EXEMPLE DE CORRECTION DU SUJET D’EXPLICATION D’UN DOCUMENT D’HISTOIRE

 

Mise en forme - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

 

Le candidat répond à des questions. Il doit manifester une compréhension générale du document et faire preuve de sa capacité à identifier des informations et à les éclairer à partir de ses connaissances personnelles.

Comme le prévoit la définition de l'épreuve, le candidat ne répond qu'aux questions posées. L'ensemble de ces réponses ne comporte pas de limite de volume afin de ne pas brider le candidat ayant une réflexion approfondie et des connaissances pertinentes par rapport aux questions. Toutefois le temps limité dont il dispose doit l'inciter à fournir des réponses concises.

 

Le correcteur évalue :

- la compréhension globale du document ;

- la capacité du candidat à identifier des informations et à les éclairer par ses connaissances personnelles ;

- la concision et la rigueur des réponses ;

- la maîtrise de l'expression écrite.

 

Sujet : Le général de Gaulle et la décolonisation.

 

 

Question 1 :

* Discours inaugural de la conférence de Brazzaville, certainement rédigé par J. Soustelle pour Charles de Gaulle (CDG).

* L'auteur s'adresse aux responsables des colonies (gouverneurs).

* Charles de Gaulle, son action dans la Guerre, tant au niveau militaire que civil.

* Le contexte de la guerre : la France n'est pas encore libérée, la conférence se situe donc en territoire contrôlé par la Résistance.

Le général de Gaulle, chef du CFLN (Comité français de libération nationale), s'exprime en janvier 1944 et s'interroge, alors que la guerre n'est pas terminée, sur l'avenir des colonies. La Conférence se déroule à Brazzaville, au Congo, colonie qui, avec le Tchad de Félix Éboué, avait rallié la France libre dès 1940. De Gaulle pose la question du devenir du lien colonial.

Ce discours pose les fondements d'un réexamen de la place de l'empire colonial dans la communauté nationale française. En ce sens, il aura de lourdes conséquences dans les années d'après-guerre. D'un point de vue plus formel, mais tout aussi important, lorsque le général de Gaulle évoque le gouvernement français, il parle du sien, celui d'Alger, à l'exclusion de tout autre. Ce faisant, il sous-entend l'illégitimité du gouvernement de Vichy et présage d'une victoire prochaine des Alliés, qui lui permettrait d'établir sa propre légitimité sur l'ensemble de la Nation, métropole et colonies comprises.

 

Question 2 :

* L'Afrique est l'un des théâtres d'opération de la guerre. De ce continent doit repartir la reconquête du territoire métropolitain. Il est donc impossible de continuer à ignorer la condition des colonies.

* La guerre, par son inhumanité, a rendu impossible le maintien d'un système réprimant les libertés des peuples.

* Les colonies ont des rapports croissants entre elles et les colonies de pays européens. Il faut donc réformer les infrastructures de transport et de communication pour rendre plus accessible les ressources du continent. C'est en soit une réaction anti-autarcique, libérale.

 

Question 3 :

* Il s'agit d'établir un nouveau type de souveraineté dans les colonies.

* Les Africains doivent peu à peu participer à la gestion de leurs propres affaires.

* CDG n'évoque en aucune manière l'indépendance des territoires coloniaux, mais leur intégration "à la carte" dans la communauté française, selon leurs besoins et capacités.

 

De Gaulle rappelle l'ampleur de l'œuvre colo­niale accomplie par la France, mais prend également la mesure des changements intervenus (« immenses événe­ments »).

Un retour à la situation d'avant-guerre est impossible. Des réformes sont nécessaires, allant dans le sens d'une plus grande autonomie des colonies (« gestion de leurs propres affaires »).

Pour autant, le général de Gaulle n'envisage pas à cette date l'indépendance de l'Afrique, ni même la simple création de self-governments. Il souhaite le maintien intransigeant de la souveraineté française.

 

Question 4 :

* Il se dégage la volonté de réformer les colonies, de moderniser et rationaliser leur gestion, de les intégrer dans un système monde qui se dessine à l'horizon d'une paix qu'il faut encore gagner.

* La portée humaniste est tout à fait intéressante à noter, surtout si l'on considère les théories raciales des nazis, acceptées par Vichy. CDG veut montrer ici sa rupture avec le gouvernement légal de la France, tout comme l'ont aussi montré les partis nationalistes africains.

* La portée visionnaire et progressiste de ce message démontre aussi la dimension politique de CDG qui s'imposa après la guerre comme le chef charismatique d'une France qui perdit ses valeurs morales et républicaines durant les difficiles années d'égarements du régime pétainiste.

* L'ensemble de ce message (réformes de gestion et prise en compte des communautés africaines) a pu être utilisé par les Africains comme une base politique permettant d'imaginer l'accès à l'indépendance.

* Cependant, si la conférence proposa une plus large représentation des colonies dans la future Assemblée Nationale, un meilleur accès des indigènes à l'emploi, elle déboucha, en favorisant la thèse de l'assimilation, sur un rejet de l'indépendance des colonies.

Le discours de Brazzaville n'annonce donc pas une politique d'émancipation, comme cela a souvent été dit. De Gaulle reste attaché à l'idée impériale et aux colonies françaises, qui constituent un fondement de la puissance française. Il n'a donc pas véritablement pris la mesure de la force et de l'authenticité des mouvements nationalistes qui se sont développés dans les colonies.

Le discours de Charles de Gaulle à l'occa­sion de l'ouverture de la conférence de Brazzaville laisse présager que la France va s'engager dans une politique d'autonomie progressive de ses possessions coloniales, puisque le chef de la France libre évoque la possibilité que les Africains deviennent « capa­bles de participer chez eux à la gestion de leurs propres affaires ». Si ce discours va dans le sens des débats préparatoires de la conférence durant lesquels l'idée de la généralisation de self-governments en Afrique avait été fréquemment évoquée, le texte adopté au terme de la conférence rejette finalement cette possibilité. Ce paradoxe est révélateur d'une opinion très partagée parmi les politiques fran­çais durant les derniers mois de la guerre, entre ceux qui mettent en avant une conception humaniste de la colonisation et ceux qui enten­dent préserver le rang international de la France dans le monde à reconstruire sur les ruines du conflit.