EXEMPLE DE CORRECTION DU SUJET D’EXPLICATION D’UN DOCUMENT D’HISTOIRE

 

Mise en forme - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

 

Le candidat répond à des questions. Il doit manifester une compréhension générale du document et faire preuve de sa capacité à identifier des informations et à les éclairer à partir de ses connaissances personnelles.

Comme le prévoit la définition de l'épreuve, le candidat ne répond qu'aux questions posées. L'ensemble de ces réponses ne comporte pas de limite de volume afin de ne pas brider le candidat ayant une réflexion approfondie et des connaissances pertinentes par rapport aux questions. Toutefois le temps limité dont il dispose doit l'inciter à fournir des réponses concises.

 

Le correcteur évalue :

- la compréhension globale du document ;

- la capacité du candidat à identifier des informations et à les éclairer par ses connaissances personnelles ;

- la concision et la rigueur des réponses ;

- la maîtrise de l'expression écrite.

 

Sujet : Affiche du Parti Communiste à l'occasion du centenaire de la présence française en l'Algérie, 1930.

 

 

Question 1 :

1 – En 1930, à l’occasion du centenaire de l’installation de la France en Algérie, les autorités françaises entendent célébrer l’événement par diverses manifestations. Le Parti communiste, opposé à la colonisation, entame une campagne d’opinion pour dénoncer celle-ci. Cette affiche est un élément de cette campagne.

En 1930, la France célèbre le centenaire comme si l’histoire de l’Algérie avait commencé en 1830. On présente les colonies comme des terres à civiliser, à éduquer. Les autorités françaises avaient commencé assez tôt les préparatifs pour les festivités que le Gouverneur Général fut chargé de superviser et pour lesquels un budget considérable estimé à 130 millions de francs fut consacré. Les festivités durèrent six mois du début du mois de janvier jusqu'au 5 Juillet 1930. Le programme comportait des activités intenses consistant en expositions de photographies représentant le déroulement de la campagne militaire française, des photos des généraux et soldats ayant mené les différentes campagnes au cours du 19ème siècle, des défilés militaires imposants dans les villes pour démontrer la force de la France coloniale et impressionner les Algériens. Parmi les festivités, figurait également la tenue de conférences dans les différentes villes d'Algérie pour rappeler le rôle joué par les anciens militaires dans l'occupation de l'Algérie et affirmer la volonté farouche de la France de conserver l'Algérie. Il y eut également l'inauguration d'infrastructures et l'ouverture de nouvelles entreprises baptisées du nom des chefs militaires et des démonstrations de la pénétration de l'armée française en 1830. Des livres et des périodiques furent édités par l'Académie d'Alger afin d'être mis à la disposition des lecteurs intéressés par l'histoire de l'Algérie française. Les travaux furent publiés sous le titre de " Collection du centenaire ". En fait, la France avait fait tout son possible pour mettre en évidence ses réalisations dans l'Algérie coloniale d'une part et susciter les sentiments des Algériens d'autre part. C'est pour cela que les partis nationalistes avaient adopté une position de condamnation vis-à-vis des familles alliées au colonialisme qui ont participé aux manifestations de cette célébration.

 

Question 2 :

2 – Le personnage au centre de l’affiche est un indigène musulman reconnaissable à sa coiffure, une chéchia. Il symbolise les musulmans algériens sous la domination française.

 

Question 3 :

3 – L’accumulation de matières premières énergétiques et minérales aux pieds du personnage suggère que la colonisation, loin d’être motivée par la volonté d’apporter la civilisation aux peuples indigènes, répond à la recherche d’intérêts économique de la part de la métropole : se procurer des matières premières.

 

Question 4 :

4 – L’affiche présente la vie coloniale comme fondamentalement inégalitaire : alors que les colons vivent dans le luxe et l’oisiveté, les indigènes sont réduits travailler durement dans un cadre misérable.

 

Question 5 :

5 – Cette affiche donne de la colonisation une vision partielle qui doit être nuancée. Certes, celle-ci repose sur une inégalité entre colonisateurs et colonisés : ces derniers ne peuvent participer à la vie politique et ne sont pas jugés selon les mêmes lois que les Européens, de plus, ils subissent leur mépris et occupent les emplois les plus pénibles et les moins rémunérés. Toutefois, tous les Européens d’Algérie ne vivent pas dans le luxe, l’immense majorité sont de condition modeste : ouvriers, employés, petits commerçants ou petits fonctionnaires aux revenus souvent inférieurs à ce qu’ils pourraient espérer en métropole mais qui trouvent dans leur supériorité vis à vis de l’indigène une compensation à leurs frustrations. La recherche de débouchés n’est pas la seule motivation de la colonisation. La métropole y trouve aussi des marchés pour écouler facilement une partie des produits de son industrie ainsi que des soldats. Le Parti communiste néglige le rôle de la volonté de puissance dans l’expansion coloniale et des missions religieuses soucieuses de propager la doctrine chrétienne.

On pouvait rajouter que le Parti communiste, d’abord, implanté en Algérie, avait tenté d’organiser les « Nord-Africains » en créant sa section coloniale. Il avait recruté un personnage clef, Messali Hadj, fils de cultivateurs de Tlemcen, qui avait fait son service militaire à Bordeaux et était plein d’admiration pour la société française. Dans la France des années 20, celui-ci a compris que le mot « exploitation », que l’on manie dans les milieux syndicaux, peut s’appliquer non seulement au patron envers son employé, mais aussi au colonisateur envers le colonisé. Messali Hadj va devenir le chef du mouvement algérien l’Etoile nord-africaine, créé en 1926.

Le Komintern avait jugé qu'en 1930, lors du Centenaire de l'Algérie, la propagande anti-colonialiste avait été trop peu active. Il chargea donc la Ligue [internationale] contre l'oppression coloniale et l'impérialisme, le P.C.F. et la C.G.T.U. de lancer une grande campagne d'agitation contre «l'Exposition internationale de l'Impérialisme» de 1931.