EXEMPLE DE CORRECTION DU SUJET D’EXPLICATION D’UN DOCUMENT D’HISTOIRE

 

Mise en forme - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

 

Le candidat répond à des questions. Il doit manifester une compréhension générale du document et faire preuve de sa capacité à identifier des informations et à les éclairer à partir de ses connaissances personnelles.

Comme le prévoit la définition de l'épreuve, le candidat ne répond qu'aux questions posées. L'ensemble de ces réponses ne comporte pas de limite de volume afin de ne pas brider le candidat ayant une réflexion approfondie et des connaissances pertinentes par rapport aux questions. Toutefois le temps limité dont il dispose doit l'inciter à fournir des réponses concises.

 

Le correcteur évalue :

- la compréhension globale du document ;

- la capacité du candidat à identifier des informations et à les éclairer par ses connaissances personnelles ;

- la concision et la rigueur des réponses ;

- la maîtrise de l'expression écrite.

 

Sujet : Le premier choc pétrolier.

 

 

Question 1 :

1 - Le document proposé est un extrait des volumineuses Mémoires de Henry Kissinger, publiées en France en 1982 et dont le deuxième tome porte le titre des Années orageuses. Henry Kissinger, homme politique américain, fut notamment responsable des Affaires étrangères sous la présidence de Richard Nixon. Il joua ainsi un rôle important dans le cessez-le-feu qui mit fin au conflit israélo-arabe d'octobre 1973.

Ce conflit éclate le jour de la fête juive de Yom Kippour, d'où son nom de guerre du Kippour. Dans le plus grand secret, l’attaque d’Israël est préparée notamment par le nouveau dirigeant égyptien Anouar El Sadate. Le 6 octobre 1973 est lancée l’offensive égypto-syrienne au nord et au sud d’Israël, pour profiter de la moindre vigilance des troupes en ce jour de fête. D’abord bousculée, Tsahal -l'armée israélienne - parvint à lancer une sévère contre-attaque et à faire reculer les troupes arabes. Les parachutistes d’Ariel Sharon parviennent à établir une tête de pont à l’ouest du canal de Suez et à encercler la 3ème armée égyptienne. C'est alors que les pays arabes producteurs de pétrole, réunis au Koweït, décidèrent une brutale augmentation du prix du pétrole, ce fut le « choc pétrolier », et l'embargo des exportations en direction des Etats-Unis et des Pays-Bas.

On pouvait aussi préciser que le contexte géopolitique et économique, depuis la fin des années 1960, est chargé : décolonisation, crispation identitaire et nationalisations, mais aussi dévaluation du dollar, et, en 1971, la fin de la convertibilité en or du billet vert : au final, la valeur tirée du pétrole par les producteurs est de moins en moins élevée et ceux-ci s'estiment « exploités ».

Question 2 :

2 - L'OPEP est l'Organisation des pays exportateurs de pétrole, créée à Bagdad en 1960. Le siège de l'OPEP est établi à Vienne. Elle regroupe la plupart des pays producteurs de pétrole, y compris des pays non arabes.

 L’auteur évoque des décisions prises le 16 octobre par « 6 Etats du Golfe » d’augmenter le prix du baril de pétrole brut de 70%. Puis le 17 octobre, « les membres arabes de l’OPEP » décidèrent une diminution de la production. Enfin, deux mois plus tard, à Téhéran, « les ministres de l’OPEP » votèrent une nouvelle hausse de 128%.

Il fallait ici se poser la question de savoir quels étaient les pays concernés. En effet l’auteur emploie trois expressions qui ne semblent pas recouvrir la même réalité. Les 16 et 17 octobre, ce sont les pays de l’OPAEP (Organisation des pays arabes exportateurs de pétrole) qui se réunissent à Koweït, où se trouve le siège de l’organisation, créée en 1968. Les Etats du Golfe dont parle Kissinger sont donc le Koweït, Bahrein, l’Irak, le Qatar, l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis. Font aussi partie de l’OPAEP à cette époque la Syrie, l’Egypte, la Libye, la Tunisie et l’Algérie. A la conférence de Téhéran, ce sont les treize membres de l'OPEP qui votent à l’unanimité une nouvelle augmentation : les 5 Etats du Golfe (Koweït, Qatar, Irak, Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unis), les 2 autres pays arabes (Libye, Algérie) et les 6 pays non arabes (Indonésie, Iran, Nigéria, Gabon, Vénézuela, Equateur).

 

Question 3 :

3 - Le but recherché par les pays arabes de l'OPEP est d'utiliser l'arme du pétrole comme moyen de pression politique pour faire aboutir les revendications arabes au Moyen-Orient et notamment la libération des territoires occupés par Israël lors de la guerre du Kippour et lors de la précédente guerre, celle dite des Six Jours, en 1967.

 

Question 4 :

4 - Henry Kissinger qualifie la décision de l'OPEP de « tournant[s] de l'histoire de ce siècle » du fait des conséquences économiques que cette décision engendra. Pour lui, le choc pétrolier est à l'origine de la crise économique et sociale qui mit fin à la période de forte croissance qui durait depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cette crise affecta l'ensemble de l'économie mondiale, touchant aussi bien les pays industrialisés que les pays en développement, y compris ceux producteurs de matières premières. Kissinger qualifie ces changements de « sismiques ».

En fait, Kissinger exagère sans doute le rôle du choc pétrolier dans le déclenchement de la crise qui frappe l'économie mondiale à partir de 1973. Celle-ci avait déjà donné des signes d'essoufflement avant 1973. Il convient donc de fortement relativiser ce point de vue : trois décennies après, on considère que cette décision n'a été qu'un déclencheur et non la cause de la crise des économies industrialisées. Et on relativise même aujourd'hui cette crise : jamais les pays industrialisés n'ont été aussi riches et leur domination sur l'économie mondiale aussi écrasante. Ce choc pétrolier ne fut pas la cause du ralentissement de la croissance mais il contribua certainement à lui donner plus d'ampleur et de gravité. Ce jugement de Kissinger peut s'expliquer par le prisme de la vision d'un témoin direct de l'Histoire, ou tout simplement par la volonté de dissimuler l'une des causes fondamentales de la crise, à savoir les dérèglements du système monétaire international de Bretton Woods par les États-Unis eux-mêmes.