EXPLICATION D’UN DOCUMENT D’HISTOIRE

 

Mise en forme du sujet - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

 

Pétition de l'Emir Khaled adressée au Président des Etats-Unis Wilson (1919).

 

 L’Emir Khaled est le petit-fils de l’Emir Abd el-Kader, qui s’était opposé à la France en 1847. Il fut officier dans l’armée française jusqu’à la fin de la Première guerre mondiale, dans laquelle il s’illustra.

 

« Monsieur le Président, nous avons l'honneur de soumettre à votre haute appréciation et à votre esprit de justice, un exposé succinct de la situation actuelle de l'Algérie, résultant du fait de son occupation par la France depuis 1830.

Dans une lutte inégale, mais qui a été cependant tout à l'honneur de nos pères, les Algériens ont combattu pendant 17 ans, avec une énergie et une ténacité incomparables, pour refouler l'agresseur et vivre indépendants. Le sort des armes ne leur fut malheureusement pas favorable.

Depuis 89 ans que nous sommes sous la domination française, le paupérisme ne fait qu'augmenter chez nous, pendant que les vainqueurs s'enrichissent à nos dépens. […] En effet, comme au temps des Romains, les Français refoulèrent progressivement les vaincus en s'appropriant les plaines fertiles et les plus riches contrées. Jusqu'à nos jours, on continue de créer de nouveaux centres de colonisation, en enlevant aux indigènes les bonnes terres qui leurs restent, sous le prétexte intitulé : « Expropriation pour cause d'utilité publique ». […]

Pendant 89 ans, l'indigène a été accablé sous le poids des impôts : impôts français et impôts arabes antérieurs à la conquête et maintenus par les nouveaux conquérants. En consultant la balance des recettes et des dépenses de l'Algérie, on voit aisément que des indigènes surtaxés, la répartition du budget ne tient presque aucun compte de leurs besoins spéciaux. Plusieurs tribus sont sans route et la grande majorité de nos enfants sans écoles.

Grâce à nos sacrifices, on a pu créer une Algérie française très prospère, où la culture de la vigne s'étend à perte de vue : le pays est sillonné de chemins de fer et de routes entre les villages européens. Pas bien loin d'Alger, on trouve des tribus entières, dont les territoires très peuplés, pauvres et abrupts sont sans voie de communication. Des agglomérations importantes sont dépourvues de tout comme au temps d'Abraham, on y puise l'eau avec des peaux de boucs, dans des citernes ou des puits à ciel ouvert. C'est ainsi qu'en tout et pour tout la part des plus nombreux est la plus faible, et la charge des plus pauvres est la plus forte.

Sous un régime dit Républicain, la majeure partie de la population est régie par des lois spéciales qui feraient honte aux barbares eux-mêmes. […] On arrive, en 1912, à la conscription obligatoire, d'abord partielle (10% du contingent), ensuite totale et cela malgré les énergiques protestations des indigènes. L'impôt du sang nous a été appliqué en violation des principes les plus élémentaires de la justice. […] Nous n'avions jamais pu croire cependant, qu'une pareille charge, réservée aux seuls citoyens français, jouissant de tous les droits, viendrait un jour peser sur nos épaules. Des centaines de milliers des nôtres sont tombés sur les différents champs de bataille malgré eux contre des peuples qui n'en voulaient ni à leur vie, ni à leurs biens. Les veuves, les orphelins et les mutilés de cette guerre ont des traitements ou des subsides inférieurs même à ceux des néo-français. Beaucoup de blessés, incapables de tout travail viennent grossir les rangs des malheureux qui pullulent dans les villes, et les campagnes.

Il est bien facile à l'observateur impartial, de constater la grande misère des indigènes. A Alger même des centaines d'enfants des deux sexes déguenillés et rachitiques, traînent leur misère dans les rues en sollicitant la charité publique. […] Sous le fallacieux prétexte de ne pas porter atteinte à la liberté, les mœurs sont complètement relâchées et les boissons alcooliques sont servies à profusion aux indigènes dans les cafés. En vaincus résignés, nous avons supporté tous ces malheurs, en attendant et en espérant des jours meilleurs.

La déclaration solennelle suivante : « Aucun peuple ne peut être contraint de vivre sous une souveraineté qu'il répudie », faite par vous en mai 1917 dans votre message à la Russie, nous laisse espérer que ces jours sont enfin venus. […] Nous demandons l'envoi de délégués choisis librement par nous, pour décider de notre sort futur, sous l'égide de la Société des Nations. Vos 14 conditions de paix mondiale, Monsieur le Président, acceptées par les Alliés et les Puissances Centrales, doivent servir de base à l'affranchissement de tous les petits peuples opprimés, sans distinction de race ni de religion. »

 

Questions :

 

1. Présentez le document en insistant sur sa nature, son auteur, son destinataire et son contexte.

2. Comment est présentée la présence française ? Quel est le statut de l’Algérie ?

3. Relevez et expliquez les allusions aux inégalités entre colons et musulmans.

4. Sur quel principe est fondé l’espoir de l’auteur ? Pourquoi s’adresse-t-il au Président des Etats-Unis ?