EXEMPLE DE CORRECTION DU SUJET D’EXPLICATION D’UN DOCUMENT D’HISTOIRE

 

Mise en forme - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

 

Le candidat répond à des questions. Il doit manifester une compréhension générale du document et faire preuve de sa capacité à identifier des informations et à les éclairer à partir de ses connaissances personnelles.

Comme le prévoit la définition de l'épreuve, le candidat ne répond qu'aux questions posées. L'ensemble de ces réponses ne comporte pas de limite de volume afin de ne pas brider le candidat ayant une réflexion approfondie et des connaissances pertinentes par rapport aux questions. Toutefois le temps limité dont il dispose doit l'inciter à fournir des réponses concises.

 

Le correcteur évalue :

- la compréhension globale du document ;

- la capacité du candidat à identifier des informations et à les éclairer par ses connaissances personnelles ;

- la concision et la rigueur des réponses ;

- la maîtrise de l'expression écrite.

 

Sujet : Discours de W. Churchill à l'université de Fulton (Missouri) le 5 mars 1946.

 

 

Question 1 :

Premier ministre de la Grande-Bretagne durant toute la guerre, Churchill a été battu aux élections de juillet 1945, qui ont vu la victoire des travaillistes. Harry Truman lui propose alors au cours d’un voyage aux Etats-Unis de venir prononcer un discours dans une petite université de son Etat, le Missouri. C’est donc à l’université de Westminster à Fulton que Churchill s’exprime le 5 mars 1946. À cette date, les Soviétiques adoptent une politique de plus en plus agressive en Europe de l'Est.

 

Question 2 :

Churchill présente la position soviétique comme « expansionniste » et « prosélyte ». Staline, fort de la présence de l'Armée rouge dans les territoires libérés en Europe de l'Est, viole les accords de Yalta : les élections libres ne sont pas organisées, la Pologne est soviétisée.

Les pays désignés par Churchill sont la Pologne (Szczecin), la zone d'occupation soviétique en Allemagne, la zone d'occupation soviétique en Autriche, la Hongrie, la Yougoslavie, la Roumanie et la Bulgarie. Le « rideau de fer » sépare les démocraties occidentales des pays satellisés par l'URSS. Cette emprise se manifeste par le pouvoir très important donné à des partis communistes peu représentatifs de la population, qui tiennent les postes clés des gouvernements, comme c'est le cas en Pologne. Le discours de Fulton, titré par Churchill « le nerf  de   la   paix  »,   popularise   l'expression : «  rideau de fer »,  mais celle-ci a déjà été employée dans  un télégramme adressé par Churchill à Truman le 12 mai 1945 dans lequel il demande au Président américain de ne pas évacuer ses troupes d'Europe : « Un rideau de fer s'est abaissé sur leur front. Nous ignorons tous ce qui se passe derrière. Il semble bien probable que l'ensemble des régions situées à l'Est de la ligne Lübeck-Trieste-Corfou sera bientôt complètement entre leurs mains. »

On pouvait préciser que la Grèce, où les troupes britanniques défendent la monarchie contre une guérilla communiste, et la Tchécoslovaquie, avec un gouvernement d'Union nationale échappent à l'emprise soviétique.

On pouvait aussi rajouter que Churchill accuse les Soviétiques d'expansionnisme hors d'Europe orientale en parlant des « cinquièmes colonnes communistes », c'est-à-dire des partis communistes qui exercent une forte influence en Europe occidentale. Il pense aux tentatives de déstabilisation en Iran et dans les détroits turcs. Il pense peut-être enfin à la guerre civile en Chine qui voit la position de plus en plus favorable du communiste Mao Zedong, et en Indochine, où l'insurrection indépendantiste lancée par Hô Chi Minh est aussi d'idéologie marxiste.

 

Question 3 :

La rupture de la Grande Alliance intervient lorsque Staline à la fois pour des raisons stratégiques (la garantie de la sécurité de l'URSS par un glacis protecteur) et des raisons idéologiques (l'expansion du communisme) étend sa domination sur l'Europe orientale en violant les accords de Yalta, et tente d'étendre son influence sur des régions périphériques.

