ETUDE D'UN ENSEMBLE DOCUMENTAIRE

 

Mise en forme du sujet - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

Sujet : Les modèles soviétique et américain et leur évolution dans les années 1950 et 1960.

 

Liste des documents :

 

Document 1 : « Être stalinien ». Extrait d’une conférence de Jacques Duclos, dirigeant du Parti communiste français, le 23 décembre 1949.

Document 2 : La séduction du modèle américain, vue par Simone de Beauvoir, 1954.

Document 3 : Affiche polonaise des années 1950 : « Publicité américaine pour des chaussures »

Document 4 : Rapport secret de N. Khrouchtchev au XXe congrès du P.C.U.S., février 1956.

Document 5 : Discours d’acceptation de J. F. Kennedy de l’investiture à la Convention du Parti Démocrate, 15 juillet 1960.

 

Première partie :

Le candidat analysera l'ensemble documentaire en répondant aux questions suivantes :

 

1. Quels fondements et aspirations du modèle américain apparaissent dans les documents 2 et 5 ?

2. Les deux points de vue sur le stalinisme (documents 1 et 4) sont-ils totalement opposés ?

3. Que nous apprend la comparaison des documents 3 et 5 sur la critiquer d’un modèle ?

4. Pourquoi peut-on dire que les deux modèles étudiés sont à la fois attractifs et répulsifs dans les années 1950 et 1960 (documents 1, 2 et 3) ?

 

Deuxième partie :

À l'aide des réponses aux questions, des informations extraites des documents et de ses connaissances personnelles, le candidat rédigera une réponse organisée au sujet :

« Les modèles soviétique et américain et leur évolution dans les années 1950 et 1960 »

                                                                                                                     

Document 1

« Être stalinien ». Extrait d’une conférence de Jacques Duclos, dirigeant du Parti communiste français, le 23 décembre 1949.

 

« Des centaines de millions d’hommes et de femmes saluent en Staline l’homme de la victoire sur la barbarie, l’homme de la paix qui lutte pour faire échec aux plans des fauteurs de guerre, l’homme du socialisme qui montre le chemin de l’avenir, le chemin d’une civilisation nouvelle fondée sur la disparition de l’exploitation de l’homme par l’homme.

Ils saluent en Staline l’homme de la libération des peuples coloniaux et dépendants, l’homme de l’indépendance et de la fraternité des nations.

Ils saluent en Staline l’homme du parti de type nouveau qui a permis de faire du rêve socialiste de nos pères une réalité triomphante.

Les peuples saluent en Staline le géant de la pensée et de l’action, le guide du mouvement ouvrier international, le modèle, l’exemple, le maître de tous les hommes d’avant-garde, de tous les prolétaires qui ont pour objectif la victoire de la liberté, de la paix et du socialisme.

Ce que certains considèrent comme un qualificatif qu’ils voudraient outrageant est pour nous un titre de gloire. »

 

 

Document 2

La séduction du modèle américain, vue par Simone de Beauvoir, L'Amérique au jour le jour, Gallimard, 1954.

 

« Le soir descend sur New York : le dernier soir. Ce pays contre lequel je me suis si souvent irritée, voilà que je suis déchirée de le quitter. Souvent on m'a demandé ces temps derniers : « Aimez-vous l'Amérique ? » et j'avais pris l'habitude de répondre « Moitié, moitié » ou « Cinquante pour cent ». Cette évaluation mathématique ne signifie pas grand-chose ; elle reflète seulement mes hésitations. Il ne s'est guère passé de jour que l'Amérique ne m'ait éblouie, guère de jour qu'elle ne m'ait déçue. Je ne sais pas si je pourrais y vivre heureusement ; je suis sûre que je la regretterai avec passion.

