EXEMPLE DE CORRECTION DU SUJET D’EXPLICATION D’UN DOCUMENT D’HISTOIRE

 

Mise en forme - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

 

Le candidat répond à des questions. Il doit manifester une compréhension générale du document et faire preuve de sa capacité à identifier des informations et à les éclairer à partir de ses connaissances personnelles.

Comme le prévoit la définition de l'épreuve, le candidat ne répond qu'aux questions posées. L'ensemble de ces réponses ne comporte pas de limite de volume afin de ne pas brider le candidat ayant une réflexion approfondie et des connaissances pertinentes par rapport aux questions. Toutefois le temps limité dont il dispose doit l'inciter à fournir des réponses concises.

 

Le correcteur évalue :

- la compréhension globale du document ;

- la capacité du candidat à identifier des informations et à les éclairer par ses connaissances personnelles ;

- la concision et la rigueur des réponses ;

- la maîtrise de l'expression écrite.

 

Sujet : L'acte final de la conférence d'Helsinki en 1975.

 

 

Question 1 :

La Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE), ouverte en 1972, réunit trente-cinq pays : tous les États européens (sauf l'Albanie mais avec le Liechtenstein, Monaco et San Marin), plus le Canada et les États-Unis, membres de l'OTAN, dont les Européens de l'Ouest ont exigé la présence. Elle s'ouvre le 3 juillet 1973 à Helsinki en Finlande, pays qui ne doit son indépendance qu'à son acceptation des conditions posées par l'URSS, une neutralité complète. Les discussions se poursuivent du 18 septembre 1973 au 21 juillet 1975 à Genève, la dernière réunion a lieu à partir du 1er août 1975 à Helsinki où les accords sont signés dans le bâtiment construit par Alvar Aalto. Cet acte final est un long document de 110 pages.

L’idée d’une conférence sur la sécurité en Europe remonte à 1954. L’initiative en revient aux Soviétiques, pour lesquels il s’agit essentiellement de faire reconnaître par le camp occidental l’intangibilité des frontières de l’URSS et de ses satellites. Réitérée à plusieurs reprises, la proposition russe s’est heurtée à chaque fois à deux obstacles majeurs :

-          le refus des Occidentaux de reconnaître la R.D.A., ses frontières et celles de la Pologne ;

-          celui des pays du pacte de Varsovie d’inclure les Etats-Unis et le Canada dans le projet.

Le climat de « Détente » aidant, ces deux obstacles se sont trouvés levés au début des années 1970 ; les négociations sur la tenue d’une « Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe » ont été lancées en 1972 et ont abouti à la signature par Leonid Brejnev et Gerald Ford de l’Acte final de Helsinki en 1975.

 

Dans sa première partie, l'acte reprend les grands principes de la charte des Nations unies. Il prévoit une coopération économique, scientifique et technique entre les États, ainsi qu'une coopération culturelle et humanitaire, en particulier dans le domaine des droits de l'homme.

La méthode adoptée a été celle des « corbeilles », du nom du récipient destiné à accueillir les diverses suggestions, ainsi classées en trois groupes principaux 1) sécurité, 2) coopération, 3) droits de l’homme. L’acte final de la C.S.C.E., en fait un simple procès-verbal, n’est pas un traité ayant valeur juridique, mais il est doté d’une grande portée morale et politique. Il s'agit en effet de concrétiser 10 principes d’action ou « décalogue » (ici ne figurent que les 7 premiers).

 

Le texte, tel qu’il est présenté ici, c’est-à-dire sous la forme d’extraits, pose d’abord le problème de l’inviolabilité des frontières et de l’intégrité territoriale des États. Les Soviétiques ont obtenu ici, au titre de la « première corbeille », ce qu’ils souhaitaient depuis longtemps, à savoir la reconnaissance par les Occidentaux du partage de fait (non entériné, à Yalta ou ailleurs, par un traité en bonne et due forme) effectué à la fin de la guerre. Néanmoins, la RFA obtient que soit préservée la possibilité de modifications par des moyens pacifiques et par voie d’accords, afin de ne pas mettre fin à toute perspective ultérieure de réunification.

