EXEMPLE DE CORRECTION DU SUJET D’EXPLICATION D’UN DOCUMENT D’HISTOIRE

 

Mise en forme - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

 

Le candidat répond à des questions. Il doit manifester une compréhension générale du document et faire preuve de sa capacité à identifier des informations et à les éclairer à partir de ses connaissances personnelles.

Comme le prévoit la définition de l'épreuve, le candidat ne répond qu'aux questions posées. L'ensemble de ces réponses ne comporte pas de limite de volume afin de ne pas brider le candidat ayant une réflexion approfondie et des connaissances pertinentes par rapport aux questions. Toutefois le temps limité dont il dispose doit l'inciter à fournir des réponses concises.

 

Le correcteur évalue :

- la compréhension globale du document ;

- la capacité du candidat à identifier des informations et à les éclairer par ses connaissances personnelles ;

- la concision et la rigueur des réponses ;

- la maîtrise de l'expression écrite.

 

Sujet : Discours de Nehru à Bandung (1955).

 

 

Conseils pour bien démarrer :

Le texte et le thème sont classiques. Il s'agit ici d'un commentaire de document sur l'un des évènements majeurs du XXème siècle, la conférence de Bandung qui marque l'accession du Tiers-Monde à la souveraineté.

Il faut ici se contenter de répondre aux questions avec précision et concision.

Les questions posées (à l’exception de la présentation et du dernier point) ne concernent pas directement l’événement, mais permettent de le placer dans un contexte international. Vous devez être capable de trouver des exemples qui permettent d’éclairer le propos de J. Nehru, mais aussi d’analyser le caractère novateur pour l’époque de ce discours. Ce sont ces deux derniers éléments qui seront particulièrement valorisés, avec l’explication par exemple que l’Asie est un continent décolonisé, ce qui n’est pas le cas pour l’Afrique, ou avec l’emploi des termes de «lutte anticolonialiste », de «tiers-monde», de «non-alignement» – dont le principe est en gestation à Bandung.

 

Question 1 :

Les attentes :

    * - L’auteur : Nehru dirigeant indien, l’un des instigateurs de la Conférence.

    * - Le contexte : décolonisation à la date de 1955 ; Conférence : où ? quoi ? qui ?

    * - Nature : discours de clôture et intérêt du document.

A valoriser : Les copies qui présentent les autres acteurs à l’initiative de la Conférence ainsi que le contexte de la décolonisation et de la guerre froide;

A pénaliser : Les devoirs où la présentation se contente d’une simple copie des informations sur le document.

 

Jawarharlal Nehru, disciple de Gandhi et Premier ministre de l'Union Indienne depuis l'indépendance du pays en 1947, prononce ce discours le 24 avril 1955 après une semaine entière de conférence à Bandung (Indonésie). Cette conférence rassemblait dans l'île de Java les chefs d'Etat de 29 pays indépendants d'Afrique et d'Asie. Elle se déroule au terme d'une période marquée par l'indépendance de presque tous les pays d'Asie.

Cette conférence fut réunie à l'invitation notamment de l'Indonésie (le président Ahmed Soekarno prononce le discours d’ouverture) et de l’Inde (c’est pour cela que Nehru prononce le discours de clôture). Seuls six pays africains envoyèrent une délégation dont 4 pays formellement indépendants (dont l’Egypte de Gamal Abdel Nasser). Il fut décidé de ne pas inviter l’Union sud-africaine, du fait de sa politique ségrégationniste. La plupart des pays du Proche-Orient se firent représenter (les seuls absents furent les petits pays du Golfe, alors sous tutelle britannique, et Israël, qui, refusé par les Arabes, n’avait pas été invité). En Asie orientale le choix des invitations ne fut pas toujours très justifié. Les deux Corée n’étaient pas convoquées, alors que ce fut le cas des deux Vietnam, que l’on souhaitait ainsi rapprocher. L’Australie et la Nouvelle-Zélande, par une espèce de racisme à rebours, furent exclues, alors que le Japon y était présent avec une délégation nombreuse. La Chine (Chou En Lai) fut surtout la vedette, suivie du Cambodge (Norodom Sihanouk), de la Thaïlande et des Philippines.

