ETUDE D'UN ENSEMBLE DOCUMENTAIRE

 

D’après le sujet donné en Europe-Afrique – Série L-ES-S – Juin 2010

Mise en forme du sujet - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

Sujet : Le Tiers Monde, des principes fondateurs aux désillusions politiques

 

Liste des documents :

 

Document 1 : Discours de clôture de Nehru à la conférence de Bandung (24 avril 1955)

Document 2 : Affiche anticolonialiste (1956)

Document 3 : Extraits de la charte de l'OUA (25 mai 1963)

Document 4a : Extraits des interventions de Fidel Castro et Tito au sommet des Non-Alignés, 3-9 septembre 1979

Document 4b : Dessin de Plantu (Le Monde, 6 septembre 1979)

Document 5 : Carte des guerres et zones de tension dans les années 1990 et 2000

 

Première partie :

Analyser l'ensemble documentaire en répondant aux questions :

1) Comment le Tiers Monde se définit-il par rapport au passé colonial ? (Documents 1 à 3)

2) Quelles relations les Etats du Tiers Monde comptent-ils entretenir les uns avec les autres ? (Documents 1 à 3)

3) Qu'est-ce que le « non-alignement » ? Pourquoi peut-on dire qu'il a échoué ? (Documents 1,3 et 4)

4) Quelle est la place du Tiers Monde dans les conflits des années 1990 et 2000 ? A quels types de conflits est-il exposé ? (Document 5)

 

Deuxième partie :

A I'aide des réponses aux questions, des informations extraites des documents et de vos connaissances personnelles, vous rédigerez une réponse organisée à la question suivante :

Pourquoi les principes sur lesquels s'est fondée l'identité du Tiers Monde ont-ils débouché sur des désillusions politiques ?

 

 

Document 1 :

Discours de clôture de Nehru à la conférence de Bandung (24 avril 1955)

 

« Depuis sept jours nous sommes dans cette belle ville de Bandung, et Bandung a été au cours de cette semaine le point de mire, la capitale, devrais-je dire, de l'Asie et de l'Afrique [...]. Vous avez vu le projet de communiqué final que je vous ai lu. Je pense qu'il représente un résultat considérable. Mais j'aimerais plus encore attirer votre attention sur le fait que nous nous sommes rencontrés, vus, liés d'amitié et que nous avons discuté ensemble pour trouver une solution à nos problèmes communs [...].

Il y a aujourd'hui un autre esprit en Asie [...]. L'Asie n'est plus passive [...]. Il n'y a plus d'Asie soumise, elle est vivante, dynamique [...]. Nous sommes résolus à n'être d'aucune façon dominés par aucun pays, par aucun continent. Nous ne sommes pas des « béni-oui-oui » qui disent « oui » à n'importe quel pays. Nous sommes des grands pays du monde et voulons vivre libres sans recevoir d'ordres de personne. Nous attachons de l'importance à l'amitié des grandes puissances, mais [...], à l'avenir, nous ne coopérerons avec elles que sur un pied d'égalité. C'est pourquoi nous élevons notre voix contre l'hégémonie et le colonialisme dont beaucoup d'entre nous ont souffert pendant longtemps. Et c'est pourquoi nous devons veiller à ce qu'aucune autre forme de domination ne nous menace. Nous voulons être amis avec l'Ouest, avec l'Est, avec tout le monde. Le seul chemin qui mène droit au cœur et à l'âme de l'Asie est celui de la tolérance, de l'amitié et de la coopération. [...]

Je pense qu'il n'y a rien de plus terrible que l'immense tragédie qu'a vécue l'Afrique depuis quelques siècles [...], depuis l'époque où des millions d'Africains ont été expédiés comme esclaves en Amérique ou ailleurs, la moitié d'entre eux mourant dans les galères. Nous devons tous accepter la responsabilité de ce drame, oui tous, même si nous ne sommes pas directement compromis. [...] Malheureusement, même aujourd'hui, le drame de l'Afrique est plus grand que celui d'aucun autre continent, tant au point de vue racial que politique. Il appartient à l'Asie d'aider l'Afrique au mieux de ses possibilités, car nous sommes des continents frères. »

 

Jawaharlal Nehru, Discours, New Delhi, 1949-1961. 

