EXEMPLE DE CORRECTION DU SUJET D’EXPLICATION D’UN DOCUMENT D’HISTOIRE

 

Mise en forme - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

 

Le candidat répond à des questions. Il doit manifester une compréhension générale du document et faire preuve de sa capacité à identifier des informations et à les éclairer à partir de ses connaissances personnelles.

Comme le prévoit la définition de l'épreuve, le candidat ne répond qu'aux questions posées. L'ensemble de ces réponses ne comporte pas de limite de volume afin de ne pas brider le candidat ayant une réflexion approfondie et des connaissances pertinentes par rapport aux questions. Toutefois le temps limité dont il dispose doit l'inciter à fournir des réponses concises.

 

Le correcteur évalue :

- la compréhension globale du document ;

- la capacité du candidat à identifier des informations et à les éclairer par ses connaissances personnelles ;

- la concision et la rigueur des réponses ;

- la maîtrise de l'expression écrite.

 

Sujet : Le rapport Jdanov.

 

 

Question 1 :

Andreï Alexandrovitch Jdanov (1896-1948) est un homme politique soviétique, membre du Parti communiste. C’est lui qui fixe dans les années 1930 les normes du réalisme soviétique dans l’art et la littérature et qui devient ensuite l'idéologue et porte-parole de Staline.

Le 22 septembre 1947, une conférence dans la station de montagne de Szklarska Poręba (Sudètes polonaises) réunit 14 délégués de 9 partis communistes : Jdanov (alors membre du bureau politique du Parti communiste soviétique) et Malenkov pour l'URSS ; Tchervenkov et Paptomov pour la Bulgarie ; Dej et Anna Pauker pour la Roumanie ; Farkas et Revaï pour la Hongrie ; Gomułka et Minc pour la Pologne ; Slansky et Bastovanski pour la Tchécoslovaquie ; Kardelj et Djilas pour la Yougoslavie ; Duclos et Fajon pour la France ; Longo et Reale pour l'Italie. Jdanov y présente un rapport décrivant la situation internationale de 1947 (rapport Jdanov).

L’année 1947 est en effet une année de cassure dans les relations entre les Etats-Unis et l’URSS. Le non-retrait de l’Armée rouge des territoires d’Europe de l’Est (et les élections truquées qui s’ensuivent notamment en Pologne) ont entraîné la mise en place par les Américains d’une politique agressive visant à encercler la sphère d’occupation soviétique (containment) et à créer une pression économique et financière (aides sous condition du plan Marshall) sur les pays européens pour qu’ils rejettent le communisme. La situation se durcit donc en Europe et les communistes quittent les gouvernements de coalition auxquels ils participent (avril 1947 en France et mai 1947 en Italie). C’est dans ce contexte que A. Jdanov décide de réunir des responsables des partis communistes européens.

 

Question 2 :

Jdanov présente le monde comme coupé en deux camps antagonistes sur le plan politique et idéologique : le camp impérialiste, antidémocratique et belliciste, conduit par les USA et le camp anti-impérialiste, démocratique et pacifiste, conduit par l’URSS. Le plan Marshall est particulièrement critiqué, accusé d’être une manœuvre impérialiste américaine pour dominer et contrôler les pays qu’ils aident et finalement le prélude à une guerre de conquête contre l’URSS. Jdanov définit une doctrine et se pose en s’opposant : c’est l’URSS, « anti-impérialiste et antifasciste » qui est le vrai défenseur de la démocratie. La démocratie s'entend ici au sens de « démocratie populaire », c'est-à-dire un système politique copié sur celui de l'URSS dans lequel le Parti communiste, unique, guide les masses laborieuses et contrôle les autres institutions.

Pour répondre à l’accusation de totalitarisme, Jdanov précise que l’URSS ne domine pas son propre camp : c’est l’ensemble de tous les communistes du monde qui forme le camp. Par opposition, Jdanov dénonce le « leadership » des Etats-Unis sur leur camp : les autres pays ne sont que des « satellites », des pays soumis à  l’hégémonie américaine. Selon lui, les Etats-Unis veulent dominer politiquement et économiquement le monde.

 

Question 3 :

Jdanov ne parle pas de « deux modes de vie » comme Truman mais de deux « camps » : son vocabulaire, plus franc et plus agressif, relève de la logique de guerre (« forces », « combattants »). Quand Truman parle, sans citer l’URSS, de « pression extérieure », Jdanov parle d’« impérialisme ». Il compare indirectement l'« impérialisme » des États-Unis aux agressions hitlériennes, ce qui est lourd de portée deux ans après la fin d'un conflit dans lequel ces agressions (avec celles du Japon) sont à l'origine de 60 millions de morts.

Un des buts de la réunion est clairement d’organiser la lutte contre les Etats-Unis. C’est à une résistance mondiale qu’appelle ici Jdanov. Celui-ci fustige les partis communistes occidentaux, qui avaient d'abord accueilli favorablement le plan Marshall. Le combat passe selon lui par la coordination des actions menées par tous les partis communistes dans le monde. Ceux-ci reçoivent pour mission de mener une politique de subversion. Jdanov utilise comme arme idéologique les partis communistes qui sont sous l'autorité de Moscou : les démocraties populaires d'Europe orientale sont déjà sous influence, mais les partis communistes occidentaux sont des armes de l'« intérieur » pour déstabiliser les démocraties occidentales (France et Italie) alliées des États-Unis. C’est donc logiquement lors de cette conférence qu’est créé un bureau d’information communiste qui assure la liaison entre les différents partis communistes d'Europe de l'Est, de France et d'Italie. Le Kominform est donc le moyen utilisé par l'URSS pour répondre au containment : la cohésion idéologique soude le bloc de l'URSS.

L’URSS par l’intermédiaire de  Jdanov condamne aussi la colonisation, vue comme une vaste entreprise d’exploitation menée par les capitalistes occidentaux. Elle espère ainsi se rallier les pays qui sont en train de devenir indépendants, d’autant que les Etats-Unis, s’ils se font eux aussi les chantres de la décolonisation, comptent dans leur « camp » les grandes puissances coloniales.

 

Question 4 :

Ce texte marque traditionnellement, avec l'annonce du plan Marshall, les débuts de la guerre froide. En 1947, le monde s'organise en deux blocs, l'un organisé autour des États-Unis qui se présentent comme les défenseurs de la liberté, l'autre autour de l'URSS qui se pose en rempart contre l'impérialisme américain. Doctrine Truman et doctrine Jdanov révèlent à l’opinion publique mondiale la rupture des deux Grands, porteur chacun d’un message universaliste, divisés en deux camps réducteurs et manichéens. Deux blocs que tout oppose et où tous les moyens sont bons pour marquer des points à condition d’éviter l’affrontement armé direct. Le monde est devenu bipolaire, divisé en deux camps irréconciliables, deux blocs désormais déterminés à s’affronter.

On pouvait préciser que le Kominform va aussi accentuer la domination de Moscou sur les démocraties populaires. C’est l’instrument de la tutelle du PCUS sur tous les autres partis communistes afin d’en contrôler étroitement et la ligne politique et les hommes : le monde communiste ne peut être que monolithique, derrière l’URSS, patrie des prolétaires.

Enfin, notons que Jdanov pressent le rôle que le Tiers-Monde va jouer dans l’affrontement Est-Ouest ; si les Etats-Unis se concentrent surtout sur l’Europe, l’URSS voit déjà plus loin.