EXPLICATION D’UN DOCUMENT D’HISTOIRE

 

D’après le sujet donné en Nouvelle-Calédonie – Série S – Novembre 2006

Mise en forme du sujet - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

 

  Le regard d'Aimé Césaire* sur la conférence de Bandung le 27 janvier 1956.

 

« Nous sommes au moment où, dans le monde entier, des peuples jusqu'ici passifs ou résignés, se dressent et signifient que le temps est révolu d'un monde fondé sur la hiérarchisation des races et l'oppression des peuples. [...]

La vérité est que pendant des décades, les peuples colonisés ont essayé de faire confiance, ont cru qu'il fallait faire confiance, ont fait effectivement confiance. Leurs vainqueurs parlaient si bien ! Ils parlaient des droits de l'homme, de la liberté, de la justice, de la civilisation, que sais-je ? Ils proclamaient leur vocation de l'universel, [...]

Eh bien ! Nous sommes à ce moment de l'histoire où les peuples coloniaux, tous sans exception, forts d'une expérience douloureuse, refusent de faire confiance et disent qu'ils ne font pas confiance. On se souvient de la conférence de Bandung. Que s'est-il passé de mémorable à Bandung ? Ceci : qu'un milliard cinq cents millions d'hommes se sont réunis dans une ville d'Asie pour proclamer solennellement que l'Europe n'avait plus vocation pour diriger unilatéralement le monde, pour proclamer que la domination européenne sur les parties non européennes du globe avait conduit le monde à une impasse dont il importait de sortir.

Et Bandung n'a pas été comme on pourrait le croire une banale manifestation de la xénophobie asiatique ou africaine. Ça n'a pas été une dénonciation haineuse et aveugle de l'Europe. Au contraire, pas un des hommes réunis à Bandung qui ne fût conscient de l'immense importance de l'Europe dans l'histoire de l'humanité et de la richesse de sa contribution aux progrès de la civilisation. Ce qui a été condamné à Bandung ça n'a pas été la civilisation européenne, ça a été la forme intolérable qu'au nom de l'Europe certains hommes ont cru devoir donner aux relations qui devaient normalement s'instaurer entre l'Europe et les peuples non européens. [..,] Pour bien en comprendre la portée, je vous demande de réfléchir à ces deux dates : en 1885, l'Europe se réunissait à Berlin pour se partager le monde ; en 1955, 70 ans plus tard, le monde s'est réuni à Bandung pour signifier à l'Europe que le temps de l'Empire européen est fini et d'avoir, pour le plus grand bien de sa civilisation, à rentrer dans l'ordre commun. »

 

Déclaration lors du meeting du 27 janvier 1956 organisé par le Comité d'Action des intellectuels contre la poursuite de la guerre en Afrique du Nord.

 

* Aimé Césaire est un poète et homme politique martiniquais.

 

Questions :

 

1. A la date du texte, quelles anciennes colonies ont acquis leur indépendance ? Lesquelles sont en cours d'émancipation ?

2. Relevez les arguments utilisés par les « puissances colonisatrices » depuis le XIXe siècle pour justifier la colonisation.

3. Quelle est la position d'Aimé Césaire face à ces arguments ? Justifiez votre réponse.

4. Quelles furent les principales conclusions de la conférence de Bandung ?

5. Quelle est la portée de la conférence de Bandung d'après l'auteur ? Les événements ont-ils confirmé son jugement ?