 

 

 Document 2 :

Affiche anticolonialiste (1956)

 

  Le personnage de gauche est Gamal Abdel Nasser, chef de l'Etat égyptien ; celui de droite est Ahmed Ben Bella, l'un des chefs du Front de Libération Nationale algérien.

 

 

 

Document 3 :

Extraits de la charte de l'OUA (25 mai 1963)

  

ARTICLE PREMIER

1) Les hautes parties contractantes constituent, par la présente charte, une organisation dénommée « Organisation de l'Unité africaine ».

2) Cette organisation comprend les Etats africains continentaux, Madagascar et les autres îles voisines de l'Afrique.

 

ARTICLE 2

1) Les objectifs de l'Organisation sont les suivants :

a)  Renforcer l'unité et la solidarité des Etats africains ;

b)  Coordonner et intensifier leur coopération et leurs efforts pour offrir de meilleures conditions d'existence aux peuples d'Afrique ;

c)  Défendre leur souveraineté, leur intégrité territoriale et leur indépendance ;

d) Eliminer sous toutes ses formes le colonialisme d'Afrique ;

e)  Favoriser la coopération internationale, en tenant compte de la Charte des Nations Unies et de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme.

2) A ces fins, les Etats membres coordonneront et harmoniseront leurs politiques générales [….]

 

ARTICLE 3

Les Etats membres, pour atteindre les objectifs énoncés à l'article 2, affirment solennellement les principes suivants :

1) Egalité souveraine de tous les Etats membres ;

2) Non-ingérence dans les affaires intérieures des Etats ;

3) Respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de chaque Etat et de son droit inaliénable à une existence indépendante ;

4) Règlement pacifique des différends, par voie de négociation, de médiation, de conciliation ou d'arbitrage ;

5) Condamnation sans réserve de l'assassinat politique ainsi que des activités subversives exercées par les Etats voisins ou tous autres Etats ;

6) Dévouement sans réserve à la cause de l'émancipation totale des territoires africains non encore indépendants ;

7) Affirmation d'une politique de non-alignement à l'égard de tous les blocs.

 

 

Document 4 :

Document 4a : Extraits des interventions de Fidel Castro et Tito au sommet des Non-Alignés, 3-9 septembre 1979

 

Le Cubain Fidel Castro prononce, en tant que représentant du pays hôte, le discours d'ouverture du VIe sommet des Non-Alignés.

 

« Nous n'avons pas à rougir d'être socialistes [...]. Oui, nous avons fait une révolution radicale à Cuba. Oui, nous sommes des révolutionnaires radicaux [...]. Nous sommes profondément reconnaissants au peuple soviétique parce que sa coopération généreuse nous a aidés à survivre et à vaincre à des moments très difficiles et décisifs dans la vie de notre peuple quand nous courrions le risque d'être exterminés ».

 

Tito, chef de l'Etat yougoslave et unique survivant des fondateurs du mouvement des Non-Alignés, lui répond le 4 septembre :

 

« Notre mouvement exprime les intérêts fondamentaux de l'humanité tout entière, et pas uniquement d'une de ses parties.... Nous devons nous opposer à tout ce qui nous désunit et à toutes les tentatives d'infiltrer les intérêts étrangers dans nos rangs. [...] Nous n'avons jamais cessé de nous prononcer avec constance contre la politique des blocs et la domination étrangère, contre toutes les formes d'hégémonie politique et économique, pour le droit de chaque pays à la liberté, à l'indépendance et au développement autonome. Nous n'avons jamais accepté d'être la courroie de transmission ou la réserve de qui que soit parce que cela est incompatible avec l'essence de la politique de non-alignement ».

 

 

Document 4b : Dessin de Plantu (Le Monde, 6 septembre 1979)

 

 

 

De gauche à droite, Brejnev, Castro et Tito.

 

 

Document 5 :

Carte des guerres et zones de tension dans les années 1990 et 2000  

 

 

D'après Gérard Chaliand, Atlas du nouvel ordre mondial, Robert Laffont, 2003.