ETUDE D'UN ENSEMBLE DOCUMENTAIRE

 

Source : www.ruedesecoles.com

Mise en forme du sujet - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

Sujet : La décolonisation des pays africains : des voies d'émancipation différentes

 

Liste des documents :

 

Document 1 : Carte, La décolonisation en Afrique (1950-1990).

Document 2 : Extrait du programme politique du FLN algérien.

Document 3 : Le programme d’action de Nkrumah.

Document 4 : Discours du général de Gaulle à Conakry, le 25 août 1958.

Document 5 : Discours de Patrice Lumumba à la cérémonie de l’indépendance congolaise.

 

Première partie :

Le candidat analysera l'ensemble documentaire en répondant aux questions suivantes :

 

1. Dans le document 1, quelles conditions politiques le FLN met-il à la mise en place d'un cessez-le-feu ? Ces conditions sont-elles réunies lorsque ce document est élaboré ?

2. Pourquoi Nkrumah fait-il référence à l'Inde ? En quoi celle-ci peut-elle, selon lui, être un exemple pour l'Afrique ?

3. Quel est le contexte politique de ce discours de De Gaulle ? Quel est l'enjeu de la communauté qu'évoque de Gaulle ?

4. Dans quelles conditions le Congo acquiert-il son indépendance ?

 

Deuxième partie :

À l'aide des réponses aux questions, des informations extraites des documents et de ses connaissances personnelles, le candidat rédigera une réponse organisée au sujet :

« La décolonisation des pays africains : des voies d'émancipation différentes »

 

 

Document 1

La décolonisation en Afrique (1950-1990).

 

 

 

Document 2

Extrait du programme politique du FLN (1) algérien.

 

« Pourquoi nous combattons »

La révolution algérienne a la mission historique de détruire de façon définitive et sans retour le régime colonial odieux, obstacle au progrès et à la paix.

[…]

Cessez-le feu

Conditions :

a) politiques :

1. – Reconnaissance de la nation algérienne indivisible. Cette clause est destinée à faire disparaître la fiction colonialiste de « l’Algérie française ».

2. – Reconnaissance de l’indépendance de l’Algérie et de sa souveraineté dans tous les domaines, jusques et y compris la défense nationale et la diplomatie.

3. – Libération de tous les Algériens et Algériennes emprisonnés, internés ou exilés en raison de leur activité patriotique avant et après l’insurrection nationale du 1er novembre 1954.

4. – Reconnaissance du FLN, comme seule organisation représentant le peuple algérien et seule habilitée en vue de toute négociation. En contrepartie, le FLN est garant et responsable du cessez-le-feu au nom du peuple algérien.

b) militaires :

Les conditions militaires seront précisées ultérieurement.

 

Congrès de la vallée de la Soummam, 20 août 1956. Journal El Moudjahid, numéro spécial n° 4, 1956.

 

1. FLN : Front de libération nationale.

Document 1

 

Document 3

Le programme d’action de Nkrumah (1).

 

Je signalai qu’il y avait deux manières d’acquérir l’autonomie, l’une par la révolution armée et l’autre par des méthodes non violentes constitutionnelles et légitimes. Je citai comme exemples la force armée britannique qui repoussa deux tentatives allemandes d’invasion et la victoire remportée aux Indes sur l’impérialisme britannique au moyen de la pression morale. Nous préconisions la seconde méthode. La liberté, on ne l’avait cependant jamais accordée à aucun pays colonial sur un plateau d’argent ; on ne l’avait gagnée qu’après d’amères et de vigoureuses luttes. À cause du retard des colonies en matière d’instruction, la majorité des gens était illettrée et il y avait une seule chose qu’ils pussent comprendre, à savoir l’action. Je décrivis l’action positive comme l’adoption de tous les moyens légitimes et constitutionnels par lesquels nous pouvions attaquer les forces de l’impérialisme dans le pays. Les armes étaient l’agitation politique, des campagnes de presse et d’enseignement et, comme dernière ressource, l’application constitutionnelle de grèves, de boycottages et de non-coopération basés sur le principe de non-violence absolue, tel que Gandhi en a usé dans l’Inde.

 

K. Nkrumah, « La naissance de mon parti et son programme d’action positive », publié dans Présence africaine, revue culturelle du monde noir, février-mars 1957.

 

1. Kwame Nkrumah (1909-1972), leader nationaliste de la Gold Coast, il conduit son pays à l’indépendance en 1957 ; la Gold Coast devient alors le Ghana.

 

 

Document 4

Discours du général de Gaulle à Conakry (1), le 25 août 1958.

 

Il n’y a pas de raison, et je ne serais pas là si je n’en étais pas convaincu, pour que la France rougisse en rien de l’oeuvre qu’elle a accomplie ici avec les Africains. Nous voyons à chaque pas, quand nous prenons pied sur cette terre de Guinée, quelles sont les réalisations que l’oeuvre commune a accomplies déjà, et quand nous entendons les présidents de l’Assemblée et du Conseil de gouvernement de Guinée nous croyons bien apercevoir aussi ce que la culture, l’influence, les doctrines, la passion françaises ont pu faire pour contribuer à révéler la qualité d’hommes qui en avaient naturellement.

