EXPLICATION D’UN DOCUMENT D’HISTOIRE

 

D’après le sujet donné en Polynésie, juin 2000

Mise en forme du sujet - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

 

Les aspects stratégiques de la crise de Cuba.

 

« L’URSS [...] était en fait très en retard sur les États-Unis dans la course aux armements stratégiques : en 1962, selon l’Institut des études stratégiques de Londres, Moscou disposait de 75 missiles intercontinentaux basés à terre (ICBM) et n’en fabriquait péniblement que 25 par an. Encore ces engins étaient-ils si imprécis et si peu sûrs que, indique une étude, “ on ne pouvait déterminer avec certitude qui ils menaçaient en réalité ”. Les États-Unis, eux, avaient déjà 294 ICBM, et leur programme de construction, avec 100 engins par an, était quatre fois plus important.

[...] La situation du Kremlin était pis encore dans le domaine des missiles sous-marins (SLBM). L’URSS n’en possédait alors pratiquement aucun, alors que les États-Unis étaient, là aussi, au beau milieu d’un effort intensif avec le programme Polaris : 96 engins de ce type étaient opérationnels en 1961, 144 en 1962, 416 en 1964 pour s’arrêter à 656 en 1967, à bord de 41 sous-marins.

Si l’on ajoute que Washington disposait encore, en 1962, de 2 000 bombardiers intercontinentaux contre moins de 150 appareils soviétiques équivalents, la supériorité de John Kennedy était écrasante.

Il est incontestable que la supériorité des forces américaines classiques qui faisaient le siège de Cuba a été déterminante : c’est la menace d’une invasion ou au moins d’une “ opération chirurgicale ” contre ses fusées, une menace à laquelle il n’avait pas grand-chose à opposer sur le terrain, qui a fait fléchir Khrouchtchev. Mais la vraie question est ailleurs : Kennedy aurait-il formulé cette menace, et cette menace aurait-elle été crédible, si l’URSS avait eu la même capacité nucléaire globale que les États-Unis ?

[...] Le fait fondamental est que l’Amérique pouvait infliger à son adversaire infiniment plus de destructions que celui-ci ne pouvait lui en causer, et il est difficile d’imaginer que Kennedy n’ait pas tenu compte de ce fait lorsqu’il mit au point sa riposte.

[...] C’est à cette époque que Moscou mit au point un programme massif de réarmement, programme qui allait aboutir non seulement à un renforcement considérable des forces classiques, mais aussi à la constitution d’un arsenal de lanceurs stratégiques [...] supérieur à celui des États-Unis. Sans doute les stratèges soviétiques doivent-ils admettre dans leur for intérieur que la notion de “supériorité stratégique” n’est ni aisément quantifiable ni directement exploitable : chaque Supergrand, aujourd’hui, doit redouter la destruction totale, quel que soit le niveau de ses propres forces. »

 

Michel Tatu, « Les données stratégiques, tactiques et leur évolution », Le Monde, 16-17 octobre 1982.

 

Questions :

 

1. Rappelez brièvement les aspects essentiels de la crise de Cuba et le contexte plus général dans lequel elle s’inscrit.

2. Quelle explication le journaliste donne-t-il au dénouement de cette crise ? Quelle donnée fondamentale de la guerre froide met-il ainsi en évidence ?

3. Cet article a été écrit vingt ans après l’événement relaté. Où en sont les relations entre les deux Grands à ce moment-là ?