EXEMPLE DE CORRECTION DU SUJET D’EXPLICATION D’UN DOCUMENT D’HISTOIRE

 

Mise en forme - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

 

Le candidat répond à des questions. Il doit manifester une compréhension générale du document et faire preuve de sa capacité à identifier des informations et à les éclairer à partir de ses connaissances personnelles.

Comme le prévoit la définition de l'épreuve, le candidat ne répond qu'aux questions posées. L'ensemble de ces réponses ne comporte pas de limite de volume afin de ne pas brider le candidat ayant une réflexion approfondie et des connaissances pertinentes par rapport aux questions. Toutefois le temps limité dont il dispose doit l'inciter à fournir des réponses concises.

 

Le correcteur évalue :

- la compréhension globale du document ;

- la capacité du candidat à identifier des informations et à les éclairer par ses connaissances personnelles ;

- la concision et la rigueur des réponses ;

- la maîtrise de l'expression écrite.

 

Sujet : « Le regard d'un administrateur colonial britannique en 1922 ».

 

 

Question 1 :

1. Le document date de 1922, c’est-à-dire peu de temps après la fin de la Première guerre mondiale, où les rapports entre métropoles et colonies ont été sensiblement modifiés. Les traités d’après-guerre ont notamment été conduits selon le principe wilsonien du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes », droit que commencent à revendiquer certaines colonies (exemple de l'Emir Khaled écrivant à Wilson en 1919 pour défendre les droits politiques des Algériens). Ce contexte est très présent dans le texte, notamment lorsque l’auteur parle de la gestion possible de territoires par des « comités internationaux » ; il s’agit en fait du statut de mandat, qui apparaît en 1918 et qui consiste à placer des territoires sous surveillance de la SDN. 

La phrase soulignée fait allusion au partage de l’Afrique par 14 pays européens lors de la Conférence de Berlin en 1884-1885.

Au moment où l’auteur écrit, le Royaume-Uni possède un grand territoire s’étendant grosso modo du Caire au Cap dont une des finalités est la protection géostratégique de la route des Indes, plus le Nigeria et des possessions sur la Gold Coast. Les Français se sont installés en Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Tunisie), en Afrique occidentale (AOF) et en Afrique équatoriale (AEF). Ensuite viennent loin derrière les autres puissances européennes ; le Portugal a quelques territoires essentiellement dans le sud de l'Afrique (Mozambique, Angola), la Belgique a le Congo, l'Espagne une partie du nord-ouest de l’Afrique, enfin l'Allemagne et l'Italie, tard venues dans la conquête coloniale, n’ont pu récupérer que la Libye et une partie de la Somalie (Italie) et le Cameroun, le Tanganyika et le Sud-ouest africain (Allemagne).

 

Question 2 :

2. Pour l’auteur, les Européens ont une mission « en vue du progrès des peuples soumis, d'une part, et d'autre part, afin de développer les ressources matérielles pour le bien de l'humanité ». Ce double mandat dont parle Lugard (et qui est le titre de son livre) consiste pour les puissances européennes à un devoir de civilisation et en contrepartie à un droit d’exploitation. L'Europe doit développer l’Afrique à son bénéfice et assurer en échange le progrès des Africains.

L’auteur précise ensuite les bénéfices de cette colonisation pour l’Afrique : création d’infrastructures (« par des chemins de fer et des routes »), mise en valeur de terres jusque là délaissées  (« par l’assèchement des marais et l'irrigation des déserts »), développement de l’esprit d’entreprise (« par un système de commerce équitable et de concurrence »), amélioration des conditions de vie (« nous avons stoppé la famine et la maladie »), interdiction de l’esclavage, pacification (« nous avons mis fin aux guerres inter-tribales »), lutte contre les pratiques « barbares » (« nous avons mis fin aux sacrifices humains et aux ordalies des sorciers »), développement des élites locales et de l’éducation (« nous nous efforçons d'éduquer les peuples indigènes à diriger leurs propres affaires avec justice et humanité et à les former aux lettres et à l'industrie »).

 

Question 3 :

3. Cependant des critiques négatives de la colonisation apparaissent :

- elle coûte cher, notamment les fonctionnaires des colonies

- elle est une lutte chauvine entre grandes puissances mais n’aboutit pas à un mieux-être de la population de la métropole

- elle est basée sur l’exploitation totale des hommes et des terres des colonies

- enfin l’auteur évoque très rapidement un « réel mécontentement » de certains peuples colonisés

 

Question 4 :

4. Le peu de cas que l’auteur semble faire du « désir d’indépendance » exprimé en Inde et en Egypte tient à sa conviction que le système d’administration des colonies par les Britanniques est compatible avec l’expression de la contestation. La pratique du gouvernement indirect (« indirect rule ») est inspiré de l'Inde où il a servi. Elle consistait dans une première étape à maintenir les chefs locaux pour assurer l'ordre à peu à peu de frais et abolir seulement les coutumes oppressives (esclavage) ; dans un deuxième stade, elle consistait à laisser aux autorités indigènes le soin d'administrer leurs populations selon leurs traditions à condition que celles-ci ne heurtent pas les principes de la civilisation britannique. Les autorités britanniques jouaient seulement le rôle de guide, consacrant l'essentiel de leurs efforts au commerce, à l'exploitation des ressources économiques et minières du territoire et à la soumission des populations à la législation britannique. Ce système se voulait suffisamment souple pour parvenir peu à peu au self government, c’est-à-dire un système où les indigènes ont la responsabilité de la politique intérieure.