Cela dit, j’ai écouté, bien entendu avec la plus grande attention, les paroles qui ont été prononcées ici […]. Nous croyions, je l’ai prouvé quand il le fallait, que les peuples africains sont appelés à leur libre détermination. Je crois aujourd’hui que ce n’était qu’une étape, qu’ils continueront leur évolution et ce n’est pas moi, ce n’est pas la France qui le contestera jamais. […]

On a parlé d’indépendance. Je dis ici plus haut encore qu’ailleurs que l’indépendance est à la disposition de la Guinée. Elle peut la prendre le 28 septembre en disant « non2 » à la proposition qui lui est faite, et dans ce cas je garantis que la métropole n’y fera pas obstacle. Elle en tirera bien sûr les conséquences, mais d’obstacles elle n’en fera pas, et votre territoire pourra comme il le voudra, et dans les conditions qu’il voudra, suivre la route qu’il voudra. […]

Je crois que la Guinée dira « oui » à la France, et alors je crois que la route nous sera ouverte où nous pourrons marcher en commun. Cette route ne sera pas facile. Il y a beaucoup d’obstacles sur le chemin des hommes d’aujourd’hui, et les paroles n’y changeront rien.

Ces obstacles il faut les franchir, il faut franchir l’obstacle de la misère. Vous avez parlé de l’obstacle de l’indignité. Oui, il est franchi déjà en grande partie, il faut finir de le franchir : dignité à tout point de vue, notamment au point de vue interne, national. Il y a d’autres obstacles encore qui tiennent à notre propre nature humaine, à nos passions, à nos préjugés, à nos exagérations. Ces obstacles-là aussi, je crois que nous saurons les surmonter.

 

Discours du général de Gaulle à Conakry, le 25 août 1958, publié dans Jean Lacouture, De Gaulle, t. II. Paris, Éd. du Seuil, 1985.

 

1. Conakry : capitale de la Guinée.

2. En votant « non » au référendum du 28 septembre 1958, proposant la création de la Communauté française, un territoire africain sous domination française acquiert l’indépendance.

En Guinée, le « non » a recueilli plus de 95 % des voix.

 

 

Document 5

Discours de Patrice Lumumba (1) à la cérémonie de l’indépendance congolaise.

 

Congolais, Congolaises,

Combattants de l’indépendance, aujourd’hui victorieux.

Je vous salue au nom du gouvernement congolais.

À vous tous, mes amis qui avez lutté sans relâche à nos côtés, je vous demande de faire de ce 30 juin 1960 une date illustre que vous garderez « ineffaçablement » gravée dans vos coeurs, une date dont vous enseignerez avec fierté la signification à vos enfants, pour que ceux-ci à leur tour fassent connaître à leurs fils et à leurs petits-fils l’histoire glorieuse de notre lutte pour la liberté.

Car cette indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd’hui dans l’entente avec la Belgique, pays ami avec qui nous traitons d’égal à égal, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant que c’est par la lutte qu’elle a été conquise, une lutte de tous les jours, une lutte ardente et idéaliste, une lutte dans laquelle nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang.

C’est une lutte qui fut de larmes, de feu et de sang, nous en sommes fiers jusqu’au plus profond de nous-mêmes, car ce fut une lutte noble et juste, une lutte indispensable pour mettre fin à l’humiliant esclavage, qui nous était imposé par la force.

Ce que fut notre sort en 80 ans de régime colonialiste, nos blessures sont trop fraîches et trop douloureuses encore pour que nous puissions les chasser de notre mémoire.

Nous avons connu le travail harassant exigé en échange de salaires qui ne nous permettaient ni de manger à notre faim, ni de nous vêtir ou de nous loger décemment, ni d’élever nos enfants comme des êtres chers.

Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des Nègres.

Qui oubliera qu’à un Noir on disait « Tu », non certes comme à un ami, mais parce que le « Vous » honorable était réservé aux seuls Blancs ?

Nous avons connu nos terres spoliées au nom de textes prétendument légaux, qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort, nous avons connu que la loi n’était jamais la même, selon qu’il s’agissait d’un Blanc ou d’un Noir, accommodante pour les uns, cruelle et inhumaine pour les autres.

Nous avons connu les souffrances atroces des relégués pour opinions politiques ou croyances religieuses : exilés dans leur propre patrie, leur sort était vraiment pire que la mort même. Nous avons connu qu’il y avait dans les villes des maisons magnifiques pour les Blancs et des paillotes croulantes pour les Noirs : qu’un Noir n’était admis ni dans les cinémas, ni dans les restaurants, ni dans les magasins dits européens, qu’un Noir voyageait à même la coque des péniches au pied du Blanc dans sa cabine de luxe.

Qui oubliera, enfin, les fusillades où périrent tant de nos frères, ou les cachots où furent brutalement jetés ceux qui ne voulaient pas se soumettre à un régime d’injustice ?

Tout cela, mes frères, nous en avons profondément souffert, mais tout cela aussi, nous, que le vote de vos représentants élus a agréés pour diriger notre cher pays, nous qui avons souffert dans notre corps et dans notre coeur de l’oppression colonialiste, nous vous le disons, tout cela est désormais fini. La République du Congo a été proclamée et notre cher pays est maintenant entre les mains de ses propres enfants.

 

Patrice Lumumba, Discours de Léopoldville, 30 juin  1960.

 

1. Patrice Lumumba : Premier ministre lors de l’indépendance du Congo ex-belge (quelques années plus tard, ce pays prend le nom de Zaïre).