EXEMPLE DE CORRECTION DU SUJET D’EXPLICATION D’UN DOCUMENT D’HISTOIRE

 

Mise en forme - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

 

Le candidat répond à des questions. Il doit manifester une compréhension générale du document et faire preuve de sa capacité à identifier des informations et à les éclairer à partir de ses connaissances personnelles.

Comme le prévoit la définition de l'épreuve, le candidat ne répond qu'aux questions posées. L'ensemble de ces réponses ne comporte pas de limite de volume afin de ne pas brider le candidat ayant une réflexion approfondie et des connaissances pertinentes par rapport aux questions. Toutefois le temps limité dont il dispose doit l'inciter à fournir des réponses concises.

 

Le correcteur évalue :

- la compréhension globale du document ;

- la capacité du candidat à identifier des informations et à les éclairer par ses connaissances personnelles ;

- la concision et la rigueur des réponses ;

- la maîtrise de l'expression écrite.

 

Sujet : Discours de G. W. Bush sur l'état de l'Union, 29 janvier 2002.

 

 

Avant de commencer :

Vous devez d’abord rattacher le document à étudier au(x) chapitre(s) qui lui est lié dans votre programme. Ici, c’est le chapitre sur la recherche d’un nouvel ordre mondial (depuis 1991). Cela vous permet de mieux contextualiser le document et de chercher à comprendre en quoi il illustre cette partie du programme (c’est en quelques sorte la problématique, que vous devez garder en mémoire pour chaque question, particulièrement la dernière question). N’oubliez pas de garder aussi en mémoire les notions importantes de cette partie.

Cherchez ensuite le sens de tous les mots importants ou complexes ; certains peuvent figurer dans les questions, d’autres être même des notions clés. Ici, dans l’ordre des questions puis du document : « armes de destruction massive », « ordre mondial », terrorisme, « axe maléfique », « paix mondiale », « défense antimissile ».

 

Question 1 :

1. Comme l’indique la question, ce discours est celui que chaque président américain prononce au Congrès fin janvier sur « l’état de l’Union » c’est-à-dire la situation de la fédération américaine.

Le président en question, George Walker Bush, est un républicain texan élu en janvier 2001 après le mandat du démocrate Clinton (lui-même succédant au père de G. W. Bush). Ce discours marque donc le premier anniversaire de son mandat.

Or le début de sa présidence a été marqué par une catastrophe sans précédent : l’attaque du territoire continental américain. Le 11 septembre 2001, des attentats terroristes revendiqués par le groupe Al Qaida ont visé New York et Washington. Le mois suivant, les Etats-Unis arrivent à créer une coalition internationale pour renverser en Afghanistan le régime des talibans qui abritait le chef d’Al Qaida, Ben Laden. C’est un succès militaire même si Ben Laden court toujours.

George W. Bush présente ici la politique étrangère très agressive de son administration après ces événements.

 

Question 2 :

2. Les « armes de destruction massive » (ADM) sont les armes destinées à frapper de grandes concentrations de troupes ou de populations civiles. Elles peuvent être nucléaires, chimiques ou biologiques (bactériologiques). Depuis la fin de la guerre froide, le risque de prolifération nucléaire horizontale demeure. Le nombre d’États soupçonnés de posséder l’arme nucléaire ou des programmes avancés augmente. Aux 5 États qui possèdent officiellement l’arme nucléaire (Etats-Unis -5000, Russie-5000, France-400, Royaume-Uni-300, Chine-300), s’ajoutent désormais des États qui possèdent l’arme nucléaire sans le déclarer (Inde, Pakistan, Israël, Corée du Nord) et des États sur lesquelles pèsent de fortes présomptions de détention (Iran). La dissémination des armes chimiques et biologiques pose aussi problème. C’est une technologie beaucoup moins sophistiquée que le nucléaire ; ce sont donc prioritairement les ADM des pays pauvres (Iran, Libye).

