EXEMPLE DE CORRECTION DU SUJET D’EXPLICATION D’UN DOCUMENT D’HISTOIRE

 

Mise en forme - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

 

Le candidat répond à des questions. Il doit manifester une compréhension générale du document et faire preuve de sa capacité à identifier des informations et à les éclairer à partir de ses connaissances personnelles.

Comme le prévoit la définition de l'épreuve, le candidat ne répond qu'aux questions posées. L'ensemble de ces réponses ne comporte pas de limite de volume afin de ne pas brider le candidat ayant une réflexion approfondie et des connaissances pertinentes par rapport aux questions. Toutefois le temps limité dont il dispose doit l'inciter à fournir des réponses concises.

 

Le correcteur évalue :

- la compréhension globale du document ;

- la capacité du candidat à identifier des informations et à les éclairer par ses connaissances personnelles ;

- la concision et la rigueur des réponses ;

- la maîtrise de l'expression écrite.

 

Sujet : Extrait des Mémoires de H. Truman.

 

 

Question 1 :

1. Le 17 mars 1947, le Président Harry Truman s'adresse au Congrès pour lui présenter les orientations de sa politique étrangère. Truman, démocrate, était Vice-président de Roosevelt  en avril 1945 à sa mort et l'a donc remplacé, c'est donc lui qui a  fait larguer la bombe atomique sur le Japon et achevé la guerre. Destinataire attentif du fameux discours "du rideau de fer" émis un an plus tôt par W.Churchill (Truman était présent à Fulton), Truman cherche à contrecarrer l'extension grandissante du communisme dans le monde.

La phrase soulignée dans le discours de H. Truman évoque la position des États-Unis à l'égard des pays qui font face aux tentatives d'avancées de l'URSS (non nommée dans le texte sinon par l’évocation là aussi voilée de l’Armée rouge). La phrase résume la doctrine du containment (ou endiguement), déjà formulée par le diplomate américain George Frost Kennan en 1946. En 1947, effectivement, les États-Unis prennent conscience des tentatives expansionnistes de l'URSS, notamment en Europe centrale et orientale. Si les Soviétiques s'étaient engagés - notamment lors de la conférence de Yalta - à faciliter le retour à la démocratie des pays libérés par l'Armée rouge, dans la réalité, les années 1946 et 1947 voient les partis communistes d'Europe centrale et orientale, inféodés à Moscou, prendre progressivement le pouvoir dans les pays concernés.

 

 

Question 2 :

2. Truman oppose deux types de "systèmes" d'une manière un peu manichéenne : les "bons" d'un côté, les "méchants" de l'autre. Le point d'appréciation étant le respect de la démocratie et des libertés. Le totalitarisme soviétique est ici décrit et il a déjà gagné certains pays d'Europe de l'Est sous la pression de  l'Armée rouge. Toutefois  Truman se garde bien de nommer tel ou tel pays, la rupture USA/URSS n'est pas encore accomplie.

Truman insiste sur l'aspect démocratique du modèle américain qu'il oppose au modèle soviétique. Il évoque l'ensemble des libertés que garantit la démocratie en les opposant aux pratiques imputées à l'Union soviétique. Ces pratiques sont celle d'un pouvoir totalitaire qui vise à contrôler et encadrer sa population en lui restreignant l'accès aux libertés individuelles.

 

Question 3 :

3. Le modèle américain repose aussi sur la prospérité économique et, plus particulièrement, sur le libéralisme économique. L’extrait proposé ici évoque brièvement cet aspect du modèle américain lorsque Truman précise que les États-Unis doivent apporter un soutien économique et financier indispensable au maintien de la démocratie dans les pays déstabilisés.

