ETUDE D'UN ENSEMBLE DOCUMENTAIRE

 

D’après le sujet donné en Inde - Séries L-ES-S – Avril 2009

Mise en forme du sujet - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

Sujet : La décolonisation de la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 1960

 

Liste des documents :

 

Document 1 : Extraits de la déclaration d'indépendance du Vietnam, septembre 1945

Document 2 : Rapport confidentiel de la commission du Commonwealth, janvier 1954

Document 3 : Décolonisation et conflits post-coloniaux

Document 4 : La propagande de l'armée française pendant la guerre d'Algérie (1954-1962)

Document 5 : "L'Afrique à l'heure de l'indépendance" éditorial de la revue Réalités, juin 1960

 

Première partie :

Analyser l'ensemble documentaire en répondant aux questions :

1. Expliquez la position et les objectifs des auteurs (document 1).

2. Identifiez les différentes réactions des métropoles devant la remise en cause du système colonial par les colonisés (documents 2, 3 et 4).

3. Présentez   les   grandes   phases   et   les   moments   forts   des   processus d'émancipation des peuples colonisés (documents 3 et 5).

4. Quelle est la situation en Afrique dans le contexte international des années 1960, après les indépendances (documents 3 et 5) ?

 

Deuxième partie :

A I'aide des réponses aux questions, des informations extraites des documents et de vos connaissances personnelles, vous rédigerez une réponse organisée au sujet :

La décolonisation de la fin de la Seconde Guerre mondiale aux années 1960

 

 

Document 1 :

Extraits de la Déclaration d'indépendance du Vietnam, septembre 1945

 

« Tous les hommes naissent égaux. Le Créateur nous a donné des droits inviolables, le droit de vivre, le droit d'être libres et le droit de réaliser notre bonheur. »

Cette parole immortelle est tirée de la Déclaration d'Indépendance des Etats-Unis d'Amérique en 1776. Prise dans un sens plus large, cette phrase signifie : tous les peuples sur la terre sont nés égaux ; tous les peuples ont le droit de vivre, d'être heureux, d'être libres.

La Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de la Révolution française de 1791 proclame également : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. »

Ce sont là des vérités indéniables.

Et pourtant, pendant plus de quatre-vingts années, les colonialistes français, abusant du drapeau de la liberté, de l'égalité, de la fraternité, ont violé notre terre et opprimé nos compatriotes. Leurs actes vont directement à rencontre des idéaux d'humanité et de justice. (...)

En automne 1940, quand les fascistes japonais, en vue de combattre les Alliés, ont envahi l'Indochine pour organiser de nouvelles bases de guerre, les colonialistes français se sont rendus à genoux pour leur livrer leur pays. (...)

En fait, depuis l'automne de 1940, notre pays a cessé d'être une colonie française pour devenir une possession nippone.

Après  la  reddition  des  Japonais,   notre  peuple  tout  entier  s'est  dressé   pour reconquérir sa souveraineté nationale et a fondé la République démocratique du Viet Nam. (...)

Nous sommes convaincus que les Alliés qui ont reconnu les principes de l'égalité des peuples aux conférences de Téhéran (1) et de San Francisco (2), ne peuvent pas ne pas reconnaître l'indépendance du Viet Nam. (...)

Pour ces raisons, nous, membres du gouvernement provisoire de la République démocratique du Viet Nam, proclamons solennellement au monde entier :

Le Viet Nam a le droit d'être libre et indépendant et, en fait, est devenu un pays libre et indépendant. (...)

 

Source : Alain Ruscio, Hô Chi Minh, textes 1914-1969, Paris, L'Harmattan, 1990.

 

1 Conférence de Téhéran (novembre - décembre 1943) : première des grandes conférences de la guerre entre les trois principaux alliés (Etats-Unis, URSS et Royaume-Uni) au cours desquelles ils déterminent leurs buts de guerre et leurs objectifs pour l'après-guerre.

2 Conférence de San Francisco (avril - juin 1945) : conférence entre les Alliés à l'issue de laquelle est adoptée la Charte de l'ONU.