 

Question 2 :

L'article 4 fait référence au respect de l’intégrité territoriale des États. Les démocraties populaires sont donc concernées même si Moscou ne reconnait en rien une quelconque annexion.

Les signataires s’interdisent à l’avance de recourir à la force et d’intervenir de manière directe ou indirecte, dans les affaires des autres États. Cela implique certes la non-intervention dans les affaires intérieures de chacun des acteurs internationaux, principe que les Soviétiques ne cessent d’affirmer depuis 1945 et au nom duquel ils répudient toute critique dirigée contre le régime communiste. Mais, en même temps, il y a là incontestablement, pour des pays comme la Yougoslavie, la Roumanie, voire la Pologne, un élément de protection même s’il n’est que relatif.

 

Question 3 :

En contrepartie des satisfactions données aux Soviétiques en matière de sécurité et de maintien du statu quo, les Occidentaux, qui estimaient que la C.S.C.E. faisait la part belle à l’URSS et tendait à renforcer son hégémonie en Europe de l’Est, ont fait admettre à ses représentants, au titre de la « troisième corbeille », le principe de la « libre circulation des idées et des hommes » cela de manière certes assez vague et finalement en complète contradiction avec l’article 1 qui précise que chaque Etat est souverain et que chacun peut choisir son mode de développement politique, économique, social et culturel. En cas de critique contre l’URSS, celle-ci pourra toujours se retrancher derrière l’article 1.

Les principes énoncés par l’article 7  ont permis par la suite aux dissidents des pays de l’Est de se réclamer d’un acte qui, signé par l‘URSS, affirmait le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales. La Charte 77 en Tchécoslovaquie sera un signe de cette volonté de libéralisation qui s'exprime à l'Est. Ce texte signé par des intellectuels et des hommes politiques tchèques, réclame l'application des textes garantissant les libertés fondamentales ratifiés par la Tchécoslovaquie.

La lutte contre les opposants ne cesse cependant pas dans le bloc de l'Est et les tenta­tives de libéralisation sont systématiquement réprimées. Les initiateurs de la Charte 77 sont pourchassés et emprisonnés. En URSS, on refuse toujours aux juifs soviétiques d'émigrer en Israël.

 

Question 4 :

En Europe, la Détente se manifeste par un rapprochement entre l'Est et l'Ouest. Les accords signés à Helsinki sont signés par les États-Unis, le Canada et tous les pays d'Europe (sauf l'Albanie) qu'ils appartien­nent au camp occidental ou au bloc soviétique. Ils prévoient la reconnaissance des frontières de 1945, une coexistence pacifiée entre les deux systèmes, la nécessité de renoncer à la course aux armements et aussi la reconnaissance des droits de l'homme.

La CSCE marque l'apogée de la détente en Europe en entérinant les frontières issues de la guerre (conformément au vœu des Soviétiques) et en proclamant la libre circulation des hommes et des idées (conformément au vœu des Occidentaux).

 

Question 5 :

Cette question vous amène à faire une conclusion sur les différentes lectures possibles des articles proposés.

Dans la pratique, on a vu se créer à Helsinki un équilibre entre les exigences de l’Est et de l’Ouest. Par exemple, si d’un côté l’affirmation de l’inviolabilité des frontières et de l’intégrité territoriale des États rassurait Moscou, de l’autre, elle empêchait les Soviétiques de poursuivre leur politique d’expansion et excluait la répétition d’épisodes comme ceux des chars russes en Hongrie ou des interventions en Yougoslavie. De fait, il n’y a plus eu aucune invasion soviétique en Europe après 1975.

Ayant voulu qu’une suite soit donnée à la C.S.C.E. par d’autres rencontres internationales — la première se tiendra à Belgrade en 1977 —, l’U.R.S.S. a ainsi poussé à l’établissement d’un cadre formel où peuvent s’exprimer des doléances contre elle, même si elle peut se retrancher derrière le 1er article. Incontestable succès pour sa diplomatie, l’acte d’Helsinki constitue en même temps pour elle une source d’embarras sur le plan international.