EXEMPLE DE CORRECTION DU SUJET D’EXPLICATION D’UN DOCUMENT D’HISTOIRE

 

Mise en forme - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

 

Le candidat répond à des questions. Il doit manifester une compréhension générale du document et faire preuve de sa capacité à identifier des informations et à les éclairer à partir de ses connaissances personnelles.

Comme le prévoit la définition de l'épreuve, le candidat ne répond qu'aux questions posées. L'ensemble de ces réponses ne comporte pas de limite de volume afin de ne pas brider le candidat ayant une réflexion approfondie et des connaissances pertinentes par rapport aux questions. Toutefois le temps limité dont il dispose doit l'inciter à fournir des réponses concises.

 

Le correcteur évalue :

- la compréhension globale du document ;

- la capacité du candidat à identifier des informations et à les éclairer par ses connaissances personnelles ;

- la concision et la rigueur des réponses ;

- la maîtrise de l'expression écrite.

 

Sujet : Discours prononcé par J. F. Kennedy devant l’Hôtel de Ville de Berlin-Ouest le 26 juin 1963.

 

 

Question 1 :

Ce document est un discours, prononcé par le président américain John Fitzgerald Kennedy devant l’Hôtel de Ville de Schöneberg à Berlin-Ouest le 26 juin 1963. Kennedy adresse un message de solidarité aux Berlinois de l’ouest séparés des quartiers orientaux par le mur construit en août 1961. Dans un lieu symbolique, Berlin qui a connu le fameux blocus en 1948-1949, dans une Allemagne de l’Ouest (RFA) qui s’oppose depuis 1949 à une Allemagne de l’Est (RDA), il s’agit pour le président démocrate de définir face au monde entier ce qui constitue l’essence même du monde libre et de démontrer l’échec du communisme, malgré les atours dont celui-ci se pare.

On pouvait rappeler cependant que les Américains comme les autres occidentaux sont restés très passifs lors de la construction du mur de Berlin. Après la crise de Cuba, l'année 1963 est marquée par la mise en place de la Détente : le téléphone rouge est installé à partir d'avril et le discours de Kennedy à l’American University en juin prélude à la signature du traité sur la limitation des essais nucléaires en juillet. C'est lors d'un voyage en Allemagne en mai qu'il se rend à Berlin, et prononce le discours « Ich bin ein Berliner ». Ce discours est donc davantage destiné à se concilier les Allemands, inquiets et désappointés de l'absence de réaction en 1961, plutôt qu'à menacer les Soviétiques et la RDA.

 

Question 2 :

En 1945, l'Allemagne et Berlin ont été découpées en quatre zones d'occupation placées sous l'autorité des puissances victorieuses du conflit, qui n’ont pas signé la paix avec l’Allemagne : Etats-Unis, Royaume-Uni, URSS, France. Berlin-Ouest, zone d’occupation des forces occidentales (américaines, britanniques et françaises), définie à Yalta et Potsdam en 1945, est une enclave de deux millions d’habitants au cœur de la zone d’occupation soviétique, à 185 km  du point le plus proche des zones occidentales. Berlin-Ouest est pour le bloc américain une position géopolitique exceptionnelle et peut donc devenir pour les Occidentaux une " ville du front " de la guerre froide, un avant-poste de l’Occident, une vitrine scintillante du capitalisme au coeur d'un monde socialiste démuni, une base d'espionnage et de propagande avancée, et un bureau de recrutement aisément accessible pour la main-d’oeuvre allemande qui souhaite passer d'Est en Ouest. Berlin-Est se veut un modèle de socialisme architectural, un foyer révolutionnaire. La frontière entre les deux Allemagne est le « Rideau de fer » qui traverse toute l’Europe.

La première crise de Berlin (juin 1948-mai 1949), qui consiste en un blocus soviétique contré par un pont aérien américain, est révélatrice car elle officialise concrètement la dislocation de la Grande Alliance, transforme la ville symbole de l'hitlérisme en un symbole de résistance à l'expansion du communisme, confirme la réintégration rapide de l'Allemagne occidentale dans le camp des démocraties libérales, hâte la scission de l'Allemagne et de Berlin en deux entités antagonistes, et révèle les règles implicites de la guerre froide : les Occidentaux n'ont pas cherché à forcer le blocus terrestre (« ni abandon, ni 3ème guerre mondiale » dit Truman) et les Soviétiques n'ont pas entravé le pont aérien, cette maîtrise réciproque évitant l'irréparable. Cette situation a abouti à la constitution en 1949 de deux Etats, la RFA (République Fédérale d’Allemagne) et la RDA (République Démocratique Allemande).

Kennedy évoque la seconde crise de Berlin, qui consiste en la construction d’un mur long de 113 km, pour mettre un terme à l'hémorragie de population qui quittait la RDA pour la RFA en passant par Berlin-Ouest. Le mur a été édifié dans la nuit du 12 au 13 août 1961 pour empêcher les cadres est-allemands d’aller rentabiliser leurs diplômes à l'Ouest. Sur les 2 700 000 Allemands de l’Est (dont 3 400 médecins, 17 000 enseignants et 17 000 ingénieurs) qui, entre 1949 et 1961, se réfugient en RFA, plus de 1 600 000 empruntent le passage de Berlin-Ouest, soit l’équivalent de la population de Berlin-Est. Même si la propagande est-allemande vante la construction du mur comme "protection antifasciste" pour éviter une agression venue de l'Ouest, le mur est entièrement orienté vers l'intérieur, il ne vise pas à empêcher les entrées mais à interdire les sorties. Les Occidentaux n’interviennent cependant pas, estimant que le « mur de la honte » ne remet pas en cause les trois principes de base (three essentials) formulés en juillet 1961 par le président Kennedy (libre accès à Berlin-Ouest, présence occidentale dans la ville, liberté de la population de Berlin-Ouest)           

