EXEMPLE DE CORRECTION DU SUJET D’EXPLICATION D’UN DOCUMENT D’HISTOIRE

 

Mise en forme - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

 

Le candidat répond à des questions. Il doit manifester une compréhension générale du document et faire preuve de sa capacité à identifier des informations et à les éclairer à partir de ses connaissances personnelles.

Comme le prévoit la définition de l'épreuve, le candidat ne répond qu'aux questions posées. L'ensemble de ces réponses ne comporte pas de limite de volume afin de ne pas brider le candidat ayant une réflexion approfondie et des connaissances pertinentes par rapport aux questions. Toutefois le temps limité dont il dispose doit l'inciter à fournir des réponses concises.

 

Le correcteur évalue :

- la compréhension globale du document ;

- la capacité du candidat à identifier des informations et à les éclairer par ses connaissances personnelles ;

- la concision et la rigueur des réponses ;

- la maîtrise de l'expression écrite.

 

Sujet : « Message de Khomeiny aux pèlerins de la Mecque ».

 

 

Avant de commencer :

Vous devez d’abord rattacher le document à étudier au(x) chapitre(s) qui lui est lié dans votre programme. Ici, c’est le chapitre sur la guerre froide (1947-1991), la leçon sur « la recherche d’un nouvel ordre mondial » (1973-1991) et plus précisément la partie concernant les limites de l’ordre bipolaire. Cela vous permet de mieux contextualiser le document et de chercher à comprendre en quoi il illustre cette partie du programme (c’est en quelques sorte la problématique, que vous devez garder en mémoire pour chaque question). N’oubliez pas de garder aussi en mémoire les notions importantes de cette partie.

Cherchez ensuite le sens de tous les mots importants ou complexes ; certains peuvent figurer dans les questions, d’autres être même des notions clés. Ici, dans l’ordre des questions puis du document : Ouest, Est, païen, sionisme, islamisme, pèlerin, La Mecque, monothéisme, non alignement, islamique, islam/Islam, musulman, sionisme, Jérusalem, djihad, martyre.

 

Question 1 :

1. Rouhollah Moussavi Khomeiny parle ici au nom « de la nation et du gouvernement de l’Iran » ; il est en effet "guide de la révolution" depuis 1979. Entre décembre 1978 et février 1979, a lieu une révolution en Iran : le Shah (roi en persan), principal allié des Américains au Moyen-Orient, est contraint de fuir et on assiste au retour triomphal du principal opposant du régime, Khomeiny, un membre du haut clergé (il est ayatollah) exilé depuis 1964 (et accueilli en France en 1978 à Neauphle-le-Château).

Depuis 1979, en Iran, l'ayatollah Khomeiny donne les orientations de l'État, une assemblée et un président élus se chargent de les appliquer. Mais les femmes sont voilées et la loi coranique (charia) est appliquée. Le pays connaît une dérive totalitaire très marquée. C’est une des raisons invoquées par l’Irak de Saddam Hussein pour déclarer la guerre à l’Iran en septembre 1980, soutenu par les deux Grands (le conflit n’est toujours pas terminé au moment où Khomeiny s’exprime ici).

Khomeiny s’exprime ici dans la ville la plus sainte de l’Islam, La Mecque, ville natale de Mahomet en Arabie Saoudite. Parmi les cinq piliers de l'islam, le dernier stipule que tout croyant qui en a les moyens pécuniaires et physiques doit faire au moins une fois dans sa vie le pèlerinage à La Mecque. Ce pèlerinage porte le nom de Hajj (ou Hadj). Chaque année 2,5 millions de personnes de tous les coins de la terre viennent à La Mecque pour effectuer le Grand Pèlerinage entre le 8 et le 13 du mois lunaire de Dhou al Hijja. Le pèlerinage de 1987 est marquée par un contexte particulier. L’intensification de la politique de colonisation d’Israël dans les territoires occupés provoque en effet le déclenchement cette année-là de la « guerre des pierres «  (1ère Intifada) menée par les adolescents palestiniens (« jeunesse musulmane ») dans les territoires occupés.

Le message principal délivré par Khomeiny est simple : l’Islam (les pays musulmans) doit mener une « guerre sainte » contre tous les pays le menaçant, y compris « à l’extérieur de ses frontières », et être prêts à mourir dans ce combat.

 

Question 2 :

2. La source d’inspiration de Khomeiny est le Coran et la religion musulmane (islam) donc la soumission à Dieu (Allah). On pouvait rappeler que l’une des branches de cette religion, le chiisme (ou shiisme), est née dans cette région (lieux sacrés comme Meched ou Qom, où a enseigné Khomeiny). De nombreux lieux saints du chiisme se trouvent aussi en Irak (Karbala et Nadjaf). Les chiites affirment que le rôle dirigeant doit revenir à un religieux choisi dans la descendance du gendre de Mahomet (Ali), même si ce descendant a « disparu » depuis 874 et que les chiites attendent le retour de l’imam caché (Medhi ou Madhi, le « bien guidé »).

Le principal point sur lequel s’appuie Khomeiny est celui du djihad, de la « lutte sacrée » qui veut que le premier devoir de tout musulman est de protéger l’Islam contre ses ennemis (Satan). Il s’agit bien sûr d’une interprétation du Coran : dans ce livre sacré, le djihad peut être vu comme la lutte intérieure que doit mener tout musulman contre son égoïsme et ses instincts, contre tout ce qui l'écarte du chemin de Dieu. Pour Khomeiny, ce code de conduite passe par la guerre et le terrorisme puisque l’homme le plus libre est le martyr, celui qui a donné sa vie en se battant pour sa religion. Il encourage donc les « soldats de Dieu » (les moudjahiddins) à l’usage de la violence et de la force.

