EXEMPLE DE CORRECTION DU SUJET D’EXPLICATION D’UN DOCUMENT D’HISTOIRE

 

Mise en forme - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

 

Le candidat répond à des questions. Il doit manifester une compréhension générale du document et faire preuve de sa capacité à identifier des informations et à les éclairer à partir de ses connaissances personnelles.

Comme le prévoit la définition de l'épreuve, le candidat ne répond qu'aux questions posées. L'ensemble de ces réponses ne comporte pas de limite de volume afin de ne pas brider le candidat ayant une réflexion approfondie et des connaissances pertinentes par rapport aux questions. Toutefois le temps limité dont il dispose doit l'inciter à fournir des réponses concises.

 

Le correcteur évalue :

- la compréhension globale du document ;

- la capacité du candidat à identifier des informations et à les éclairer par ses connaissances personnelles ;

- la concision et la rigueur des réponses ;

- la maîtrise de l'expression écrite.

 

Sujet : « Affiche du syndicat polonais Solidarité en 1980 ».

 

 

Question 1 :

1. La Pologne est depuis 1947 une démocratie populaire, c’est-à-dire un pays dans lequel l’autorité de l’URSS s’exerce sans contre-pouvoirs effectifs et qui a mis en place un nouveau type de régime, appelé au dépassement de la démocratie libérale « bourgeoise » et à l’édification du socialisme.

En 1980, une crise économique et sociale profonde secoue le pays (endettement international considérable, pénurie avec flambée des prix des produits de première nécessité). En août 1980, la grève des chantiers navals de Gdańsk se transforme en une crise rampante du régime. Le 31 août de la même année, le POUP (Parti communiste polonais) doit signer les 21 points des accords de Gdańsk (dont la libération des détenus politiques, la reconnaissance du droit de grève, la liberté d'expression religieuse) et surtout accepter de légaliser le premier syndicat libre dans une démocratie populaire, Solidarność, dirigé par Lech Wałęsa, électricien aux chantiers navals Lénine de Gdańsk.

 

Question 2 :

2. Les 28 et 29 juin 1956, les ouvriers de la ville de Poznań se soulevèrent : grève, manifestations avec pour slogan « Pain, Démocratie, Liberté ». Le 25 juin 1976, le prix des denrées alimentaires augmente, l'inflation atteint un taux de 60 %, les grèves paralysent le pays et de nouvelles émeutes éclatent à Radom, Płock et Ursus près de Varsovie, où sont fabriqués les célèbres tracteurs des pays communistes.

Les deux événements diffèrent fortement, bien que les revendications concernent les problèmes de pénurie alimentaire et d’absence de libertés :

- en 1956, les manifestations, inorganisées, spontanées, sont réprimées dans le sang par l'armée (nombreuses arrestations et violences faisant 50 morts). En 1976, la milice utilise aussi la force (nombreuses arrestations) mais il n’y a pas de morts.

- en 1956, les ouvriers sont seuls dans leur combat. En 1976, les ouvriers sont soutenus par les intellectuels du Comité de Défense des Ouvriers (KOR).

- en 1956, les événements obligent les dirigeants communistes polonais, craignant une contre révolution, à faire appel à un communiste réformateur emprisonné depuis 1951 pour déviation nationaliste, Władysław Gomułka (« Octobre polonais »). En 1976, le premier secrétaire du POUP, Edward Gierek reste en place.

 

Question 3 :

3. La disparition de Staline (mars 1953) fut suivie d'une série de soulèvements dans les démocraties populaires (RDA, juin 1953). La déstalinisation engagée par Khrouchtchev au XXe congrès du PCUS (février 1956) fit renaître l'espoir d'un changement politique dans les démocraties populaires (« Octobre hongrois » en 1956). On peut rajouter que la mort du dirigeant polonais stalinien Bolesław Bierut en mars 1956 est un élément supplémentaire d’espoir pour l’opposition.

À partir de la seconde moitié des années 1970, les dysfonctionnements s’accroissent et touchent même les démocraties populaires les mieux placées en matière socio-économique (RDA). L’ouverture des économies puis l’augmentation du prix des hydrocarbures induisent une dette extérieure et une dépendance énergétique insurmontables. En 1975, l'acte final de la conférence d’Helsinki sur la sécurité et la coopération en Europe précise que les Etats européens (y compris les démocraties populaires) s’engagent à respecter les droits de l'homme et les droits des peuples à disposer d'eux-mêmes. Cela amène les opposants à réclamer le respect des libertés fondamentales (Charte 77 en Tchécoslovaquie).

 

Question 4 :

4. En mai 1988, de nouvelles grèves ont lieu à Gdańsk ; Wałęsa reprend à contrecoeur son rôle de leader mais appelle à cesser le combat face à la violence du pouvoir. Gorbatchev avertit alors les dirigeants polonais qu'ils ne pourront pas compter sur l'intervention soviétique en cas de troubles graves. Débutent alors des contacts non officiels entre le gouvernement et l’opposition ; c’est Solidarność qui est choisi comme seul interlocuteur, alors que le syndicat a déjà perdu une grande partie de son influence. Finalement, le 5 avril 1989 les accords dits de la « Table ronde » sont signés : on crée un Sénat dont les membres seront issus d’élections libres tandis que des élections sous conditions auront lieu à la Diète. Le 8 mai, on assiste à la première édition libre d’un journal d’opposition en Pologne (Gazeta Wyborcza). Lors des élections législatives du 4 juin 1989, Solidarność emporte une victoire écrasante. Le syndicat approuve l’élection de Jaruzelski à la présidence de la République et en septembre, Tadeusz Mazowiecki, proche collaborateur de Wałęsa, devient le premier chef d’un gouvernement de coalition. Le 9 décembre 1990, c’est L. Wałęsa qui est élu président de la République.