Enfin le modèle américain repose aussi sur un aspect socio-culturel : c’est l’« American way of life », les mythes de l’abondance, du « self made man »…

Les USA se désignent manifestement comme le pays  par excellence de la pratique de la démocratie et de la liberté. Ils sont ceux qui peuvent aider ;  avec les 3/4 des réserves d'or et de la production industrielle mondiales, ils en ont les moyens. Intervenir apparaît comme un devoir basé sur des convictions : "Je crois… je crois…doit… nous devons…". La dernière phrase fait d'ailleurs de cette intervention un devoir quasi messianique : "Nous devons faire en sorte que cet espoir demeure vivant". De plus, cette action s'inscrirait dans la plus grande légalité internationale par sa conformité à la charte de San Francisco, fondatrice de l'ONU, signée deux ans auparavant.

 

Question 4 :

4. Pour Truman, le modèle soviétique apparaît comme un modèle totalitaire. La description qu'il en fait vise à montrer le contrôle et l'encadrement exercés par les autorités soviétiques sur leur population ainsi que leur volonté expansionniste. Deux ans après la Seconde Guerre mondiale, une telle description n'est bien sûr pas sans rappeler des souvenirs douloureux aux populations européennes.

Une fleur à la bouche, le Président propose alors l'esprit des interventions qu'il envisage :  Celles-ci seront en priorité économiques et financières, afin d'écarter une pauvreté qui pourrait conduire au totalitarisme. Il transparaît cependant la menace d'une intervention militaire en faveur de tout pays menacé d'une subversion communiste qui en ferait la demande.

 

Question 5 :

5. Ce document tient une place de choix dans l'histoire. Le discours de Truman définit ce qui va être l'un des aspects fondamentaux de la politique extérieure américaine : le containment, à savoir la politique visant à contenir l'avancée communiste dans le monde. Le soutien économique et financier évoqué par Truman prend forme avec la mise en place, en 1947 précisément, du plan Marshall (ou European Recovery Program) organisant la croissance et les échanges de l'Europe de l'Ouest. On pouvait même rajouter que c’est en 1947 aussi que le président Truman signe la loi sur la Sécurité nationale portant création de la Central Intelligence Agency (CIA), les services d’espionnage américains.

Dans l'immédiat après-guerre, la doctrine Truman concernait surtout les pays les plus exposés au communisme tels la Grèce, la Turquie ou encore l'Iran. Le discours de Truman fait figure de « déclaration de guerre » face à ces agressions larvées de Staline. L’URSS, appelle immédiatement à mobiliser les forces communistes contre ce qu’elle qualifie de « manœuvre impérialiste » : en septembre 1947, lors de la réunion en Pologne des dirigeants des partis communistes européens, Andreï Jdanov, secrétaire du PCUS, annonce que l’URSS prend la tête des « forces anti-impérialistes ». Un mois plus tard, le Kominform est fondé pour coordonner cette lutte.

Ce texte est donc non seulement l'un des témoignages du tournant que constitue l'année 1947 dans les relations internationales mais aussi un déclencheur : il marque la fin définitive de la Grande Alliance et la mise en place de la guerre froide et du monde bipolaire. A la différence de Churchill qui, tout en faisant le constat du « rideau de fer » en train de se constituer, essayait d’appeler Staline à résoudre cette situation, Truman demande clairement aux pays de choisir un camp.

Il faut souligner aussi que Truman n’hésite pas à faire de son pays le « chef de file » de ce camp : les Etats-Unis non seulement « doivent soutenir les peuples libres » mais « les peuples libres du monde attendent » aussi cela des Etats-Unis.

On pouvait donc se demander si la responsabilité de l’escalade de 1947 n’incombe pas à Truman, anticommuniste convaincu, qui craignait que les pays européens soient tentés de se convertir au communisme en raison des problèmes économiques (inflation, pénuries, etc...) qui suivaient la guerre.

Ce discours sera suivi d'actions concrètes jusque dans les années 80 : Le plan Marshall, le Pacte Atlantique, l'OTAN, d'interventions directes ou indirectes plus ou moins heureuses  en Grèce, Corée, Cuba, Indochine, Chili, Afghanistan…