EXEMPLE DE CORRECTION DU SUJET D’EXPLICATION D’UN DOCUMENT D’HISTOIRE

 

Mise en forme - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

 

Le candidat répond à des questions. Il doit manifester une compréhension générale du document et faire preuve de sa capacité à identifier des informations et à les éclairer à partir de ses connaissances personnelles.

Comme le prévoit la définition de l'épreuve, le candidat ne répond qu'aux questions posées. L'ensemble de ces réponses ne comporte pas de limite de volume afin de ne pas brider le candidat ayant une réflexion approfondie et des connaissances pertinentes par rapport aux questions. Toutefois le temps limité dont il dispose doit l'inciter à fournir des réponses concises.

 

Le correcteur évalue :

- la compréhension globale du document ;

- la capacité du candidat à identifier des informations et à les éclairer par ses connaissances personnelles ;

- la concision et la rigueur des réponses ;

- la maîtrise de l'expression écrite.

 

Sujet : Les sources de conflit dans le monde.

 

 

Question 1 :

Le Birman U Thant est secrétaire général des Nations Unies depuis 1961 (élu pour 5 ans). Il faut insister sur le fait que l'auteur est le premier secrétaire général de l'ONU non européen (Trygve Lie et Dag Hammarskjöld, ses prédécesseurs, sont respecti­vement norvégien et suédois).

Le discours a lieu le 11 novembre 1963, un an après la crise de Cuba, véritable début de la Détente. Il faut également faire remarquer que, composé en 1963, son discours ne se limite pas à la colonisation qui s'achève, mais aborde l'ensemble des formes passées et présentes de la domination du Nord sur le Sud : aussi bien l'apartheid sud-africain que les inégalités économiques croissantes entre pays riches et pays pauvres.

Les thèmes que l’auteur aborde sont la guerre froide, la décolonisation et les contrastes Nord/Sud.

L’ONU est l’Organisation des Nations unies créée en 1945 pour faire respecter la paix et promouvoir le développement économique et social. Même si son action a été largement paralysée par la Guerre froide, l'ONU a joué un rôle important dans le processus de décolonisation. La charte des Nations unies proclame le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Elle ne condamne pas ouvertement la colonisation mais préfère au mot colonie l'expression territoires non autonomes ce qui laisse supposer qu'ils peuvent devenir autonomes. L'ONU servit surtout de tribune aux partisans de la décolonisation et de « caisse de résonance » à l'encontre des puissances coloniales mises en accusation. Dans le cas de l'Indonésie, son action diplomatique favorisa le retrait des Hollandais, au Congo, les casques bleus inter­vinrent, avec un succès mitigé, pour tenter de pacifier un pays livré au chaos après l'indépen­dance. L'ONU servit aussi de tribune aux nouveaux États qui dénonçaient le néo-colonia­lisme et un ordre économique mondial exclusivement favorable selon eux aux pays riches. Par certaines de ses institutions spécia­lisées comme la BIRD, elle a participé au financement d'infrastructures nécessaires au développement.

 

Question 2 :

Le début des années 1960 est marqué par un renouveau de la Guerre froide : édification du mur de Berlin (août 1961), crise des fusées de Cuba (octobre 1962) mais aussi par la vague d'accession à l'indépendance d'un grand nombre de colonies africaines en particu­lier de celles qui appartenaient à la communauté fondée par la France.

 

Question 3 :

Selon U Thant, les relations internationales depuis 1945 ont été marquées par la Guerre froide mais aussi par la décolonisation. Il distingue :

-          une première phase 1945-1955 ("dix premières années") qui concerne essentiellement l'Asie selon des voies différentes (négociée comme en Inde en 1947, violente comme en Indochine entre 1946 et 1954, mixte comme en Indonésie en 1949). Il subsiste des "vestiges du colonialisme" à la date du discours : Singapour (qui ne devient indépendant qu'en 1965), Hongkong. L'explication de la précocité de l'Asie : ancienneté et vigueur des mouvements de décolonisation, poids de la Seconde Guerre mondiale, attitude des deux Grands après la guerre.

-          puis une seconde à partir de 1957-1958 (les cinq dernières années) qui concerne l'Afrique, la première colonie africaine à devenir indépen­dante étant le Ghana (ex Gold Coast) en mars 1957. Seuls le Nord et le Ghana sont indépendants en 1958. Cela s’est aussi fait par des voies différentes : négociée comme en Afrique noire française (1960), violente comme en Algérie (1954/1962) . La lenteur des décolonisations africaines s'explique par la volonté des Européens de maintenir leur présence ou de préserver leurs intérêts.

-          "Certains territoires progressent trop lentement" : colonies portugaises d'Angola et du Mozambique.

Pour l’auteur, la décolonisation est une indépendance (émancipation) politique dont le processus "découle...directement de la Deuxième Guerre mondiale ". La Seconde Guerre mondiale qui a affaibli les puissances coloniales et renforcé les nationa­lismes est un facteur essentiel d'explication. On pourrait ajouter, dans certains cas, le rôle de deux super puissances, l'effet d'entraînement provoqué par l'émancipa­tion des premières colonies et le soutien qu'elles apportèrent à celles en lutte ; l'évolution des métropoles elles-mêmes qui prirent lentement conscience que la domination coloniale n'était plus source de prestige (au contraire, elle était condamnée par l'opinion internationale) ni source de richesse (l'effort se porte vers la modernisation des économies et le développe­ment des échanges entre pays riches).

 

Les pays décolonisés se heurtent au défi de la pauvreté et du développement. La pauvreté n'est plus jugée acceptable et la croissance démographique rend dramatique « l'absence de progrès économique et technique. » Le mot absence utilisé par U Thant est excessif. De nombreux pays décolonisés connaissent une croissance économique qui n'est pas néglige­able mais comme le souligne avec raison U Thant, l'écart se creuse entre pays riches (qui connaissent une forte croissance) du Nord et pays pauvres du Sud. Selon U Thant, l'aide économique ne suffit pas. La dernière phrase est une allusion à l'appel d'un groupe de 75 pays d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine à la tenue d'une conférence mondiale sur les problèmes économiques. Cet appel va donner naissance l'année suivante (1964) à la Conférence des Nations unies pour le commerce et le dévelop­pement (CNUCED).