ETUDE D'UN ENSEMBLE DOCUMENTAIRE

 

Source : www.annabac.com

Mise en forme du sujet - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

Sujet : La construction européenne jusqu'a la fin des années 1980, réalisations et difficultés

 

Liste des documents :

 

Document 1 : Message de Denis de Rougemont au congrès de La Haye, 1948.

Document 2 : Affiches « Pour ou contre la CED ? », 1953-1954.

Document 3 : Le général de Gaulle et l’Europe, conférence de presse du 15 mai 1965.

Document 4 : Le traité de Rome, 1957, buvard d’écolier.

Document 5 : « Le marché unique européen », Jacques Delors, discours 1987.

 

Première partie :

Le candidat analysera l'ensemble documentaire en répondant aux questions suivantes :

 

1. Montrez que les auteurs des documents 1 et 3 ont des conceptions radicalement différentes de la construction européenne.

2. En analysant les affiches sur la CED (document 2), montrez que ces points de vue opposés présentent un obstacle à la construction de l’Europe.

3. Quelles sont les réalisations de la construction européenne que l’on peut relever dans les documents 4 et 5 ?

4. Quelles sont les limites de ces réalisations soulignées par l’auteur (document 5) ?

 

Deuxième partie :

À l'aide des réponses aux questions, des informations extraites des documents et de ses connaissances personnelles, le candidat rédigera une réponse organisée au sujet :

« La construction européenne jusqu'a la fin des années 1980, réalisations et difficultés »

 

 

Document 1

Message de Denis de Rougemont (1) au congrès de l’Europe à La Haye, 10 mai 1948

 

1. Nous voulons une Europe fédérée rendue dans toute son étendue à la libre circulation des hommes, des idées et des biens.

2. Nous voulons que chacune de nos nations, pour le salut de son indépendance, délègue à un Conseil européen les pouvoirs nécessaires au bien du continent.

3. Nous voulons une défense commune.

4. Une loi commune au-dessus des États.

5. Une Assemblée commune où soient représentées les forces vives de toutes nos nations.

6. Et nous prenons de bonne foi l’engagement d’appuyer de tous nos efforts, dans nos foyers et en public, dans nos partis, dans nos Églises, dans nos milieux professionnels et syndicaux, les hommes et les gouvernements qui travaillent à cette oeuvre de salut public, suprême chance de la paix et gage d’un grand avenir, pour cette génération et celles qui la suivront.

 

Denis de Rougemont, Message aux Européens, extrait de la « Déclaration finale » du congrès de La Haye qui s’est tenu du 7 au 10 mai 1948.

 

1. Denis de Rougemont (1906-1985) est un intellectuel suisse qui milite pour une fédération européenne.

Document 1

 

Document 2

Pour ou contre la Communauté européenne de défense

 

2 A. Affiche favorable à la CED, 1954

© DR

2 B. Affiche du parti communiste français hostile à la CED, 1953

 

 

Document 3

Le général de Gaulle et l’Europe

 

Je ne crois pas que l’Europe puisse avoir aucune réalité vivante si elle ne comporte pas la France avec les Français, l’Allemagne avec ses Allemands, l’Italie avec ses Italiens, etc. Dante, Goethe, Chateaubriand, appartiennent à toute l’Europe dans la mesure même où ils étaient respectivement italien, allemand et français. Ils n’auraient pas beaucoup servi l’Europe s’ils avaient été des apatrides et s’ils avaient pensé, écrit en quelque « espéranto » ou « volapük » (1) intégré […].

Mais il est vrai que la patrie est un élément humain, sentimental, alors que c’est sur des éléments d’action, d’autorité, de responsabilité qu’on peut construire l’Europe. Quels éléments ? Eh bien, les États ! Car il n’y a que les États qui soient à cet égard valables, légitimes et capables de réaliser. J’ai déjà dit, et je répète, qu’à l’heure qu’il est, il ne peut y avoir d’autre Europe que celle des États, en dehors naturellement des mythes, des fictions, des parades. Ce qui se passe pour la Communauté économique le prouve tous les jours, car ce sont les États, et les États seulement, qui ont créé cette communauté économique, qui l’ont pourvue de crédits, qui l’ont dotée de fonctionnaires. Et ce sont les États qui lui donnent une réalité et une efficacité, d’autant plus qu’on ne peut prendre aucune mesure économique importante sans commettre un acte politique.

 

Charles de Gaulle, conférence de presse du 15 mai 1965.

 

1. L’espéranto et le volapük sont deux langues de communication internationales inventées à la fin du XIXe siècle.

 

 

Document 4

Un buvard d’écolier, 1957

 

 

Document 5

Le marché unique européen

 

Il fallait rechercher le levier d'une relance d'autant plus nécessaire que l'élargissement de la Communauté à l'Espagne et au Portugal – et nous l'avons réussi à l'issue de négociations extrêmement difficiles – allait conférer à la Communauté des responsabilités accrues. Sans grand dessein, sans objectif supérieur, sans thème mobilisateur majeur, la dispersion et l'enlisement nous guettaient. Je me suis longuement interrogé sur les voies de la relance, j'ai consulté les gouvernements, les chefs d'entreprises, les syndicalistes. Quatre possibilités se présentaient : un statut institutionnel, mais ce thème appelait un débat sans fin sur la réalité des souverainetés nationales ; la sécurité et la Défense, sujets encore tabous et de toute façon en dehors de la compétence, à l'époque, de la Communauté européenne ; la monnaie, mais les Allemands et les Néerlandais posaient alors comme préalable au renforcement du système monétaire européen le rapprochement des politiques économiques et la libéralisation des mouvements de capitaux ; la réalisation d'un grand espace économique européen.

J'ai choisi cette finalité d'un grand marché sans frontières et proposé au Parlement européen, en janvier 1985, puis aux chefs d'État et de gouvernement, de supprimer d'ici à 1992 tous les obstacles à la libre circulation des personnes, des biens, des services et des capitaux dans la Communauté, de réaliser ainsi un espace économique sans frontières, un véritable marché domestique de 320 millions de consommateurs qui serait le plus puissant du monde.

 

Jacques Delors, président de la Commission européenne, discours au palais des Congrès de Paris, 18 juin 1987. Extrait de Gérard Bossuat, Les Fondateurs de l’Europe unie, Paris, Belin, 2001.