EXEMPLE DE CORRECTION DU SUJET D’EXPLICATION D’UN DOCUMENT D’HISTOIRE

 

Mise en forme - Arnaud LEONARD - Lycée Français de Varsovie

 

 

Le candidat répond à des questions. Il doit manifester une compréhension générale du document et faire preuve de sa capacité à identifier des informations et à les éclairer à partir de ses connaissances personnelles.

Comme le prévoit la définition de l'épreuve, le candidat ne répond qu'aux questions posées. L'ensemble de ces réponses ne comporte pas de limite de volume afin de ne pas brider le candidat ayant une réflexion approfondie et des connaissances pertinentes par rapport aux questions. Toutefois le temps limité dont il dispose doit l'inciter à fournir des réponses concises.

 

Le correcteur évalue :

- la compréhension globale du document ;

- la capacité du candidat à identifier des informations et à les éclairer par ses connaissances personnelles ;

- la concision et la rigueur des réponses ;

- la maîtrise de l'expression écrite.

 

Sujet : Civilisation atlantique, par le peintre communiste A. Fougeron, 1953.

 

 

Question 1 :

André Fougeron, né à Paris en 1913 et mort en 1998, issu d'un milieu ouvrier, ouvrier métallurgiste lui-même, s'est initié à la peinture en suivant des cours du soir. Il expose pour la première fois à Paris en 1937. Il adhère au Parti communiste en 1940 et, pendant la guerre, il participe au Front national des Arts, mouvement clandestin des artistes de la Résistance. En 1946, il obtient le prix national des arts. En 1948, il peint Les Parisiennes au marché qu'il veut une œuvre progressiste. Il devient alors le représentant du réalisme-socialiste à la française, soutenu en cela par Louis Aragon. Pourtant, il refuse de se laisser enfermer dans un art officiel. Aussi, Civilisation atlantique, qu'il expose au Salon d'Automne de 1953, révèle un style plus tourné vers l'expressionnisme, aux coloris éclatants.

 « C'était l'époque où la présence des soldats américains sur notre sol devenait intolérable : l'époque de US go home écrit sur les murs, et aussi celle de l'exécution des Rosenberg. » Ainsi André Fougeron rappelle-t-il le contexte dans lequel il peint Civilisation atlantique.

Le tableau est exposé en 1953 dans un contexte international troublé par la guerre. La guerre de Corée (1950-1953) menée par les Américains pour repousser l'avancée communiste et surtout la guerre des Français en Indochine (d'où les affiches placardées sur le mur de droite qui font référence aux parachutistes coloniaux). Ces guerres sont meurtrières (une femme pleure sur un cercueil à droite) et tuent des victimes innocentes comme le montre la femme qui porte un enfant mort.

 

Question 2 :

Ce tableau est une allégorie politique qui permet à l'auteur de mener une violente dénonciation de l'Occident et plus précisément des États-Unis.

Au centre de la composition, le peintre a représenté une grosse limousine dont sort un soldat mettant le monde en joue avec son fusil. Devant lui, s'incline un personnage assez gros, en costume, chapeau mou dans une main et serviette dans l'autre, qui semble symboliser le patron capitaliste. Au-dessus sur un piédestal, une chaise électrique rappelle la condamnation des Rosenberg. Ici, le peintre associe donc dans un même groupe le capitalisme, la violence guerrière et la violence d'un État qui a condamné à mort des innocents (du moins d'après la propagande communiste). De part et d'autre de ce groupe central, le peintre développe une vision de l'Occident propre à l'idéologie communiste.

Par ailleurs, la partie gauche du tableau est consacrée à la dénonciation des inégalités du capitalisme. Au premier plan à gauche, deux immigrés couchent sous une tôle ondulée. À l'arrière plan à gauche, une mère de famille est réduite à vivre sous la tente avec ses deux enfants pendant qu'un groupe de jeunes joue dans les fumées noires des usines. Un couple de vieux attend sur un banc, esseulé et triste. Au centre, un jeune enfant africain cire des chaussures pour survivre avec à côté de lui, des chiens vêtus de petits manteaux. La juxtaposition de tous ces éléments est censée souligner les paradoxes scandaleux de la société capitaliste : la misère qui jette les gens dans la rue, les inégalités qui permettent qu'un animal soit mieux traité qu'un enfant, l'isolement des individus dans des sociétés où seule la réussite prime. Le lecteur de revue pornographique au premier plan résume à lui seul le propos de Fougeron : la société occidentale est obscène puisqu'elle permet ces inégalités.

 

Question 3 :

Parce qu'elle prenait des libertés avec les règles du réalisme socialiste, Aragon jugea cette œuvre très sévèrement : « Pour qui cela est-il peint ? ... Un simple "Go Home" sur les murs est plus significatif que cette caricature... Il faut dire "Halte-là Fougeron"... Une œuvre d'art n'est pas un discours de démagogue... ». Il n'en reste pas moins que Fougeron délivre ici le message d'un militant communiste qui utilise son art pour dénoncer et diaboliser l'ennemi. Ainsi Fougeron lui même précise-t-il : « Dès le départ, j'ai voulu signifier quelque chose par ma peinture. C'est plus important que de se demander quelle couleur on va utiliser : l'histoire des hommes m'intéresse plus que celle des ornements. » Plus que la forme, Fougeron privilégie le fond et met au centre sa « foi » dans le communisme.