EXPLICATION D’UN DOCUMENT D’HISTOIRE

 

D’après le sujet donné en Amérique du Sud – Novembre 2004

Mise en forme du sujet - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

 

L’angoisse de la paix.

 

« Le monde est ce qu'il est, c'est-à-dire peu de chose. C'est ce que chacun sait depuis hier grâce au formidable concert que la radio, les journaux et les agences d'information viennent de déclencher au sujet de la bombe atomique. On nous apprend, en effet, au milieu d'une foule de commen­taires enthousiastes, que n'importe quelle ville d'importance moyenne peut être totalement rasée par une bombe de la grosseur d'un ballon de football...

Mais, entourer ces terribles révélations d'une littérature pittoresque ou humoristique, c'est ce qui n'est pas supportable [...]. Voici qu'une angoisse nouvelle nous est proposée, qui a toutes les chances d'être définitive. On offre sans doute à l'humanité sa dernière chance. Et ce peut être après tout le prétexte d'une édition spéciale. Mais, ce devrait être plus sûrement le sujet de quelques réflexions et de beaucoup de silence. La civilisation mécanique vient de parvenir à son degré de sauva­gerie. Il va falloir choisir, dans un avenir plus ou moins proche, entre le suicide collectif et l'utilisation intelligente des conquêtes scientifiques. En attendant, il est permis de penser qu'il y a quelque indécence à célébrer la découverte qui se met au service de la plus formidable rage de destruction dont l'homme ait fait preuve depuis des siècles. Que, dans un monde livré à tous les déchirements de la violence, incapable d'aucun contrôle, indif­férent à la justice et au simple bonheur des hommes, la Science se consacre au meurtre organisé, personne sans doute, à moins d'idéalisme impéni­tent, ne songera à s'en étonner. [...].

Si les Japonais capitulent après la destruction d'Hiroshima, et par l'effet de l'intimidation, nous nous en réjouirons. Mais, nous nous refusons à tirer d'une aussi grave nouvelle autre chose que la décision de plaider plus énergiquement encore en faveur d'une véritable société internationale, où les grandes puissances n'auront pas de droits supérieurs aux petites et moyennes nations, où la guerre, fléau devenu définitif par le seul effet de l'intelligence, ne dépendra plus des appétits ou des doctrines de tel ou tel État. Devant les perspectives terrifiantes qui s'ouvrent à l'humanité, nous apercevons encore mieux que la paix est le seul combat qui vaille d'être mené. Ce n'est plus une prière, mais un ordre qui doit monter des peuples vers les gouvernements, l'ordre de choisir définitivement entre l'enfer et la raison. »

 

ALBERT CAMUS, Extrait du journal Combat, 8 août 1945.

Questions :

 

1. Présentez le document.

2. Quel ordre du monde Albert Camus appelle-t-il de ses vœux ? La réalité a-t-elle été conforme à ses attentes dans l'après-guerre ?

3. Quel fut le rôle de la bombe atomique à partir de 1945 ?