeng a-t-elle eu sur le plan international ?