Les Occidentaux considèrent alors que la politique de l'URSS devient dangereuse et doit être stoppée.

Le fait que Truman soit présent à Fulton est une indication du revirement déjà entamé dans la politique du Président des Etats-Unis face à Staline.

Dès le 27 février 1946, le conseiller d’ambassade américain à Moscou, George F. Kennan, avait adressé des signaux d’alerte à Truman. La Pologne est satellisée dans l’orbite soviétique après les élections truquées de janvier 1947 au mépris des accords de Yalta et cela engendre un durcissement des Etats-Unis : on peut donc considérer que la guerre froide débute à ce moment là. Ce raidissement américain s’amorce dès janvier 1947 avec la nomination d’un militaire célèbre au poste de Secrétaire d’Etat, c’est à dire à la tête de la diplomatie américaine : le général Marshall. Les USA sont désormais convaincus de la nécessité d’une politique de fermeté à l’égard de l’URSS. Il faut arrêter l’expansion du communisme, le contenir dans les limites qu’il a atteintes : c’est l’endiguement ou « containment ». Pour ce faire, les USA disposent de plusieurs atouts : le monopole nucléaire, la puissance financière et économique, la Central Intelligence Agency (CIA), qui vient juste d’être créée. Dans son discours du 12 mars 1947 devant le Congrès, le président Truman répond d’abord à la demande formulée par le Royaume-Uni de prendre le relais en Grèce et en Turquie. Pour Truman, la sécurité des USA est mise en cause et nécessite une intervention américaine partout où une agression communiste directe ou indirecte menace la paix : en fait la zone de sécurité des Etats-Unis s’étend désormais à l’ensemble du monde libre. Le Secrétaire d’Etat George Marshall propose le 5 juin 1947, dans un discours à l’université d’Harvard, un plan visant notamment à relancer l’économie européenne, pour y élever le niveau de vie et diminuer le risque de contagion révolutionnaire, sachant que la misère fait le lit du communisme. Les USA proposent une aide économique à tous les pays qui la souhaitent : elle va s’élever à 13,5 milliards de $ (de dons) sur quatre ans. En juillet 1947 est crée l’OECE (Organisation Européenne de Coopération Economique) qui a pour mission de distribuer cette aide aux Etats et de les amener à travailler ensemble. La Tchécoslovaquie, qui se montrait disposée à accepter l'aide américaine, subit les pressions de Moscou (coup de Prague en février 1948) : le président tchécoslovaque doit accepter l'organisation d'élections à liste unique.

Les Occidentaux sont sous le choc. Les Américains organisent la défense de leur propre continent (traité de Rio en 1947 avec 20 Etats américains puis OEA, Organisation des Etats Américains en 1948). Les Européens essaient aussi de créer une alliance défensive en Europe (traité de Bruxelles entre la France, le Royaume-Uni et le Benelux en mars 1948) mais doivent se rendre à l’évidence : cette alliance est insuffisante pour assurer la sécurité européenne face à l’URSS. Ils demandent donc l’appui des Etats-Unis.

Les Occidentaux décident enfin d’accélérer dans leur zone la reconstitution d’un Etat allemand économiquement et politiquement fort, susceptible de faire barrage au communisme. Les négociations à quatre sur le statut à donner à l’Allemagne étant dans l’impasse, les trois Occidentaux (Etats-Unis, Royaume-Uni et France) se réunissent à Londres en avril-juin 1948 et décident la création d’une « trizone » par unification des trois zones occidentales d’occupation, l’élection d’une assemblée constituante annoncée le 7 juin 1948 et la création d’une nouvelle monnaie annoncée le 20 juin 1948 (le Deutschemark valant un dixième de l’ancien Reichsmark). La réforme monétaire menaçait la zone soviétique en créant un espace de croissance à l’Ouest. C’est lorsque les occupants occidentaux veulent introduire la nouvelle monnaie à Berlin-Ouest que la première crise grave de la Guerre froide éclate.