EXEMPLE DE CORRECTION DU SUJET D’EXPLICATION D’UN DOCUMENT D’HISTOIRE

 

Mise en forme - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

 

Le candidat répond à des questions. Il doit manifester une compréhension générale du document et faire preuve de sa capacité à identifier des informations et à les éclairer à partir de ses connaissances personnelles.

Comme le prévoit la définition de l'épreuve, le candidat ne répond qu'aux questions posées. L'ensemble de ces réponses ne comporte pas de limite de volume afin de ne pas brider le candidat ayant une réflexion approfondie et des connaissances pertinentes par rapport aux questions. Toutefois le temps limité dont il dispose doit l'inciter à fournir des réponses concises.

 

Le correcteur évalue :

- la compréhension globale du document ;

- la capacité du candidat à identifier des informations et à les éclairer par ses connaissances personnelles ;

- la concision et la rigueur des réponses ;

- la maîtrise de l'expression écrite.

 

Sujet : « La danse caucasienne », affiche antisoviétique.

 

 

Question 1 :

1. Le personnage central de l'affiche est J.V. Djougachvili dit « Staline », la référence à son origine géorgienne  (« danse caucasienne ») étant une confirmation de son identité. Une bonne copie reviendra brièvement sur sa « carrière » (1924-26, 1953) et précisera le type de régime (totalitaire) et idéologie (non démocratique) mis en place par celui-ci en URSS et la situation de ce régime vers 1950.

On pouvait rappeler que la Guerre froide est un conflit qui oppose deux modèles idéologiques, la guerre des images en est donc un élément essentiel. « Dans certaines rues [...] on ne s'entend plus. Les affiches s'en­voient leur vérité d'un trottoir à l'autre, quand elles ne s'apostrophent pas, au corps à corps, sur le même panneau en de brutales superposi­tions » (P. Drouin, Le Monde, 14 juin 1952). Les Soviétiques disposent d'un relais efficace dans le camp adverse : les partis communistes d'Europe de l'Ouest. Bien structurés, puissants et populaires, soutenus par des artistes de très grand renom, comme Picasso qui dessine la colombe du Congrès pour la Paix en 1949, ils mettent en œuvre une propagande par l'affiche très efficace.

Les Occidentaux ne disposent pas de tels relais dans le camp soviétique où la censure est toute puissante. En septembre 1950, pour contrer la propagande du Parti communiste français et défendre des positions libérales, le président du Conseil, René Pleven, encourage la création d’une agence de contre-propagande. Jean-Paul David, maire de Mantes, député radical-socialiste de Seine-et-Oise, assure la direction de la contre-offensive idéologique en créant l'organisation Paix et Liberté. Cette agence de propagande anti-communiste produisant des affiches, mais aussi des tracts, des brochures et des slogans est apparue après le grand succès de l'affiche représentant une colombe, créée par Picasso pour la conférence des Partisans de la Paix convoquée à Paris au printemps 1949 à l'initiative des communistes. Paix et Liberté diffuse alors une série d'affiches qui reprend et détourne les mots, les thèmes et les symboles du PCF. L'entreprise s'inscrit clairement dans la logique de la doctrine Truman d'endiguement du communisme. Le mouvement Paix et Liberté, qui publie 170 affiches entre 1951 et 1953. Le nom lui-même est le détournement du titre d'une revue paci­fiste d'avant-guerre. Auguste Gillot, maire de Saint-Denis, dénonce cette « Cinquième colonne [qui] emprunte ce nom pour mieux tromper les travailleurs ».

 

Question 2 :

2. La menace symbolisée par cette affiche propagandiste anti-communiste est l’expansion du modèle soviétique à travers l’Europe et le passage de la Chine de Mao Zedong sous régime communiste avec la victoire du PCC en octobre 1949.

En revanche rien sur ce document ne fait référence à la grave crise Est/Ouest de la Guerre de Corée pourtant en cours depuis 1950 et pour laquelle les mouvements pacifistes (« appel de Stockholm ») et anticommunistes (« Paix et Liberté ») se sont alors développés en Occident.

Un point intéressant est la mention de la division allemande réalisée après le blocus de Berlin de 1948-1949 évoqué sous la forme du poignard enfoncé dans la partie Est de ce pays. On peut valoriser les copies évoquant et expliquant également le « Coup de Prague » de 1948 en Tchécoslovaquie dont on devine la présence en arrière-plan.

Les copies expliquant rapidement ses points et les causes de l’expansion soviétique (libération de l’Est de l’Europe par l’Armée rouge et stratégie du « glacis » soviétique contre l’influence occidentale) et son influence dans  les PC européens (en particuliers en France ou Italie où ils étaient très puissants dans les années 1950) seront           valorisées.                                                                                                                                                       

 

Question 3 :

3. L’affiche montre l’état de tension forte régnant alors entre les « blocs » (Ouest/ Est, « américain/soviétique », capitaliste/ communiste) et la crainte de l’expansion soviétique perçue en Occident comme attentatoire aux libertés. Elle révèle aussi un aspect important de la doctrine du début de la Guerre Froide : la doctrine Jdanov, préconisant une lutte de tous les PC, y compris occidentaux (ici le PCF) contre l’influence « impérialiste » américaine. Une bonne copie le mentionnera de même qu’elle expliquera, dans le cadre de cette doctrine, la création du Kominform inféodant tous les PC à Moscou.      

 

Question 4 :

4. La question portant sur l’évolution des relations Est/Ouest durant les années 1950 permet de développer un peu plus le contexte de la formation des blocs au travers de thèmes non évoqués dans le document comme la doctrine Truman, la « pactomanie » américaine et la formation du CAEM et du pacte de Varsovie. Une bonne copie n’oubliera pas de montrer que la Guerre Froide prend durant ces années une forme parmi les plus extrêmes avec :

- un durcissement des attitudes politiques internes comme lors du Maccarthysme américain et des purges staliniennes en URSS ;

- la mise en place de l’équilibre de la terreur, les deux camps possédant l’arme atomique (URSS, 1949) ;

- et la course aux armements et à l’espace (Spoutnik 1957, Nasa. 1959).

C’est la mise en place du paroxysme des affrontements qu’il convient ici d’évoquer en expliquant bien que si celui-ci se « calme » durant la décennie suivante (« Téléphone rouge »,  Coexistence Pacifique puis Détente après 1963) il ne fait en aucun cas disparaître ce « moteur » de l’histoire mondiale que fut la Guerre Froide durant près de 45 ans (1947, 1989-91).