 

Question 3 :

3. Les adversaires que G. Bush désigne sont de deux types :

- des Etats-voyous (« rogue states »), qui sont supposés « parrainer le terrorisme […] au moyen d'armes de destruction massive ». Leur nom est cité : Iran, Corée du Nord, Irak. Ils forment un « axe du Mal », lointain écho de l’« Empire du Mal », expression qu’utilisait Ronald Reagan pour désigner l’URSS. On pouvait cependant préciser que la présence d'ADM en Irak en 2002 est fictive (elles ont été détruites au cours des années 1990).

- des organisations terroristes (le Hamas, le Hezbollah, le Djihad islamique, la Jaish-i-Mohammed…) dont beaucoup gravitent dans la nébuleuse Al Qaida.

 

Question 4 :

4. La stratégie américaine repose sur plusieurs principes :

- un interventionnisme poussé à l’extrême puisque l'administration Bush instaure un nouveau concept : la guerre préventive. Il s'agit de légitimer la destruction d'une menace qui ne s'est pas encore matérialisée. Cela s’est concrétisé par l’intervention armée en Afghanistan en octobre-décembre 2002 puis en Irak en mars 2003.

- un unilatéralisme basé sur le rejet des Nations Unies. Pour l’administration Bush, l'action des Etats-Unis doit s'exercer en fonction de leur seul intérêt national, stricto sensu. Même si en octobre 2001, les Etats-Unis arrivent à créer une coalition internationale, leur offensive contre l'Irak témoigne d’un mépris du droit international, sans tenir compte de l'avis d'alliés importants (France, Allemagne).

- on pouvait même parler d’une nouvelle course aux armements puisque l’administration Bush relance l’idée reaganienne de bouclier antimissile à partir de satellites et de rayons laser

 

Question 5 :

5. Ce discours est révélateur de la conception américaine de l'ordre mondial depuis le début des années 1990. La notion d’ordre mondial signifie à la fois l’agencement et les grandes lignes de force d’un monde en gestation (organisation, hiérarchie) et d’autre part les tentatives de régulation dans un univers marqué par le désordre (mise en ordre).

- une organisation du monde dominée par l’hyperpuissance américaine depuis la fin du monde bipolaire. On peut alors parler de monde unipolaire, dominé par la première puissance globale de l’histoire. C’est la thèse de l’hégémonie américaine. Dans cette description, les Etats-Unis seraient les « gendarmes du monde ». Les Etats-Unis sont convaincus qu'il faut mettre en place une sorte de répartition des rôles et des tâches. Ils doivent contrôler entièrement toutes les actions qui concernent leur sécurité nationale. En fait, les alliés et l'OTAN ne pourront jouer un rôle que pour autant qu'ils seront disposés à suivre la stratégie américaine.

- une mise en ordre basée sur l’interventionnisme à chaque fois que les « intérêts vitaux » du pays sont en danger (« America first »). Cette politique part notamment de l’idée développée dès 1848 (John Lee O’Sullivan suite à l’annexion du Texas) de « Destinée manifeste » qui oblige les Etats-Unis envers les autres pays du monde. Depuis 1993 (fiasco de l’opération en Somalie), il devient de plus en plus évident que les Etats-Unis cherchent à adopter un mode de gestion unilatéral des grands problèmes internationaux, en dehors du cadre réglementaire défini par la communauté internationale (« multilatéraliste si possible, unilatéraliste quand nécessaire »). Les Etats-Unis agissent avec bonne conscience dans la mesure où ils estiment que les valeurs qui sont les leurs sont les seules qui peuvent sauver l’humanité. Cet interventionnisme associe ouvertement idéaux et intérêts économiques.

De ce point de vue, le gouvernement américain a trouvé dans les attentats du 11 septembre une justification supplémentaire de son interventionnisme, de son unilatéralisme et du nouveau concept de « guerre préventive ».