EXPLICATION D’UN DOCUMENT D’HISTOIRE

 

Mise en forme du sujet - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

 

Le programme colonial de la France.

 

« Pendant douze années, sous les tropiques comme en France, gouverneur général ou ministre, j'ai longuement médité sur la colonisation, sa légitimité, ses conséquences morales. [...] Dans l'action coloniale ainsi comprise, il n'y a plus comme au début, « droit du plus fort », mais bien « droit du fort à aider le faible », ce qui paraît vraiment le droit le plus noble et le plus haut de tous.

L'opération n'est plus unilatérale ; elle n'évince pas un possédant au profit d'un spoliateur ; elle peut, plus justement que celle qui la précéda, réclamer le titre de « pacte colonial », car elle est conçue pour l'avantage des deux ayants droit, liés par une politique d'association. La possession lointaine ne sera plus à présent un simple comptoir, un dépôt de richesses, un débouché où « le conquérant » vient rafler les épices et écouler sa marchandise en pressurant une race indigène taillable et corvéable à merci. Les colonies cessent de n'être que des marchés ; ce sont des entités vivantes, des créations d'humanité, des parties solidaires de l'Etat français dont on va, par le progrès scientifique, moral, économique et politique, favoriser l'accès à de plus hauts destins, au même titre que les autres parties du territoire national. […]

D'abord, les Indigènes étant des hommes comme nous, il faut les traiter en hommes comme nous, c'est-à-dire assurer les garanties primordiales de statut individuel, de droit personnel que nous réclamons pour nous-mêmes. C'est l'affirmation catégorique de la politique d'association, avec ses conséquences morales et pratiques [...]. Il faut que la paisible et légitime jouissance du droit du sol qu'ils cultivent, dans les parties qui leur appartiennent, n'ait rien à redouter des spoliations accomplies par l'arbitraire ou l'erreur. Ce doit être l'œuvre d'un bon régime foncier et d'un équitable système de concessions. Il faut que dans l'état économique et social nouveau créé par l'introduction de la grande industrie et de la grande culture [...], le travailleur indigène soit dûment défendu par la prévoyance de réglementations humaines du travail. Il faut accroître la valeur morale et intellectuelle que cette masse de vivants représente. Ce qui appelle le développement de l'instruction publique. Il faut enfin habiliter nos protégés à participer dans une mesure légitime et convenable à l'administration de leur pays.

 

Albert Sarraut *, Grandeur et servitudes coloniales, Le Sagittaire, 1931.

 

* Albert Sarraut (1872-1962) fut gouverneur général de l'Indochine (1911-1914 et 1916-1919) et ministre des Colonies sous la IIIe République (1920-1924 et 1932-1933).

 

Questions :

 

1. Présentez le texte en précisant quelles sont les possessions coloniales de la France à l’époque.

2. Quelle vision de la colonisation le texte propose-t-il ?

3. Pourquoi l’association a-t-elle remplacé l’assimilation ?