Colombus Circus, Broadway, Times Square. Quatre mois ont passé. C'est la même foule, les taxis, les voitures, le ruissellement des lumières. Les drug-stores et les gratte-ciel n'ont rien perdu de leur magie. Je sais pourquoi je les aime. À travers les facilités de cette civilisation et sa généreuse abondance, il y a un fascinant mirage qui se déploie : celui d'une existence qui ne se consumerait pas à s'entretenir et qui pourrait s'employer tout entière à se dépasser. Manger, se déplacer, se vêtir, tout cela se fait sans effort et sans dépense de temps : à partir de là, tout peut recommencer. L'attrait vertigineux qu'a pour moi l'Amérique où rôde encore le proche souvenir des pionniers, c'est qu'elle semble le royaume de la transcendance ; contractée dans le temps, magnifiquement répandue à travers l'espace, son histoire est celle de la création d'un monde. »

 

 


Document 3

Affiche polonaise des années 1950. En bas, on lit : « Publicité américaine pour des chaussures »

 


 

 

Document 4

Rapport secret de N. Khrouchtchev au XXe congrès du P.C.U.S., février 1956.

 

« Staline avait renoncé à la méthode léniniste consistant à convaincre et éduquer ; il avait abandonné la méthode de la lutte idéologique pour celle de la violence administrative, des répressions de masse et de la terreur. [...] Des arrestations et des déportations de plusieurs milliers de personnes, des exécutions sans procès et sans instruction normale, créèrent des conditions d’insécurité, de peur et même de désespoir. […]

Des conséquences très graves, surtout dans les premiers jours de la guerre, résultèrent de l’élimination par Staline de nombreux chefs militaires et de fonctionnaires politiques entre 1937 et 1941. […] Mais longtemps après, la nervosité et l’hystérie dont Staline faisait preuve, s’opposant à l’efficacité des opérations militaires, pesèrent d’un poids considérable dans la balance. […]

L’obstination de Staline se manifesta […] également dans le domaine des relations internationales de l’Union soviétique. « L’affaire yougoslave » ne comportait aucun problème qui n’eût pu être résolu par des discussions entre camarades du Parti. […] Il était parfaitement possible d’éviter la rupture de nos relations avec ce pays. […]

Staline avait désigné comme étant le meilleur hymne national celui qui ne contient pas un mot sur le Parti mais qui contient l’éloge sans précédent de Staline. [...] Nous considérons que Staline a été encensé à l’excès. [...]

Nous ne pouvons cependant pas dire que ses actes étaient ceux d’un despote pris de vertige. Il était convaincu que cela était nécessaire dans l’intérêt du Parti, des masses laborieuses pour défendre les conquêtes de la Révolution. C’est là que réside la tragédie ! […]

Il faudra remettre en vigueur d’une manière complète les principes léninistes de la démocratie socialiste, tels qu’ils sont exprimés dans la Constitution de l’Union soviétique, et lutter contre l’arbitraire des individus qui abuseraient de leur pouvoir. […] Nous sommes convaincus que notre Parti, armé par les Résolutions historiques du XXe congrès, mènera le peuple soviétique vers de nouveaux succès, vers de nouvelles victoires. Vive l’étendard victorieux de notre Parti – le léninisme ! »

 

 

Document 5

Discours d’acceptation de J. F. Kennedy de l’investiture à la Convention du Parti Démocrate, 15 juillet 1960.

 

« Une révolution urbaine a surchargé nos écoles, désorganisé nos banlieues, aggravé l’insalubrité de nos taudis.

Une révolution pacifique pour les droits de l’Homme, exigeant la fin de la discrimination raciale dans tous les domaines de la vie, a été freinée par un pouvoir exécutif trop timoré.

Une révolution médicale a allongé la vie de nos aînés, sans leur fournir sécurité et dignité pour leurs vieux jours. Et une révolution de l’automation remplace les hommes dans les mines et les usines d’Amérique, sans leur donner en contrepartie revenus, formation, et le moyen d’assurer à leur famille alimentation, logement et soins médicaux.

Il y a eu aussi un changement, un dérapage de notre force morale et intellectuelle. Trop d’Américains se sont égarés, ont perdu le dynamisme, le sens de notre destin historique. Aujourd’hui certains disent que les combats de pionniers sont terminés, que tous les horizons sont atteints, que toutes les batailles sont gagnées, qu’il n’y a plus de « frontières » en Amérique.

Moi je vous dis que la « Nouvelle Frontière » est là, que nous le voulions ou non. Au-delà de cette frontière sont les domaines inexplorés de la science et de l’espace, les problèmes non résolus de la paix et de la guerre, des poches d’ignorance et de préjugés non encore réduites, la contradiction entre la pauvreté et la surproduction. »