EXPLICATION D’UN DOCUMENT D’HISTOIRE

 

Mise en forme du sujet - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

 

Le regard d'un administrateur colonial britannique en 1922.

 

Frederick Lugard (1858-1945) était un soldat britannique et un explorateur de l’Afrique. Il a exercé la fonction de Gouverneur-Général du protectorat du Nigéria entre 1914 et 1919.

 

« Il est évident que le degré de contrôle que les races indigènes peuvent exercer dans le pays dépend du degré de développement et de progrès dans l’organisation de leur société. […] L’idéal de self-government ne peut être réalisé que selon le processus d’évolution qui a créé les démocraties d’Europe et d’Amérique. […] Le principe fondamental est que la minorité éduquée doit au moins être représentative des sentiments et des désirs de la majorité, parlant sa langue et connaissant ses coutumes et ses préjugés. [...] Une tentative d'adapter ces principes de gouvernement représentatif occidental aux races tropicales est maintenant faite en Inde. [...] Le dispositif essentiel du système est que les chefs indigènes sont constitués comme partie intégrale du mécanisme de l'administration. Il n'y a pas deux ensembles d’administrateurs britanniques et d'indigènes travaillant séparément ou dans la coopération, mais un gouvernement unique dans lequel les chefs indigènes ont des fonctions bien définies et un statut égal à celui des fonctionnaires britanniques. […]

Trois décennies se sont écoulées depuis que l'Angleterre assume une occupation et administration effectives des parties de l'Afrique pour lesquelles elle a accepté des responsabilités quand les nations européennes partagèrent le continent entre elles. Comment a-t-elle rempli sa mission de mandataire en vue du progrès des peuples soumis, d'une part, et d'autre part, afin de développer les ressources matérielles pour le bien de l'humanité ?

Nous connaissons tous le credo du "bon petit Anglais". À chaque nouvelle expansion de l'empire, il nous a avertis que "le fardeau de l'homme blanc" pesait déjà trop lourd pour que ce pays puisse le supporter, que le contribuable britannique était poussé à soutenir l'ambition des chauvinistes, et que les races indigènes étaient mal gouvernées et dépouillées de leurs terres et de leurs propres bénéfices par l'avarice des exploiteurs. Enfin, depuis la guerre, il semble qu’une tentative organisée soit faite par le Parti Travailliste pour développer ces idées et pour démontrer que l'existence de l'empire est incompatible avec nos propres intérêts et avec ceux des races soumises. [...] Ils essaient de nous persuader qu'il est meilleur de déléguer la responsabilité impériale aux comités internationaux [...]

L'Europe est en Afrique pour le bénéfice mutuel de ses propres classes industrielles et des races indigènes et c'est le but et le désir de l'administration civilisée d'accomplir ce double mandat. Par des chemins de fer et des routes, par l’assèchement des marais et l'irrigation des déserts, et par un système de commerce équitable et de concurrence, nous avons participé à la prospérité et à la richesse de ces terres, et stoppé la famine et la maladie. Nous avons mis fin à la misère horrible de la traite des esclaves et aux guerres inter-tribales, aux sacrifices humains et aux ordalies* des sorciers. Là où ces faits subsistent, ils sont sévèrement réprimés. Nous nous efforçons d'éduquer les peuples indigènes à diriger leurs propres affaires avec justice et humanité et à les former aux lettres et à l'industrie [...] Les nations de l'Europe se sont engagées elles-mêmes à coopérer ensemble par un contrat solennel en vue de cette tâche. Chacune avancera vers ce but commun selon ses propres méthodes. [...]

Qu'on examine les résultats impartialement. S'il existe de l'agitation et un désir d'indépendance, comme en Inde et en Égypte, c'est parce que nous avons enseigné les libertés et la Liberté à ces peuples qui ne l'avaient pas connue pendant des siècles. Leur réel mécontentement est la mesure de leur progrès. »

      

Lord Frederick Lugard, Le double mandat de l'Europe en Afrique tropicale,  cité par M. Michel dans Le XXe siècle, Bréal, 1995 et dans www.swarthmore.edu/SocSci/ tburke1/8bsyllabus/dualmandate.html (traduit de l’anglais par A. Léonard).

 

* Épreuve judiciaire dont l'issue dépend de l'intervention divine.

 

Questions :

 

1. Présenter le contexte du document en expliquant la phrase soulignée et en précisant comment se répartissent les possessions européennes.

2. En quoi consiste d’après l’auteur le « double mandat » que les Européens doivent remplir en Afrique tropicale ?

3. Quelles critiques négatives de la colonisation apparaissent ?

4. Pourquoi l’auteur ne semble pas inquiet du « désir d’indépendance » de certains peuples colonisés ?