 

Question 2 :

Bandung est la première manifestation internationale afro-asiatique de lutte contre le colonialisme et contre l’impérialisme des grandes puissances. À ce titre, cette conférence est considérée comme un acte fondateur des luttes du tiers monde. Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, les peuples dits de couleur se réunissent pour affirmer leur volonté de se libérer du joug du colonialisme.

Nehru dénonce explicitement toute forme de tutelle (« colonialisme » ou « autre forme de domination ») exercée par quelque pays que ce soit (« aucun pays... aucun continent »). Une des perspectives ouvertes par Nehru est donc la décolonisation de l'Afrique toute entière et la fin de la domination étrangère sur les peuples de couleur

Nehru défend aussi l’unité des pays colonisés ou récemment émancipés. C’est en relation avec cet événement que l’économiste Alfred Sauvy devait inventer l’expression « tiers-monde ». Pour la première fois dans l'histoire de l'humanité, les peuples dits de couleur se réunissent, sans aucun des Grands, pour affirmer leur volonté de se libérer du joug du colonialisme.

 

Question 3 :

Les attentes :

L’Asie était colonisée par les puissances européennes mais à la date de la Conférence la décolonisation est achevée en Inde, Indonésie et Indochine.

A valoriser : La connaissance exacte des faits : nommer les principaux dirigeants et indiquer les formes de l’accession à l’indépendance.

A pénaliser : La paraphrase.

 

En 1955, la quasi totalité de l'Asie est indépendante à l'exception de quelques pays encore dominés comme la Malaisie, le sultanat de Brunei, et des pays de la péninsule arabique (Oman, E.A.U., Qatar, Koweït, ...). On peut cependant distinguer deux voies d’émancipation pour les pays asiatiques :

- la décolonisation s'est souvent faite par la négociation avec la puissance coloniale. En Inde, par exemple, Gandhi puis Nehru usent de la non-violence pour obtenir le départ des Britanniques. La Grande-Bretagne accepte, donc, en 1947 l'indépendance de l'Inde et son partage en deux nations (l'Union indienne et le Pakistan).

 - la décolonisation s’est faite parfois aussi à la suite de violents conflits armés. C'est le cas de la France lorsque entre 1946 et 1954, elle entre en guerre contre les indépendantistes (Viêt minh) en Indochine. C’est aussi le cas des Pays-Bas en Indonésie (1947-1949).

 

Question 4 :

Les attentes : Le processus de décolonisation en cours, à peine entamé, avec des exemples différenciés.

A valoriser : Des exemples de situations de décolonisation.

A pénaliser : Les copies qui ne traitent que le cas des colonies françaises.

 

En 1955, l'Afrique est encore très largement sous domination coloniale. Cette situation est perçue par Nehru comme un « drame politique ». Seuls cinq pays sont indépendants (Ethiopie, Libéria, Egypte, Afrique du Sud et Libye). La plupart des colonies françaises n’accèdent à l'indépendance qu’en 1960 et les colonies anglaises entre 1958 et 1965.

Nehru parle aussi de « drame racial » et d’« immense tragédie depuis plusieurs siècles » c’est-à-dire depuis la période qui a vu naître le "commerce triangulaire" entre l'Europe, l'Afrique et l'Amérique. La conférence s’est d’ailleurs référé à l'article de la charte des Nations Unies sur l'égalité entre les races.

 

Question 5 :

Les attentes :

S’appuyer sur les extraits du document (d’après Nehru)

Existence du Tiers-Monde / indépendance politique, économique, culturelle.

A valoriser : La maîtrise des notions (exemple : non-alignement)

A pénaliser : Paraphrase.

 

L’influence de la conférence de Bandung dans les relations internationales est immense. Le refus, pour instaurer des relations de parité entre les nations, d'entrer dans un monde bipolaire, s'est concrétisé à travers la naissance d'un mouvement : le « non-alignement » ou la « troisième voie » voire le « neutralisme ».

La portée de la conférence est donc colossale. Rassemblant des pays représentant plus de la moitié de l’humanité (mais moins de 8% des richesses), elle prit l’allure d’états généraux de la planète, une sorte de 1789 de l’humanité.