 

Question 3 :

Kennedy, président des Etats-Unis, présente la guerre froide comme son prédécesseur Truman : une guerre opposant le monde libre au monde asservi par la dictature communiste. Depuis 1947, les Etats-Unis sont à la tête du bloc occidental. D’après Kennedy, le modèle soviétique est « en faillite » car les communistes ont besoin « d’ériger un mur » afin d’empêcher la fuite de leur population. Kennedy présente le système communiste comme d’essence antidémocratique. Malgré la déstalinisation engagée par Nikita Khrouchtchev à partir de 1956, le système est encore très rigide si l’on songe par exemple à l’interdiction pour Boris Pasternak d’aller en 1957 recevoir son prix Nobel de littérature. Kennedy salut le fait qu’à plusieurs reprises, la RFA ait rejeté l’offre des Soviétiques d’échanger la réunification contre la neutralisation. La RFA montrait ainsi clairement que l'intégration au bloc occidental avait la priorité sur la réunification.  On pouvait noter cependant que Kennedy parle à propos des Etats-Unis de démocratie imparfaite ; il fait explicitement référence aux fortes inégalités sociales dont est victime une grande partie de la population états-unienne, mais aussi aux discriminations raciales dont pâtissent les noirs aux Etats-Unis qui notamment dans les Etats du sud vivent encore sous le régime d’« égaux mais séparés ». De plus, la « faillite » communiste est loin d’être la plus visible en RDA : malgré les propos de Kennedy, la RDA devient vite la plus riche des démocraties populaires, la deuxième puissance industrielle du bloc communiste derrière l'URSS.

 

Question 4 :

Bien qu'il ait eu un grand retentissement dans l'opinion publique, le discours de Kennedy (faisant suite à l’absence de réaction des Occidentaux face à la construction du mur) n'a pas rassuré le maire de Berlin, Willy Brandt, sur la volonté des Américains de défendre la RFA contre toute attaque.

Si jusqu’en 1962-1963, c’est la guerre froide qui a régi les rapports interallemands, à partir de cette date, notamment après la crise des fusées de Cuba, se met en place un rapprochement entre les 2 Allemagne issu d’une volonté des Allemands de gérer leur division entre eux et de ne plus dépendre du bon vouloir des deux Grands. Le discours prononcé par Willy Brandt devant les députés allemands au moment où il devient chancelier de la RFA, en octobre 1969 présente les grands principes de l'Ostpolitik, la politique d'ouverture à l'Est. Et notamment dans ce discours, il insiste sur le rôle de Berlin, avec cette idée que le rapprochement entre les deux Allemagnes passe d'abord par un rapprochement à Berlin. W. Brandt veut éviter que les deux parties de la nation allemande ne deviennent de plus en plus étrangères, il souhaite aboutir à une vie en commun et défend donc l'idée d'une coexistence nécessaire en améliorant la situation de Berlin. Il insiste sur le fait que ce problème de Berlin n'est pas seulement d'un intérêt allemand car il a son importance pour la paix en Europe et pour les relations Est-Ouest. Selon lui, Berlin doit être au cœur du rapprochement RDA/RFA et donc au cœur du rapprochement Est/Ouest. En décembre 1972, la RFA reconnaît la souveraineté de la RFA et réciproquement (d’où l’admission simultanée des deux pays à l’ONU en septembre 1973).

Mais ce rapprochement connaît des limites. A partir du milieu des années 1970, on assiste à une nouvelle guerre froide ou guerre fraîche entre Etats-Unis et URSS. L’Europe et l’Allemagne redeviennent un enjeu pour les deux Grands. En Europe orientale, l’URSS installe en 1977 des missiles SS20, fusées d'une portée de 5000 km et pouvant être équipées chacune de 3 têtes nucléaires. Cela échappe aux accords SALT I. Les armes américaines en Europe sont en grande partie dépassées techniquement. Reagan décide d’installer en RFA en 1983 des missiles Pershing qui font face aux SS20 soviétiques. Cela entraîne une vive réaction des Soviétiques car ces missiles peuvent atteindre Moscou (alors qu’eux ne peuvent pas toucher Washington). Cela provoque aussi d’énormes manifestations dans les grandes villes de RFA (y compris Berlin-Ouest). Les pacifistes s’écrient : « Lieber rot als tot ! », « plutôt rouge que mort ! » considérant qu’ils ne doivent pas mourir pour une guerre qui n’est pas la leur, mais un règlement de comptes américano-soviétique. Cela confirme donc la prise de distance souhaitée par la RFA par rapport à la guerre froide.

Ce n’est donc pas un hasard si la guerre froide prend fin à Berlin. Gorbatchev au pouvoir en URSS ne peut plus soutenir les dirigeants de RDA, qu'il abandonne lorsqu'ils sont contraints d'ouvrir le mur de Berlin le 9 novembre 1989 sous la pression du peuple de RDA. Des élections renversent le pouvoir communiste. Des négociations sont alors menées dans le cadre de discussions 2+4, c'est-à-dire les deux États allemands et les quatre puissances victorieuses en 1945. Cette façon de faire renouait avec la gestion quadripartite de la question allemande, qui, depuis Potsdam, en passant par l'accord sur Berlin de 1971, avait été mise entre parenthèses, mais n'avait jamais été abandonnée Dès le 18 mai 1990, l¹accord sur l¹union monétaire interallemande décidait en fait de la réunification. A l¹été 1990, les accords du Caucase conclus entre la RFA et l¹URSS permirent la réunification pour le 3 octobre 1990 : la RDA divisée en Länder entrait dans la RFA.