EXEMPLE DE CORRECTION DU SUJET D’EXPLICATION D’UN DOCUMENT D’HISTOIRE

 

Mise en forme - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

 

Le candidat répond à des questions. Il doit manifester une compréhension générale du document et faire preuve de sa capacité à identifier des informations et à les éclairer à partir de ses connaissances personnelles.

Comme le prévoit la définition de l'épreuve, le candidat ne répond qu'aux questions posées. L'ensemble de ces réponses ne comporte pas de limite de volume afin de ne pas brider le candidat ayant une réflexion approfondie et des connaissances pertinentes par rapport aux questions. Toutefois le temps limité dont il dispose doit l'inciter à fournir des réponses concises.

 

Le correcteur évalue :

- la compréhension globale du document ;

- la capacité du candidat à identifier des informations et à les éclairer par ses connaissances personnelles ;

- la concision et la rigueur des réponses ;

- la maîtrise de l'expression écrite.

 

Sujet : Discours télévisé de démission de R. Nixon, 8 août 1974.

 

 

Question 1 :

En juin 1972, les journalistes Robert Woodward et Carl Bernstein, du quotidien Washington Post, révèlent à l'opinion une effarante affaire d'espionnage politique qui va rapidement devenir le scandale du Watergate. Vice-président républicain du temps d' Eisenhower, Richard Nixon, battu par Kennedy en 1960, est élu président des États-Unis en 1968, et réélu en 1972. Il est alors accusé d'avoir menti au sujet de micros posés au siège du parti démocrate, dans l'immeuble du Watergate.

Dans un discours télévisé de 16 minutes, le 37ème président des Etats-Unis, Richard Nixon, annonce sa démission. Le président a nié aussi longtemps qu'il a pu être mêlé à l'affaire. Mais, une procédure d'"impeachment" (destitution) entamé contre lui, l'oblige à abandonner le pouvoir. Gérald Ford lui succédera.

Nixon est le premier président des États-Unis contraint à la démission par la pro­cédure de l'impeachment. Face à cet ébranlement sans précédent de la fonction présidentielle, Nixon doit sauver ce qui peut l'être de sa période de gouvernement. S'adressant aux Américains, il n'a guère que son bilan de politique extérieure à présenter en sa faveur.

Le discours de Nixon est donc d'abord un plaidoyer : le président démissionnaire s'attache à mettre en avant le plus grand nombre possible d'aspects positifs de son action. Nixon dresse donc un bilan de sa politique extérieure. Même s'il ne prononce pas le mot « détente », c'est bien à cette période que Nixon s'attache particulièrement.

 

Question 2 :

Contraint à la démission par le scandale du Watergate, Nixon veut s'attacher dans ce discours à prouver aux Américains que ses mandats ont été bénéfiques pour les États-Unis. Secondé par H. Kissinger, il obtient des succès diplomatiques importants. Son plaidoyer se fonde donc sur une présentation de son action extérieure.

Epaulé à partir de 1973 par Henry A. Kissinger, d’abord conseiller spécial pour les questions de sécurité nationale puis secrétaire d’Etat, Richard Nixon va parvenir à mettre fin à la guerre du Viêt Nam (accords de Paris, 1973). En menant d’abord une politique de « vietnamisation », c’est-à-dire en remplaçant progressivement les soldats américains par des soldats vietnamiens, il parvient à rapatrier 350 000 soldats entre 1969 et 1971. En 1973, c’est Henry Kissinger qui joue le rôle majeur dans l’élaboration des accords de Paris qui mettent officiellement fin à la guerre. Malgré ces accords, il faudra néanmoins attendre 1975 pour les derniers soldats américains quittent le sol vietnamien. Soucieux de redorer le blason américain, Richard Nixon et Henry Kissinger mènent de nombreuses actions diplomatiques :

-          normalisation des relations des États-Unis avec la Chine : Nixon reconnaît la Chine populaire et se rend à Pékin en 1972. Ce voyage a bouleversé la fin du 20e siècle. Cette rencontre avec Mao Zedong a ouvert la voie à la reprise de relations entre deux pays qui s’étaient ignorés depuis plus de 20 ans.

-          rétablissement de la détente avec l'URSS, malgré lanticommunisme de Nixon. La détente des relations avec l’URSS progresse à grands pas avec la visite de Nixon à Moscou en 1972, suivie en 1973 de celle de Leonid Brejnev à Washington. Au passage sont signés les premiers accords sur la limitation des armements stratégiques SALT I (Strategic Arms Limitation Talks).

-          engagement de négociations entre Israël et l’Égypte après la guerre du Kippour (1973). Alors que l’action du président Johnson avait renforcé les liens avec Israël à l’issue de la guerre des Six-Jours en 1967, la nouvelle guerre israélo-arabe de 1973 dite « guerre du Kippour » permet un rapprochement avec l’Egypte.

A ces succès, il faut ajouter que c’est sous la présidence de Nixon que, conformément à la promesse de Kennedy, un Américain, Neil Armstrong, est le premier homme à marcher sur la Lune le 20 juillet 1969, au cours de la mission Apollo 11.

Ainsi, Nixon peut se targuer d'avoir apporté la paix à son pays et au monde. On comprend alors que, malgré des difficultés économiques qui occasionnent entre autres la dévaluation du dollar, Nixon soit triomphalement réélu en 1972.

 

Question 3 :

Sans raconter toute la guerre du Vietnam, vous devez rappeler l'enlisement de l'armée américaine, depuis le début des années 1960. Les Etats-Unis ont beaucoup perdu dans cette guerre qui demeure la plus longue de leur histoire. Le bilan humain s’élève, côté américain, à plus de 55 000 morts. D’autre part, cette interminable guerre a été très coûteuse et, sur le plan international, les Etats-Unis ont perdu beaucoup de leur prestige.

Le président Richard Nixon avait aussi décidé le 15 août 1971 l’inconvertibilité du dollar par rapport à l’or, suite aux tensions permanentes sur cette monnaie. Cette décision, qui marque la fin du « Gold Exchange Standard » issu des accords de Bretton Woods en 1944, est prise sans consulter les partenaires (autres pays occidentaux et Japon).

On pouvait rajouter que l’affaire du Watergate mit fin à " la présidence impériale "(expression d’Arthur Schlesinger. Imperial Presidency.1973) qui caractérisait le fonctionnement du système politique américain depuis 1945. En effet, les prérogatives de la présidence n’avaient cessé de croître depuis Roosevelt: sur le plan extérieur. Dans ce domaine, le président s’était arrogé des pouvoirs de décisions que la Constitution ne prévoyait pas (c’est le Congrès qui devait déclarer la guerre et non le seul Président comme Truman l’avait fait pour la Corée, comme Johnson, qui pour l’intervention au Viêtnam, avait exploité une résolution ambiguë du Congrès…).