EXEMPLE DE CORRECTION DU SUJET D’EXPLICATION D’UN DOCUMENT D’HISTOIRE

 

Mise en forme - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

 

Le candidat répond à des questions. Il doit manifester une compréhension générale du document et faire preuve de sa capacité à identifier des informations et à les éclairer à partir de ses connaissances personnelles.

Comme le prévoit la définition de l'épreuve, le candidat ne répond qu'aux questions posées. L'ensemble de ces réponses ne comporte pas de limite de volume afin de ne pas brider le candidat ayant une réflexion approfondie et des connaissances pertinentes par rapport aux questions. Toutefois le temps limité dont il dispose doit l'inciter à fournir des réponses concises.

 

Le correcteur évalue :

- la compréhension globale du document ;

- la capacité du candidat à identifier des informations et à les éclairer par ses connaissances personnelles ;

- la concision et la rigueur des réponses ;

- la maîtrise de l'expression écrite.

 

Sujet : Discours prononcé par le général Marshall, secrétaire d'État, le 5 juin 1947 à l'université de Harvard.

 

 

Question 1 :

Le général Marshall (1880-1959), chef d'état-major de l'armée américaine, organise les livraisons d'armes de la loi prêt-bail pendant la guerre. De 1947 à 1949, il est le secrétaire d'État du président Truman (c’est le nom aux Etats-Unis du Ministre des Affaires étrangères). Le 5 juin 1947, il prononce à Harvard, lors de la remise des diplômes aux étudiants, un discours annonçant un plan de redressement économique de l'Europe. Le texte a été préparé par le sous-secrétaire d'État aux Affaires économiques, William Clayton, et mis au point à partir d'avril par Georges Kennan, ancien diplomate en poste à Moscou.

 

Question 2 :

Les Européens doivent faire face aux nécessités de la reconstruction, mais manquent de moyens de paiement (le dollar gap) pour se fournir auprès des États-Unis, seule puissance industrielle intacte. Les États-Unis craignent les conséquences politiques de la misère, la mise en cause des démocraties et la progression du communisme.

Le but du plan Marshall est donc de rétablir l'équilibre entre une Europe ruinée incapable de se reconstruire par manque de moyens et des États-Unis qui manquent de débouchés, ce qui met en péril le système de Bretton Woods. Le deuxième argument consiste à supprimer des conditions favorables à l'expansion du communisme, selon l'idée que la prospérité et le libéralisme économique garantissent les libertés politiques : le plan est le complément économique de la doctrine Truman.

Les USA proposent une aide économique à tous les pays qui la souhaitent : le plan Marshall représente 13,3 milliards de dollars versés aux Européens sur 4 ans, dont  12 % de prêts et 88 % de dons. Il a obligé les États-Unis à relever les impôts fédéraux de 15 % pour le financer. En juillet 1947 est crée l’OECE (Organisation Européenne de Coopération Economique) qui a pour mission de distribuer cette aide aux Etats et de les amener à travailler ensemble. Les États qui ont accepté le plan Marshall appartiennent tous à l'Europe occidentale. Les plus gros bénéficiaires sont la Grande-Bretagne et la France, alliés des États-Unis, gravement détruits. Ensuite arrivent les pays de l'Axe vaincus, qui ont eux aussi connu d'importantes destructions.

 

Question 3 :

Staline, fort de la présence de l'Armée rouge dans les territoires libérés en Europe de l'Est, viole les accords de Yalta : les élections libres ne sont pas organisées, la Pologne est soviétisée. Un « rideau de fer » sépare les démocraties occidentales des pays satellisés par l'URSS. La rupture de la Grande Alliance intervient lorsque Staline à la fois pour des raisons stratégiques (la garantie de la sécurité de l'URSS par un glacis protecteur) et des raisons idéologiques (l'expansion du communisme) étend sa domination sur l'Europe orientale en violant les accords de Yalta, et tente d'étendre son influence sur des régions périphériques. Les Occidentaux considèrent alors que la politique de l'URSS devient dangereuse et doit être stoppée.

