EXEMPLE DE CORRECTION D’UN SUJET D’ETUDE D’UN ENSEMBLE DOCUMENTAIRE

 

D’après www.ruedesecoles.com

Mise en forme - Arnaud LEONARD – Lycée Français de Varsovie

 

 

L'étude d'un ensemble documentaire doit permettre au candidat de faire preuve de sa capacité à construire une réflexion cohérente en réponse au sujet posé, à partir d'un ensemble de documents et de ses connaissances.

Pour la première partie, le candidat répond à des questions, cinq au maximum. C'est un exercice à part entière qui aide le candidat à analyser l'ensemble documentaire. Les questions n'appellent pas, généralement, de réponses très longues. On attend que ces réponses soient concises, qu'elles comportent les notions, les faits et les informations nécessaires et qu'elles soient rigoureusement rédigées.

Pour la deuxième partie, le candidat utilise les différentes formes d'information à sa disposition (réponses aux questions, autres informations contenues dans l'ensemble documentaire, connaissances personnelles). Il rédige une réponse organisée distinguant dans des paragraphes différents les grandes idées répondant au sujet. Cette réponse organisée comprend une ou deux phrases introductives et une ou deux phrases conclusives. Cette rédaction ne comporte pas de limite de volume. Mais il est à conseiller aux candidats de ne pas consacrer un temps excessif à l'ensemble de l'exercice qui est prévu pour être réalisé en 2 h 30 à 3 h.

 

Le correcteur évalue :

- la capacité à répondre avec exactitude et concision aux questions posées en faisant preuve d'esprit critique;

- la capacité à répondre à la problématique du sujet en une réflexion organisée, associant les connaissances personnelles et les informations prélevées dans les documents composant l'ensemble documentaire; on sanctionnera à cet égard la seule reprise des informations des documents, ou, a contrario, le simple récit du cours ignorant l'exploitation des documents;

- l'aptitude à lire et à interpréter un ensemble documentaire, à identifier, croiser, hiérarchiser, contextualiser, les informations prélevées dans les divers documents;

-la maîtrise de l'expression écrite.

 

Bien que la notation soit globale et exclue l'élaboration d'un barème détaillé, chacune des deux productions (réponse aux questions et rédaction d'une réponse au sujet), de nature fort différente, doit être prise en compte dans l'évaluation (on peut conseiller au correcteur de considérer que la réponse aux questions compte pour 40% environ dans l'appréciation d'ensemble de l'exercice et que la réponse rédigée au sujet intervient environ pour les 60% restant).

 

Sujet. La décolonisation des pays africains : des voies d'émancipation différentes

 

 

Les questions :

1. Le Front de libération nationale algérien met plusieurs conditions politiques à la mise en place d'un cessez-le-feu. La principale de ces conditions est l'indépendance de l'Algérie. En août 1956, lorsque ce document est élaboré, il n'est pas question pour la France de reconnaître l'indépendance de l'Algérie. C'est au contraire un moment d'intensification du conflit algérien. Après l'insurrection de la Toussaint 1954, le gouvernement français opte pour la voie militaire plutôt que pour la négociation. Mais la voie militaire suppose le déploiement de nombreux hommes sur le terrain, notamment dans les campagnes pour les tenir face au FLN. D'où l'envoi du contingent et le rappel de certains réservistes.

2. L'Inde est exemplaire pour nombre de pays colonisés. En effet, le combat non violent de Gandhi a permis à l'Inde d'acquérir son indépendance en 1947 au terme d'un long processus. Si, avant la Seconde Guerre mondiale, la tutelle coloniale britannique s'est souvent illustrée par des actions violentes pour réprimer le mouvement nationaliste indien, la réponse des nationalistes, sous la houlette de Gandhi et de Nehru, fut généralement non violente et même souvent légaliste.

3. Ce discours de De Gaulle intervient dans un contexte difficile pour la France. La guerre d'Algérie vient de faire tomber la IVe République et De Gaulle, qui est revenu au pouvoir en mai précédent, a subordonné son retour au pouvoir à la mise en place d'une nouvelle constitution. Cette constitution prévoit certaines évolutions pour les colonies françaises d'Afrique noire par la mise en place de la Communauté française. Il s'agit d'établir de nouveaux rapports entre la métropole et ses colonies d'Afrique noire. Sans toutefois leur permettre d'accéder à l'indépendance. Enlisée dans le conflit algérien (qui est la seule colonie de peuplement française), la France tente de désamorcer par avance tout nouvel embrasement nationaliste en Afrique noire et de maintenir son influence dans cette région du monde. Gage de bonne volonté du pouvoir politique métropolitain, cette proposition est soumise à référendum dans les colonies.

4. Le Congo est la pièce maîtresse de l'empire colonial belge. Son accession à l'indépendance s'est déroulée dans des circonstances violentes. En effet, la tutelle coloniale a tenté de se maintenir envers et contre tout. D'autant plus que le mouvement nationaliste congolais était en partie sous influence marxiste et bénéficiait de l'aide de l'Union soviétique. Et ce, alors que la Belgique se rangeait au contraire dans le camp atlantiste et se voulait un allié des États-Unis.

 

La réponse organisée au sujet :

La décolonisation africaine a lieu, pour l'essentiel, après 1954. En premier lieu, les Britanniques choisissent de mener une politique d'émancipation graduelle, facilitée par le fait qu'ils avaient formé une élite indigène préparée pour prendre la relève de l'administration coloniale. La première colonie à accéder à l'indépendance fut la Gold Coast. Le leader panafricain Nkrumah négocia l'indépendance qui fut accordée en 1957, sans heurt majeur. Les autres colonies britanniques suivirent le même chemin, à l'exception du Kenya où les Britanniques réprimèrent durement la révolte des Mau-Mau. En Rhodésie du Sud, les choses étaient compliquées par le fait que le pays était une colonie de peuplement. La minorité blanche choisit elle-même de rompre avec le Royaume-Uni et de proclamer l'indépendance en mettant en place un régime d'apartheid. Il s'ensuivit une longue guerre civile qui finit par aboutir à l'égalité politique entre Noirs et Blancs tandis que le pays devenait le Zimbabwe.

Au contraire de la classe politique britannique, la classe politique française a d'abord refusé l'idée même d'indépendance tant il lui semblait que la puissance française ne pouvait se passer de ses colonies. Dès 1947, alors que l'armée française était déjà engagée dans le conflit indochinois, la France réprima violemment une insurrection nationaliste à Madagascar. En 1956, la loi-cadre Defferre accorda une certaine autonomie interne aux colonies d'Afrique noire. Et en 1960, les États africains qui avaient choisi en 1958 d'intégrer la communauté française, optèrent finalement tous pour l'indépendance. Mais la décolonisation française fut surtout marquée par la guerre d'Algérie. Seule colonie de peuplement française, l'Algérie s'est enfoncée dans la guerre à partir de 1954, pendant huit ans, jusqu'en 1962, date à laquelle la France fut contrainte d'accorder l'indépendance. Cette guerre causa la chute de la IVe République mais aussi la mort de vingt mille soldats français ainsi que celle d'au moins trois cent mille Algériens. Elle se solda par le départ de la minorité européenne, soit un million de personnes.