 

 

Document 2 :

Rapport confidentiel de la commission  du Commonwealth, janvier 1954

 

« Ce processus (1) ne peut pas être interrompu ou renversé, et ce n'est que dans une certaine mesure que son allure peut être contrôlée par le gouvernement du Royaume-Uni. Parfois, il est possible de faire accepter un délai raisonnable et bénéfique pour assurer une meilleure transition, Mais, dans la plupart des cas, le rythme du changement constitutionnel est déterminé par l'intensité des sentiments nationalistes et l'émergence de la conscience politique dans les territoires concernés. Les leaders politiques qui ont obtenu l'assurance que leur peuple accédera à l'indépendance espèrent bien que cette indépendance sera atteinte de leur vivant ; et, s'ils ne peuvent convaincre leurs partisans que des progrès satisfaisants sont réalisés dans ce but, ils risquent de perdre leur crédit au profit d'éléments moins responsables. (...) Toute tentative pour retarder de manière artificielle la progression des peuples colonisés vers l'indépendance aurait des conséquences désastreuses. Entre autres, cela garantirait que, lors d'un éventuel transfert de pouvoir, il se ferait au profit de leaders prédisposés à mettre en oeuvre une politique anti-britannique. »

 

Source : Rapport confidentiel de la commission du Commonwealth, 21 janvier 1954.

 

1 Les responsables britanniques envisagent ici le processus d'accès à l'indépendance dans le cadre du Commonwealth,

 

 

Document 3 :

Décolonisation et conflits post-coloniaux.

 

 

 

Document 4 :

La propagande de l'armée française pendant la guerre d'Algérie (1954-1962).

 

 

Source: Tract du 5e bureau de l'armée française (ce bureau était chargé de la guerre dite "subversive", c'est-à-dire visant à influencer la population algérienne par tous les moyens).

 

1 Fellaga ou fellagha : partisan algérien en lutte contre l'autorité française en Algérie 

 

 

Document 5 :

L'Afrique à l'heure de l'indépendance

 

« Tous les yeux, en ce milieu de 1960, sont tournés vers l'Afrique noire. Après le Ghana et la Guinée, le Cameroun vient d'accéder à l'indépendance, suivi de près par le Mali, le Sénégal, le Soudan et le Congo belge. Le Nigeria est le prochain sur le calendrier, et déjà d'autres se pressent sur la voie qui mène à un siège à l'ONU, à une représentation diplomatique séparée, aux honneurs, aux responsabilités, parfois aux jeux savants de balance entre l'Est et l'Ouest, souvent aux difficultés économiques, aux désordres intérieurs, à l'incertitude de l'avenir. Jamais dans l'histoire du monde, un aussi vaste bouleversement ne s'est fait en un temps aussi réduit. Il ne manque pas d'hommes politiques africains qui, tout en suivant le mouvement, se demandent avec anxiété où l'Histoire les conduit. Tandis que les anciens empires volent en éclats, il se crée dans cette Afrique neuve et naïve un vide que les puissances de ce monde aspirent à combler, se livrant entre elles une des plus violentes batailles d'influence que notre époque ait connues. Toutes les forces y participent, grandes et petites, spirituelles et matérielles. L'islam mène une offensive qui progresse rapidement et que le Vatican voudrait contrecarrer, l'URSS se glisse dans les moindres interstices, les États-Unis font front, la Grande-Bretagne courtise les nouvelles élites, la Belgique tente de les former, la France remplace la colonisation par la fraternisation. (...) Quant aux leaders noirs, tout en rêvant de l'unité panafricaine, ils s'opposent en d'amères rivalités, tantôt de doctrines, tantôt personnelles, et, à entendre leurs voix dissonantes, on peut préjuger du destin de l'Afrique : on ne peut savoir si ce nouveau continent qui émerge soudain de l'irresponsabilité sera sanglant ou pacifique, totalitaire ou démocratique, prospère ou misérable. »

 

Source : « L'Afrique à l'heure de l'indépendance », éditorial de la revue Réalités, juin 1960.