Dès le 27 février 1946, le conseiller d’ambassade américain à Moscou, George F. Kennan, avait adressé des signaux d’alerte à Truman. La Pologne est satellisée dans l’orbite soviétique après les élections truquées de janvier 1947 au mépris des accords de Yalta et cela engendre un durcissement des Etats-Unis : on peut donc considérer que la guerre froide débute à ce moment là. Ce raidissement américain s’amorce dès janvier 1947 avec la nomination d’un militaire célèbre au poste de Secrétaire d’Etat, c’est à dire à la tête de la diplomatie américaine : le général Marshall. Les USA sont désormais convaincus de la nécessité d’une politique de fermeté à l’égard de l’URSS. Il faut arrêter l’expansion du communisme, le contenir dans les limites qu’il a atteintes : c’est l’endiguement ou « containment ». Pour ce faire, les USA disposent de plusieurs atouts : le monopole nucléaire, la puissance financière et économique, la Central Intelligence Agency (CIA), qui vient juste d’être créée. Dans son discours du 12 mars 1947 devant le Congrès, le président Truman répond d’abord à la demande formulée par le Royaume-Uni de prendre le relais en Grèce et en Turquie. Pour Truman, la sécurité des USA est mise en cause et nécessite une intervention américaine partout où une agression communiste directe ou indirecte menace la paix : en fait la zone de sécurité des Etats-Unis s’étend désormais à l’ensemble du monde libre.

 

Question 4 :

Le plan Marshall est le complément économique de la doctrine Truman. Il est proposé à toute l'Europe, avec la quasi-certitude que l'Union soviétique et ses satellites le refuseront, allégeant ainsi la charge pesant sur les États-Unis.

Le plan permet à la fois de repousser le communisme par les succès économiques attendus et de relancer l’économie américaine. Le plan Marshall fournit des dollars aux banques centrales des États européens qui les transfèrent aux entreprises, leur donnant ainsi les moyens d'acheter des produits aux entreprises américaines. L'économie américaine profite donc aussi du plan Marshall. 70% de l’aide fournie est utilisée par les Européens pour acheter des produits américains et soutenir la reconstruction !

 

Question 5 :

Mais le plan confirme et accentue la rupture avec le monde communiste. L'URSS contraint les pays d'Europe de l'Est à refuser le plan Marshall ; les échanges entre les démocraties populaires et l'URSS doublent entre 1947 et 1948. Le plan Marshall contribue donc à diviser l'Europe en deux. A l’Ouest, Les communistes quittent, en signe de protestation, les gouvernements de coalition auxquels ils participent (avril 1947 en France et mai 1947 en Italie). En septembre 1947, lors d’une conférence dans la station de montagne de Szklarska Poręba (Sudètes polonaises), l’idéologue du Kremlin Andreï Jdanov fustige la politique « impérialiste » de Truman. La Tchécoslovaquie, qui se montrait disposée à accepter l'aide américaine, subit les pressions de Moscou (coup de Prague en février 1948) : le président tchécoslovaque doit accepter l'organisation d'élections à liste unique.

Les Occidentaux sont sous le choc. Les Européens essaient de créer une alliance défensive en Europe (traité de Bruxelles entre la France, le Royaume-Uni et le Benelux en mars 1948) mais doivent se rendre à l’évidence : cette alliance est insuffisante pour assurer la sécurité européenne face à l’URSS. Ils demandent donc l’appui des Etats-Unis.

Les Occidentaux décident surtout d’accélérer dans leur zone la reconstitution d’un Etat allemand économiquement et politiquement fort, susceptible de faire barrage au communisme. Les négociations à quatre sur le statut à donner à l’Allemagne étant dans l’impasse, les trois Occidentaux (Etats-Unis, Royaume-Uni et France) se réunissent à Londres en avril-juin 1948 et décident la création d’une « trizone » par unification des trois zones occidentales d’occupation, l’élection d’une assemblée constituante annoncée le 7 juin 1948 et la création d’une nouvelle monnaie annoncée le 20 juin 1948 (le Deutschemark valant un dixième de l’ancien Reichsmark). La réforme monétaire menaçait la zone soviétique en créant un espace de croissance à l’Ouest. C’est lorsque les occupants occidentaux veulent introduire la nouvelle monnaie à Berlin-Ouest que la première crise grave de la Guerre froide éclate.