EXPLICATION D’UN DOCUMENT D’HISTOIRE

 

Mise en forme du sujet - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

 

J. Ferry, discours à la Chambre des députés, le 28 juillet 1885.

 

« Je dis […] que cette politique coloniale repose sur une triple base économique, humanitaire et politique. […]

Au point de vue économique […] la première forme de colonisation c'est celle qui offre un asile et du travail au surcroît de population des pays qui renferment trop d'habitants. Mais il y a une autre forme de colonisation, c'est celle qui s'adapte aux peuples qui ont ou bien un excédent de capitaux, ou bien un excédent de produits [...]. Pourquoi des colonies ? [...] La politique coloniale est fille de la politique industrielle. Pour les États riches, où les capitaux abondent et s'accumulent rapidement, où le régime manufacturier est en voie de croissance continue, attirant à lui la partie sinon la plus nombreuse, du moins la plus éveillée et la plus remuante de la population qui vit du travail de ses bras, où la culture de la terre est condamnée pour se soutenir à s'industrialiser, l'exportation est un facteur essentiel de la prospérité. [...] Tout le monde aujourd'hui veut filer et tisser, forger et distiller. Toute l'Europe fabrique le sucre à outrance et prétend l'exporter. [...] La question coloniale, c'est, pour les pays voués par la nature même de leur industrie à une grande exportation, comme le nôtre, la question même des débouchés. Les colonies sont pour les pays riches un placement de capitaux des plus avantageux [...]. Au temps où nous sommes et dans la crise que traverse toutes les industries européennes, la fondation d’une colonie, c’est la création d’un débouché […].

Messieurs, il y a un second point [...] que je dois également aborder, c'est le côté humanitaire et civilisateur de la question [...]. Messieurs, il faut [...] dire ouvertement qu'en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures... (Rumeurs sur plusieurs bancs à l'extrême gauche). [...] Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. Ces devoirs ont été souvent méconnus dans l’histoire des siècles précédents, et certainement quand les soldats et les explorateurs introduisaient l’esclavage [...]. Est-ce que quelqu’un peut nier qu’il y a plus de justice, plus d’ordre matériel et moral, plus d’équité, plus de vertus morales dans l’Afrique du Nord depuis que la France a fait sa conquête ? […]

Messieurs, dans l'Europe telle qu'elle est faite, dans cette concurrence de tant de rivaux que nous voyons grandir autour de nous, [...] la politique de recueillement ou d'abstention, c'est tout simplement le grand chemin de la décadence ! Les nations, au temps où nous sommes, ne sont grandes que par l'activité qu'elles développent. Est-ce que les gouvernements laisseront d’autres que nous s’établir en Tunisie [...], faire la police à l’embouchure du Fleuve Rouge [et] se disputer les régions de l’Afrique équatoriale [...] Actuellement, vous savez qu'un navire de guerre ne peut pas porter plus de quatorze jours de charbon, et qu'un navire qui n'a pas de charbon n'est qu'une épave sur la surface des mers. […] Je dis que cette politique d’expansion coloniale s’est inspirée d’une vérité, à savoir qu’une marine comme la nôtre ne peut se passer, sur la surface des mers, d’abris solides, de défenses, de centres de ravitaillement [...]. C’est pour cela qu’il nous fallait Saigon et la Cochinchine ; c’est pour cela qu’il nous faut Madagascar.

Devons-nous acculer la politique française dans une impasse et, les yeux fixés sur la ligne bleue des Vosges, laisser tout se faire sans nous ? [...] Rayonner sans agir, sans se mêler aux affaires du monde, en se tenant à l'écart de toutes les combinaisons européennes, en regardant comme un piège, comme une aventure toute expansion vers l'Afrique ou vers l'Orient, vivre de cette sorte, pour une grande nation, croyez-le bien, c'est abdiquer, et, dans un temps plus court que vous ne pouvez le croire, c'est descendre du premier rang au troisième et au quatrième. »

 

Questions :

 

1. Présentez le texte et insistez sur le contexte international.

2. Quelles sont les colonies françaises en 1885 ? Quels nouveaux espaces vont être conquis par la suite ?

3. Quels sont les trois fondements de la colonisation que distingue l’auteur ?

4. Comment se traduit le sentiment de supériorité des Européens ?