 

Question 3 :

3. Pour Khomeiny, cette lutte est dirigée contre les « païens », c’est-à-dire tous les non-musulmans. Il fait référence au non-alignement, mouvement né en 1961 et fondé sur le rejet de toute alliance militaire collective et de toute alliance bilatérale avec une grande puissance. Mais on pouvait rappeler que ce mouvement des non-alignés avait pris assez rapidement un caractère ambigu, n’étant plus uniquement un groupement d’anciennes colonies ni de pays totalement neutres (Cuba par exemple). Cette ambiguïté apparaît dans le discours de Khomeiny, qui s’adresse uniquement aux musulmans mais qui englobe tous les « affamés » et les « opprimés ». A l’antagonisme Est/Ouest, Khomeiny tente déjà de substituer l’antagonisme Nord/Sud. On peut donc relever ici que l’islamisme prôné par Khomeiny se présente comme une alternative à la bipolarisation du monde « pour sauver l’humanité ».

Par ordre d’importance, les « forces de Satan » sont :

- en premier lieu les Etats-Unis et le camp occidental. On pouvait rappeler que l’arrivée au pouvoir du Shah en 1953 fut possible grâce à une opération clandestine menée par la CIA américaine et le MI6 britannique (Opération Ajax). L'Iran occupait une place stratégique de premier plan dans la politique étrangère américaine au Moyen-Orient. C'était un îlot de stabilité et un tampon contre la pénétration soviétique dans la région. L’exil du Shah aux Etats-Unis servit d’ailleurs de prétexte pour la prise d'otage de l'ambassade américaine de Téhéran (52 personnes retenues pendant 444 jours). Le président Carter lança une opération commando illégale pour sauver les otages, mais la tentative échoua quand les hélicoptères s'écrasèrent dans le désert. Par la suite, en juillet 1980, le conseiller à la sécurité nationale, Zbigniew Brzezinski, poussa l’Irak laïque de Saddam Hussein à soutenir un coup d’Etat d’officiers iraniens contre le régime de Khomeiny (Opération Nojeh). Hussein craignait en effet, à l’instar de nombreux pays du Golfe Persique, que les populations chiites pourraient se lancer à leur tour dans une révolution. Cependant, Khomeiny eut vent de l'opération et élimina les comploteurs. Hussein décida ensuite d'envahir son voisin, commençant la guerre Iran-Irak le 22 septembre 1980, soutenu financièrement et militairement par les autres pays arabes et les États-Unis. On pouvait aussi évoquer le cas du Liban, qui depuis 1975 est déchiré par une guerre civile qui oppose les milices musulmanes (armées par les Syriens, les Irakiens et les Iraniens) aux milices chrétiennes (armées par Israël).

- en second lieu, la cible est Israël. Pour Khomeiny, comme Jérusalem est le 3ème lieu saint de l’islam, sa reconquête est à la fois légitime et obligatoire pour tous les croyants. La lutte contre les sionistes, c’est-à-dire tous ceux qui  affirment le droit à l'existence d'un État juif, est donc un devoir sacré. Lorsque Khomeiny parle du « danger de répandre la cellule maligne et cancérigène du sionisme dans les pays islamiques », il fait notamment référence aux accords de Camp David (septembre 1978) qui ont abouti à la première reconnaissance officielle d’Israël par un Etat arabe (Egypte). L’Iran soutient donc les combattants contre Israël, notamment les groupes terroristes chiites comme le Hezbollah (parti de Dieu), rentrés en guerre contre Israël surtout après que celui-ci ait envahi en 1982 le Sud-Liban (Opération « Paix en Galilée ») et chassé les fedayins palestiniens qui s’y trouvaient.

- enfin, Khomeiny affirme sa volonté de résister aux « agressions » de l’URSS. Il fallait ici préciser que la peur de voir la révolution islamique iranienne se propager avait poussé l’URSS à intervenir dans le pays voisin, l’Afghanistan, le 24 décembre 1979, contre des combattants musulmans ayant mis à mal le pouvoir pro-soviétique.

 

Question 4 :

4. Le projet de l’islamisme politique est de construire, en accédant au pouvoir d’État, un système politique totalisant, gérant la société et l’économie en s’appuyant sur les fondements de l’islam et en refusant le pluralisme politique. Si Khomeiny choisit de s’exprimer à La Mecque, c’est aussi parce que la dynastie sunnite saoudienne, gardienne du lieu, pratique une forme de containment face au processus d'expansion de la Révolution iranienne. On voit ainsi apparaître des groupes sunnites radicaux dans le monde entier (Djihad islamique en Égypte ; Hamas chez les Palestiniens, Front Islamique du Salut en Algérie..). En Afghanistan, les monarchies pétrolières soutiennent les mouvements islamiques radicaux et les moudjahiddins afghans qui combattent l'occupation soviétique. On le voit, la sphère islamiste est divisée.

Comment on le voit, ce texte s’inscrit dans un contexte international particulier : duopole américano-soviétique en difficulté, nombreux conflits non maîtrisés, montée de l’islamisme.