ETUDE D'UN ENSEMBLE DOCUMENTAIRE

 

Mise en forme du sujet - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

Sujet : La Pologne, une démocratie populaire (1947-1989)

 

Liste des documents :

 

Document 1. Affiches. Les liens entre Varsovie et Moscou

Document 2. La déstalinisation en Pologne

Document 3. Jean-Paul II écrit à Brejnev en décembre 1980

Document 4. Le combat de Lech Wałęsa pour la libération de la Pologne

Document 5. La Une du premier journal d'opposition légalement autorisé

 

Première partie :

Le candidat analysera l'ensemble documentaire en répondant aux questions suivantes :

 

1. Quels liens apparaissent entre la Pologne et l’URSS ?

2. Que se passe-t-il en Pologne en 1956 ? Dans quel contexte cela se produit-il ?

3. Que craint Jean-Paul II ? Parvient-il à protéger l’opposition en Pologne ?

4. Pourquoi la situation de 1988-1989 est-elle différente de celle de 1981 ?

 

Deuxième partie :

À l'aide des réponses aux questions, des informations extraites des documents et de ses connaissances personnelles, le candidat rédigera une réponse organisée au sujet :

« La Pologne, une démocratie populaire (1947-1989) »

                                                                                                                     

 

Document 1

Les liens entre Varsovie et Moscou

 

 

 

Affiche polonaise de 1952 : « L’amitié polono-soviétique c’est la paix, la simplicité, un lendemain heureux pour notre patrie ». Le personnage à la gauche de Staline est le dirigeant polonais Bierut.

 

 

Affiche polonaise : « L’URSS, défenseur de la paix et ami des enfants »

   

 

Document 2

La déstalinisation en Pologne

 

Exclu du Parti en 1949, Gomułka a été réhabilité en août 1956 après les émeutes de Poznań, réprimées dans le sang par l'armée. Il redevient premier secrétaire du Parti le 21 octobre 1956.

 

 « Les causes de la tragédie de Poznań et du profond mécontentement de la classe ouvrière se trouvent chez nous, dans la direction du Parti, au gouvernement. Le feu couvait depuis plusieurs années. Le plan sexennal économique [. . .] prôné comme étant une nouvelle étape d'un accroissement important du niveau de vie, a trompé les espoirs de larges masses de travailleurs. La jonglerie des chiffres qui faisait état d'une augmentation de 27 % des salaires réels n'a pas réussi. Cela n'a fait qu'irriter davantage les gens [...].Sous ce système, on brisait les caractères et les consciences humaines, on piétinait les gens, on crachait sur leur honneur. La calomnie, le mensonge et la fausseté, et même des provocations servaient d'instrument pour exercer le pouvoir. Des faits tragiques se sont produits, des gens innocents ont été envoyés à la mort. De nombreux autres innocents ont été emprisonnés, et quelquefois même pendant de nombreuses années. Il y eut parmi eux des communistes. Maintes personnes ont été soumises à des tortures bestiales. On avait semé la peur, la démoralisation.

Nous en avons fini avec ce système ou sommes sur le point d'en finir une fois pour toutes. Il faut substituer à tous ces mauvais éléments de notre modèle de socialisme de nouveaux éléments [...].Il faut perfectionner le modèle à l'aide de meilleurs exemples existants et y apporter nos propres constructions perfectionnées.

Ce qui est invariable dans le socialisme se réduit à la suppression de l'exploitation de l'homme par l'homme. Les voies qui mènent à ce but peuvent être et sont multiples. […] Le modèle du socialisme [...] peut être du genre créé en Union soviétique, il peut être formé à la manière que nous observons en Yougoslavie, et il peut être encore différent. […]

Nous ne permettrons à personne de tirer profit du processus de démocratisation au détriment du socialisme. À la tête du processus de démocratisation se place notre Parti. »

 

Extrait du discours de Gomułka devant le Comité central du Parti Ouvrier Unifié Polonais, 20 octobre 1956.

 

 

Document 3

Jean-Paul II écrit à Brejnev en décembre 1980

 

En 1978, l'élection de Karol Wojtyła à la papauté et son voyage en Pologne l’année suivante encouragent les aspirations des Polonais à la liberté intellectuelle et politique. En 1980, après la décision du pouvoir d’augmenter les prix alimentaires, de nouvelles révoltes ont lieu en août dans les chantiers de la Baltique. Conduits par Lech Wałęsa, les ouvriers parviennent à faire plier le pouvoir qui doit concéder les accords de Gdańsk (31 août 1980). Les autorités reconnaissent finalement le syndicat indépendant Solidarność (Solidarité) mais commencent à envisager le moyen de contrer cette opposition, avec l’aide des Soviétiques.

