EXEMPLE DE CORRECTION DU SUJET D’EXPLICATION D’UN DOCUMENT D’HISTOIRE

 

Mise en forme - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

 

Le candidat répond à des questions. Il doit manifester une compréhension générale du document et faire preuve de sa capacité à identifier des informations et à les éclairer à partir de ses connaissances personnelles.

Comme le prévoit la définition de l'épreuve, le candidat ne répond qu'aux questions posées. L'ensemble de ces réponses ne comporte pas de limite de volume afin de ne pas brider le candidat ayant une réflexion approfondie et des connaissances pertinentes par rapport aux questions. Toutefois le temps limité dont il dispose doit l'inciter à fournir des réponses concises.

 

Le correcteur évalue :

- la compréhension globale du document ;

- la capacité du candidat à identifier des informations et à les éclairer par ses connaissances personnelles ;

- la concision et la rigueur des réponses ;

- la maîtrise de l'expression écrite.

 

Sujet : Illustration allégorique de la mission civilisatrice de la France au Maroc (1911).

 

 

Question 1 :

Le Petit Journal qui est le journal le plus lu en France avec un tirage atteignant 800 000 exemplaires au tournant du siècle, fait très souvent sa une sur les conquêtes coloniales. Ce journal républicain et conservateur est donc un puissant vecteur de la propagande en faveur de la colonisation.

Il illustre ici le protectorat sur le Maroc en reprenant à la fois l'imagerie républicaine traditionnelle et le discours stéréotypé de justification de la colonisation.

À la fin du XIXe siècle, il semble qu'on s'achemine vers une ouverture du Maroc à l'ensemble des intérêts commerciaux européens. L'entente cordiale avec la Grande-Bretagne voit la France renoncer à ses ambitions en Egypte en échange de sa liberté d'action au Maroc. C'est alors que l'Allemagne intervient. Guillaume II se pose en défenseur de l'indépendance marocaine (première crise marocaine). Dans les années qui suivent, les Français s'efforcent d'étendre leur influence. En juin 1911, ils répondent à l'appel du sultan menacé par une révolte des tribus à Fès. L'Allemagne réplique par l'envoi d'une canonnière dans la rade d'Agadir. C'est la seconde crise marocaine. La France, soutenue par l'Angleterre, obtient que l'Allemagne se désintéresse du Maroc en échange d'une partie du Congo français qui sera rattachée au Cameroun allemand (accord de novembre 1911, date du supplément illustré du Petit Journal présenté ici). Le 30 mars 1912, un traité de protectorat est signé entre la France et le sultan.

 

Question 2 :

L'image représente la République sous les traits de Marianne selon une iconographie traditionnelle sous la IIIe République : à la fois guerrière (la cuirasse) et puissante, mais surtout bienfaitrice et porteuse de prospérité (la corne d'abondance).

 

Question 3 :

Tandis que des Marocains se prosternent pour la remercier, un militaire, au loin, la désigne aux troupes indigènes qui la saluent dans un élan patriotique.

L'image illustre chacun des arguments mis en exergue par le commentaire en faveur de la colonisation. On retrouve la mission civilisatrice (le livre), la mise en valeur des terres colonisées (corne d'abondance et charrue) et la France pacificatrice (les Bédouins et le fantassin s'unissent dans leur allégeance à la République, mettant fin aux guerres intestines, tandis que la figure de Marianne se dégage sur un horizon serein).

 

Question 4 :

L'affiche trace un tableau idyllique de la situation coloniale. La réalité était différente.

La réalité, c'était la domination de la majorité musulmane par la minorité européenne. Ainsi, l'affiche exalte-t-elle l'œuvre scolaire de la France mais, en réalité, seule une infime minorité de la population musulmane était scolarisée alors que les enfants d'Européens l'étaient majoritairement. L'affiche exalte l'œuvre économique de la France, mais en réalité l'industrie ne fut pas développée et les terres, les meilleures, étaient accaparées par les colons qui y faisaient travailler les musulmans, très souvent pour des salaires très bas.

Malgré cette propagande, une grande partie de l'opinion publique reste assez indifférente à la colonisation et peu au fait de la vie dans l'empire. Elle voit davantage dans l'affaire marocaine une revanche sur les Allemands. Il faut attendre la fin de la Première Guerre mondiale et les expositions coloniales de l'entre-deux-guerres, pour qu'elle intègre le discours des politiques sur l'utilité de l'empire.