ETUDE D'UN ENSEMBLE DOCUMENTAIRE

 

Source : www.annabac.com

Mise en forme du sujet - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

Sujet : Réalités et limites de la croissance durant les Trente Glorieuses.

 

Liste des documents :

 

Document 1 : Les « temps faciles », J. Fourastié, Les Trente Glorieuses, 1979.

Document 2 : La croissance mondiale durant les Trente Glorieuses : données chiffrées.

Document 3 : « Camp de consommation », J.-F. Batellier, 1973.

Document 4 : « Les fragilités de la croissance », R. Aron, Mémoires, 1983.

Document 5 : « La croissance en question ? », J. Rogaly, Financial Times, avril 1971.

 

Première partie :

Le candidat analysera l'ensemble documentaire en répondant aux questions suivantes :

 

1. Que sont les Trente Glorieuses ? Qu’est-ce qui caractérise les Trente Glorieuses sur le plan économique (documents 1 et 2) ?

2. Quels facteurs expliquent ce phénomène (documents 1, 2, 4) ?

3. Les Trente Glorieuses ont-elles touché de la même manière les grandes régions du monde et les différentes couches sociales (documents 1, 2 et 3) ?

4. Quelles difficultés ou quels problèmes apparaissent et se développent durant la période (documents 1, 3, 4 et 5) ?

 

Deuxième partie :

À l'aide des réponses aux questions, des informations extraites des documents et de ses connaissances personnelles, le candidat rédigera une réponse organisée au sujet :

« Réalités et limites de la croissance durant les Trente Glorieuses »

 

Document 1

Les « temps faciles »

 

De 1945 à 1973, l’économie française a été entraînée et valorisée par la croissance de l’économie occidentale. Le facteur fondamental de la croissance, le moyen concret de réaliser « le grand espoir du XXe siècle », avait été découvert, reconnu, et put être mis en oeuvre partout en Occident.

Le progrès des techniques de production permit d’accroître la production agricole, industrielle et tertiaire partout en Occident. Et, bien sûr, une consommation croissante était avide d’absorber ces productions croissantes partout dans le monde. Sauf incidents de détail, vite résorbés par le courant irrésistible des croissances conjointes des productions et des consommations, l’immense appareil de la « société industrielle et commerciale » s’édifia sans heurt, du Japon et des États-Unis à l’Allemagne fédérale. Ce sont ces 25 années que j’ai appelées : les temps faciles. Aujourd’hui, des facteurs de blocage sont apparus. […]

Le premier, le moins immédiatement contraignant peut-être mais celui qui, pourtant, commande ou au moins influence grandement tous les autres, c’est la rareté (relative) de l’énergie et des matières premières. Doubler tous les dix ans le volume de la production industrielle, comme nous l’avons fait de 1950 à 1975, c’est, nous venons de le dire, le multiplier par 1 000 en 100 ans. À ce train, l’Occident, et même la France seule, en viendrait à traiter chaque année la totalité des matières premières disponibles sur la planète. On sait déjà que les États-Unis et l’Occident absorbent, pour une minorité d’habitants, la majeure part des ressources mondiales. Cela ne peut pas aller beaucoup plus loin ; cela ne peut pas continuer ; cela ne peut pas durer.

 

Jean Fourastié, Les Trente Glorieuses, Paris, Fayard, 1979.

 

 

Document 2

La croissance mondiale durant les Trente Glorieuses

 

 

 

Document 3

« Camp de consommation », par Jean-François Batellier, 1973

 

 

 

Document 4

« Les fragilités de la croissance »

 

En 1956, à la suite de la crise du canal de Suez, dans l’introduction de l’ouvrage Espoir et peur du siècle, je constatai que, pour la première fois, l’Europe ne contrôlait plus les voies de ravitaillement de son industrie. […] Le livre intitulé Les Désillusions du progrès, je l’écrivis en 1964-1965, avant l’explosion des étudiants, bien avant la crise pétrolière de 1974. […] Les désillusions du progrès ne contredisent pas l’optimisme apparent de la théorie de la croissance, elles en limitent la portée. Ce que les « Trente Glorieuses » nous ont appris, c’est que le progrès économique, l’augmentation de la productivité du travail peuvent améliorer la condition de tous ; que les ressources communes, gonflées d’année en année, permettent de donner à Pierre sans prendre à Paul. Mais elles ne nous ont pas appris que la croissance élimine ni même nécessairement réduit les inégalités, qu’elle réconcilie les hommes et moins encore les peuples et les idéologies entre eux.

 

Raymond Aron, Mémoires, Paris, Julliard, 1983.

 

 

Document 5

« La croissance en question ? »

 

La seule voie possible, c’est de redéfinir ce que notre société attend de la vie. […] Il nous faut un nouveau but. L’ancien – plus de croissance industrielle – est déjà rejeté par trop de gens. Par quoi le remplacer ? Plus de temps libre, plus d’aide aux pays sous développés, un meilleur niveau de vie pour nos propres pauvres ; l’attaque frontale contre l’abomination de nos villes dont les voitures devront, en grande partie, être bannies ; la réparation des outrages faits à nos paysages, tout cela habite nos rêves.

 

Joe Rogaly, Financial Times, avril 1971.