 

« A son excellence, M Leonid Brejnev Président du Soviet suprême de l'URSS.

Je me fais l'expression de l'inquiétude de l'Europe et de l'ensemble du monde à propos de la tension engendrée par les événements intérieurs survenus en Pologne au cours de ces derniers mois. […]

Je vous demande de faire tout ce qui est en votre pouvoir afin que disparaisse ce qui constitue, selon l'opinion générale, les causes de cette préoccupation. Cela est indispensable à la détente en Europe et dans le monde. Un tel résultat ne peut être obtenu me semble-t-il qu'en demeurant fidèle aux principes solennels des accords de Helsinki, qui définissent les critères régulant les relations entre les Etats. Et notamment en respectant les droits relatifs à la souveraineté, ainsi que le principe de non-intervention dans les affaires intérieures de chacun des Etats participants. Les événements qui se sont déroulés en Pologne ces derniers mois ont été provoqués par la nécessité inéluctable d'une reconstruction économique du pays, qui exige, en même temps, une reconstruction morale fondée sur l'engagement conscient, dans la solidarité, de toutes les forces de la société.[…].

JOHANNES PAULUS PP.II, Le Vatican, 16 décembre 1980 »

 

Document 4

Le combat de Lech Wałęsa pour la libération de la Pologne

 

Après l’instauration de la loi martiale en décembre 1981, Wałęsa est incarcéré avec les principaux dirigeants de Solidarność. La nomination de Gorbatchev à la tête de l’URSS en 1985 marque un tournant et le gouvernement polonais doit faire face à la résistance passive d’une part de plus en plus importante de la population. En avril-mai 1988, des grèves ont lieu dans l’industrie. C’est alors que les communistes réformateurs proposent d’ouvrir des négociations avec l’opposition ; Solidarność est choisi comme seul interlocuteur, alors que le syndicat a déjà perdu une grande partie de son influence.

 

Pour l'instant, nous en sommes encore à combattre ce que les communistes appellent les « séquelles du stalinisme ». C'est-à-dire le monopole d'un parti unique, le contrôle de l'économie par la nomenklatura et l'existence d'une classe privilégiée qui n'obéit à aucune des lois. J'appelle ça le stalinisme. Et il faut en finir avec un tel exercice du pouvoir. […]

Aujourd'hui les problèmes de tous les pays de l'Est sont pratiquement identiques. Crise économique, crise de confiance, recherche d'un nouveau consensus. Chaque pays a son propre remède. En Pologne, c'est Solidarność, mais aussi l'Église catholique, qui n'a jamais été aussi puissante, et l'agriculture privée, actuellement protégée par le pouvoir car elle seule produit encore en dépit de la crise. En URSS, le remède est la perestroïka, et la situation est très différente, car l'initiative des réformes a été prise par le Parti. […]

Le malheur de Solidarność était d'avoir été une belle fleur solitaire qui a poussé trop tôt en hiver.  Aujourd'hui, je vois clairement que Solidarność, dans la situation internationale de 1981, n'avait aucun avenir, que rien ne pouvait la sauver. Mais Solidarność a gagné sa bataille malgré tout. Les autorités polonaises ont compris que Solidarność n'est pas seulement un syndicat, pas seulement un mouvement, mais des réformes.

 

Interview recueillie par le correspondant de Libération à Varsovie, 8 décembre 1988.

 

 

Document 5

La Une du premier journal d'opposition légalement autorisé

 

Le 5 avril 1989 les accords dits de la « Table ronde » sont signés : on crée un Sénat dont les membres seront issus d’élections libres tandis que des élections sous conditions auront lieu à la Diète. Lors des législatives du 4 juin 1989, Solidarność emporte une victoire écrasante. Le syndicat approuve l’élection de Jaruzelski à la présidence de la République et en septembre, Tadeusz Mazowiecki, proche collaborateur de Wałęsa, devient le premier chef d’un gouvernement de coalition.

 

 Chers lecteurs,

Voilà, après 40 ans, on a en Pologne et peut-être dans tout le bloc communiste le premier hebdomadaire normal et indépendant. On entend par « normal » le journal qui essaie avant tout d'informer, vite, objectivement, séparant le commentaire de l'information. [...]

Le journal a été créé sur l'accord de la « table ronde » mais on l'édite et rédige sous notre responsabilité. On se sent lié à Solidarność mais on veut présenter des opinions de toute la société indépendante.

 

 

L'équipe de rédaction. Extraits du 1er numéro de la Gazeta wyborcza,(« Gazette électorale ») du 8 mai 1989.